{"id":42044,"date":"2026-05-18T10:26:05","date_gmt":"2026-05-18T10:26:05","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-souffle-du-17-mai-1997-ou-la-memoire-des-kadogos-42044\/"},"modified":"2026-05-18T10:14:18","modified_gmt":"2026-05-18T10:14:18","slug":"Le-souffle-du-17-mai-1997-ou-la-memoire-des-kadogos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-souffle-du-17-mai-1997-ou-la-memoire-des-kadogos\/","title":{"rendered":"Le souffle du 17 mai 1997 ou la m\u00e9moire des kadogos"},"content":{"rendered":"<p>Le 17 mai 1997 ne fut pas seulement la chute spectaculaire du Mar\u00e9chal &#8211; Pr\u00e9sident ou l\u2019effondrement d\u2019un r\u00e9gime politique ; il fut avant tout l\u2019irruption brutale de l\u2019esp\u00e9rance dans un pays que trois d\u00e9cennies d\u2019autoritarisme avaient fini par convaincre de l\u2019impossibilit\u00e9 m\u00eame du changement.<\/p>\n<p>A l\u2019origine de cette rupture historique se trouvaient des jeunes hommes, souvent \u00e0 peine form\u00e9s, parfois sans exp\u00e9rience militaire v\u00e9ritable, mais habit\u00e9s par une conviction si profonde qu\u2019elle finit par renverser ce qui paraissait invincible. <\/p>\n<p>Depuis les collines d\u2019Uvira, de Kiliba, de Sange, de Lubaika, de Luvungi ou encore de Katogota, d\u2019autres depuis Minova, Sake, les reliefs tourment\u00e9s de Masisi ou les terres de Rutshuru, ils avanc\u00e8rent, kilom\u00e8tre apr\u00e8s kilom\u00e8tre, port\u00e9s moins par la certitude de vaincre que par le refus absolu de continuer \u00e0 subir.<\/p>\n<p>Face \u00e0 eux se dressait pourtant un r\u00e9gime qui semblait \u00e9ternel. Pendant trente-deux ann\u00e9es, le Mar\u00e9chal Mobutu Sese Seko avait construit un syst\u00e8me politique fond\u00e9 sur la personnalisation extr\u00eame du pouvoir, le culte de la peur, la centralisation des richesses et l\u2019entretien m\u00e9thodique d\u2019une r\u00e9signation collective. <\/p>\n<p>A force de long\u00e9vit\u00e9, le r\u00e9gime avait fini par produire une illusion d\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9. Beaucoup croyaient alors que l\u2019histoire elle-m\u00eame s\u2019\u00e9tait immobilis\u00e9e autour de cette figure devenue, aux yeux de certains, indissociable de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Et pourtant, l\u2019histoire enseigne toujours la m\u00eame le\u00e7on : aucun pouvoir n\u2019est \u00e9ternel lorsque les peuples cessent int\u00e9rieurement d\u2019y croire. Ce que ces jeunes marcheurs ont accompli en mai  1997 d\u00e9passe largement la dimension militaire. Ils ont bris\u00e9 une psychologie nationale fond\u00e9e sur la fatalit\u00e9. Ils ont rappel\u00e9 \u00e0 toute une g\u00e9n\u00e9ration qu\u2019un peuple peut retrouver sa dignit\u00e9 lorsqu\u2019il refuse collectivement l\u2019humiliation, la peur et la r\u00e9signation.<\/p>\n<p>Le 17 mai 1997 demeure ainsi l\u2019aboutissement d\u2019une travers\u00e9e humaine autant qu\u2019une victoire politique. Ce fut le moment o\u00f9 des hommes d\u00e9cid\u00e8rent de faire primer l\u2019esp\u00e9rance sur le d\u00e9couragement, l\u2019action sur la passivit\u00e9, le courage sur la soumission. Leur marche \u00e0 travers montagnes, villages et fronti\u00e8res invisibles fut aussi une marche int\u00e9rieure : celle d\u2019un peuple cherchant \u00e0 se r\u00e9approprier son destin apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019\u00e9touffement politique et moral.<\/p>\n<p>Mais toute m\u00e9moire historique v\u00e9ritable poss\u00e8de une fonction plus exigeante que la simple comm\u00e9moration. Elle interroge le pr\u00e9sent. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que surgit la question la plus douloureuse : qu\u2019avons-nous fait de cet h\u00e9ritage ? Que reste-t-il aujourd\u2019hui de cette flamme qui poussa une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re \u00e0 d\u00e9fier ce qui semblait impossible ?<\/p>\n<p>Car pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies plus tard, le pays continue de chercher son \u00e9quilibre, comme prisonnier d\u2019une transition historique interminable. Les frustrations populaires persistent, les d\u00e9sillusions s\u2019accumulent, les crises s\u00e9curitaires se perp\u00e9tuent et la d\u00e9fiance envers les institutions ne cesse de cro\u00eetre. <\/p>\n<p>Beaucoup de Congolais ont le sentiment tragique d\u2019avoir vu l\u2019esp\u00e9rance du 17 mai se dissoudre progressivement dans les compromissions, les rivalit\u00e9s de pouvoir, la corruption syst\u00e9mique et les renoncements successifs des \u00e9lites politiques.