{"id":41716,"date":"2026-04-16T13:46:23","date_gmt":"2026-04-16T13:46:23","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Profanation-de-la-memoire-a-Rouen-41716\/"},"modified":"2026-04-16T13:44:24","modified_gmt":"2026-04-16T13:44:24","slug":"Profanation-de-la-memoire-a-Rouen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Profanation-de-la-memoire-a-Rouen\/","title":{"rendered":"Profanation de la m\u00e9moire \u00e0 Rouen"},"content":{"rendered":"<p>Le samedi 11 avril 2026, cette cit\u00e9 s\u2019\u00e9tait recueillie dans la dignit\u00e9, fid\u00e8le \u00e0 l\u2019exigence morale qu\u2019impose la m\u00e9moire du G\u00e9nocide contre les Tutsi. Le silence y \u00e9tait dense, presque sacr\u00e9, habit\u00e9 par la conscience d\u2019un pass\u00e9 que nul ne saurait ni relativiser ni oublier.<\/p>\n<p>Et pourtant, \u00e0 peine quelques jours plus tard, le 15 avril 2026, des mains anonymes, mais non innocentes, ont choisi de souiller ce lieu de m\u00e9moire. Ce geste, d\u2019apparence triviale pour qui s\u2019en tiendrait \u00e0 une lecture superficielle, rel\u00e8ve en v\u00e9rit\u00e9 d\u2019une violence symbolique extr\u00eame. <\/p>\n<p>Car vandaliser une st\u00e8le, ce n\u2019est pas seulement d\u00e9grader une pierre : c\u2019est attenter \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est profaner le deuil, c\u2019est tenter d\u2019arracher aux morts jusqu\u2019au droit d\u2019\u00eatre pleur\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faut le dire sans d\u00e9tour : il ne s\u2019agit pas d\u2019un simple acte de d\u00e9linquance. C\u2019est une entreprise de n\u00e9gation, une volont\u00e9 d\u2019inscrire dans l\u2019espace public une falsification du r\u00e9el. L\u00e0 o\u00f9 la m\u00e9moire \u00e9rige des rep\u00e8res, les vandales veulent imposer l\u2019effacement. L\u00e0 o\u00f9 la comm\u00e9moration construit du sens, ils cherchent \u00e0 instiller le doute, la confusion, voire l\u2019indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p>{{Les assassins de la m\u00e9moire : figures de la n\u00e9gation et artisans de l\u2019oubli}}<\/p>\n<p>Mais qui sont-ils, ces \u00ab assassins de la m\u00e9moire \u00bb ? Ils ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 l\u2019anonymat de quelques individus agissant dans l\u2019ombre. Ils incarnent une r\u00e9alit\u00e9 plus vaste, plus insidieuse et infiniment plus dangereuse.<\/p>\n<p>Ce sont d\u2019abord les h\u00e9ritiers d\u2019une id\u00e9ologie qui n\u2019a jamais totalement d\u00e9sarm\u00e9. Le n\u00e9gationnisme, loin d\u2019\u00eatre une relique du pass\u00e9, demeure une force active, polymorphe, capable de se dissimuler sous les atours du scepticisme ou de la provocation. <\/p>\n<p>Il prosp\u00e8re sur l\u2019ignorance, se nourrit de la relativisation des crimes, et trouve dans les actes de vandalisme une traduction concr\u00e8te de son projet : d\u00e9l\u00e9gitimer la m\u00e9moire des victimes.<\/p>\n<p>Ce sont ensuite les propagateurs d\u2019un discours de haine, ceux qui, par calcul ou par aveuglement, contribuent \u00e0 banaliser l\u2019inacceptable. \u00c0 force de travestir les faits, de falsifier l\u2019histoire, de mettre en doute l\u2019\u00e9vidence du crime, ils pr\u00e9parent le terrain \u00e0 ces gestes de profanation. Le passage \u00e0 l\u2019acte n\u2019est jamais spontan\u00e9 : il est toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un lent travail de corrosion morale.<\/p>\n<p>Ce sont enfin les indiff\u00e9rents, complices passifs d\u2019un effacement progressif. Car l\u2019oubli n\u2019advient pas seulement par la violence, mais aussi par le silence. Chaque fois que la m\u00e9moire est rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, chaque fois que l\u2019exigence de v\u00e9rit\u00e9 est affaiblie, les assassins de la m\u00e9moire gagnent du terrain.<\/p>\n<p>Et pourtant, face \u00e0 cette entreprise d\u2019effacement, une autre force se dresse, irr\u00e9ductible : celle de la m\u00e9moire vivante. La m\u00e9moire des victimes, port\u00e9e par la parole des survivants, ne saurait \u00eatre annihil\u00e9e par des actes de vandalisme. Elle se transmet, se renouvelle, et s\u2019inscrit dans une vigilance de chaque instant.<\/p>\n<p>La r\u00e9silience des rescap\u00e9s, loin d\u2019\u00eatre une simple capacit\u00e9 \u00e0 survivre, constitue une forme de r\u00e9sistance active. Elle oppose \u00e0 la haine une pers\u00e9v\u00e9rance silencieuse, mais in\u00e9branlable. Elle rappelle que la m\u00e9moire n\u2019est pas seulement un h\u00e9ritage, mais une responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, ceux qui croient pouvoir effacer l\u2019histoire en souillant ses symboles se condamnent \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Car la m\u00e9moire du g\u00e9nocide contre les Tutsi ne repose pas uniquement sur des st\u00e8les de pierre : elle vit dans les consciences, dans les engagements et dans cette d\u00e9termination collective \u00e0 ne jamais c\u00e9der \u00e0 l\u2019oubli.<\/p>\n<p>En s\u2019attaquant \u00e0 la m\u00e9moire, les vandales ont cru frapper un symbole. Ils n\u2019ont fait que r\u00e9v\u00e9ler, une fois de plus, l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9fendre.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-73918 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/r5-33.jpg\" alt=\"Le samedi 11 avril 2026, la ville de Rouen s\u2019\u00e9tait recueillie dans la dignit\u00e9, fid\u00e8le \u00e0 l\u2019exigence morale qu\u2019impose la m\u00e9moire du G\u00e9nocide contre les Tutsi\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-73916 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/r7-22.jpg\" alt=\"Le silence y \u00e9tait dense, presque sacr\u00e9, habit\u00e9 par la conscience d\u2019un pass\u00e9 que nul ne saurait ni relativiser ni oublier\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-73915 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/r8-19.jpg\" alt=\"\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-73922 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/r1-70.jpg\" alt=\"Vandaliser une st\u00e8le, ce n\u2019est pas seulement d\u00e9grader une pierre : c\u2019est attenter \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est profaner le deuil\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-73919 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/r4-53.jpg\" alt=\"Des mains anonymes, mais non innocentes, ont choisi de souiller ce lieu de m\u00e9moire\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des actes dont la gravit\u00e9 exc\u00e8de de loin la mat\u00e9rialit\u00e9 des faits. Ainsi en va-t-il de la profanation r\u00e9cente de la st\u00e8le comm\u00e9morative d\u00e9di\u00e9e au g\u00e9nocide contre les Tutsi dans la ville de Rouen. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000073914,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7581],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-41716","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ideologie","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000073914,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-423.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-423.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-423.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-423.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-423.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-423.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41716","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41716"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41716\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000073914"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41716"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41716"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41716"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=41716"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=41716"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}