<\/p>\n<p>L\u2019histoire du Congo semble alors hant\u00e9e par une contradiction permanente : chaque g\u00e9n\u00e9ration produit son \u00e9lan de rupture, mais peine ensuite \u00e0 transformer cette \u00e9nergie r\u00e9volutionnaire en projet durable de reconstruction nationale. <\/p>\n<p>Comme si le pays demeurait prisonnier d\u2019un cycle o\u00f9 les changements de r\u00e9gimes ne suffisent jamais \u00e0 produire une v\u00e9ritable transformation de la culture politique elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Et pourtant, malgr\u00e9 les d\u00e9sillusions, l\u2019esprit du 17 mai conserve une puissance symbolique intacte. Il rappelle qu\u2019aucune fatalit\u00e9 historique n\u2019est irr\u00e9versible. Il enseigne que les peuples peuvent retrouver leur dignit\u00e9 lorsqu\u2019ils renouent avec l\u2019audace collective, la responsabilit\u00e9 citoyenne et le sens du sacrifice commun. <\/p>\n<p>Les d\u00e9fis contemporains ont certes chang\u00e9 de visage : aujourd\u2019hui, il ne s\u2019agit plus seulement de renverser un homme ou un r\u00e9gime, mais de reconstruire un \u00c9tat, restaurer la confiance publique, r\u00e9habiliter l\u2019autorit\u00e9 des institutions et rendre \u00e0 la jeunesse des perspectives d\u2019avenir.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ration de 1997 avait march\u00e9 pour briser les cha\u00eenes visibles de l\u2019oppression politique. Celle d\u2019aujourd\u2019hui doit d\u00e9sormais affronter des cha\u00eenes plus diffuses mais tout aussi redoutables : la corruption \u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me, la banalisation du mensonge public, l\u2019effondrement moral des \u00e9lites, la fragmentation identitaire et l\u2019\u00e9rosion progressive du sentiment national.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi le souvenir du 17 mai ne doit jamais \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une c\u00e9l\u00e9bration nostalgique ou \u00e0 un rituel politique vid\u00e9 de substance. Cette date doit demeurer une interpellation permanente adress\u00e9e \u00e0 la conscience nationale. Car une Nation qui oublie le sens du courage collectif finit toujours par s\u2019habituer \u00e0 sa propre d\u00e9cadence.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, le v\u00e9ritable h\u00e9ritage des marcheurs de 1997 ne r\u00e9side pas uniquement dans la chute d\u2019un r\u00e9gime ; il r\u00e9side dans cette v\u00e9rit\u00e9 intemporelle qu\u2019ils ont l\u00e9gu\u00e9e au pays : lorsqu\u2019un peuple retrouve la volont\u00e9 de se lever, m\u00eame l\u2019impossible cesse d\u2019\u00eatre invincible.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-75347 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/kd-2.jpg\" alt=\"Le 17 mai 1997 ne marqua pas seulement la chute d\u2019un r\u00e9gime, mais l\u2019\u00e9mergence soudaine d\u2019un espoir longtemps \u00e9touff\u00e9 par trois d\u00e9cennies d\u2019autoritarisme\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du 17 mai 1997 au 17 mai 2026, vingt-neuf ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis cette s\u00e9quence historique qui bouleversa profond\u00e9ment le destin de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et fit vaciller ce que beaucoup consid\u00e9raient alors comme un ordre immuable.<\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000075346,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7540],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-42044","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-securite","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000075346,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kd_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kd_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kd_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kd_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kd_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kd_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42044","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42044"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42044\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000075346"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42044"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42044"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42044"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=42044"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=42044"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}