{"id":41651,"date":"2026-04-10T12:43:35","date_gmt":"2026-04-10T12:43:35","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Les-mots-qui-accusent-ou-quand-le-verbe-devient-peril-41651\/"},"modified":"2026-04-10T11:34:36","modified_gmt":"2026-04-10T11:34:36","slug":"Les-mots-qui-accusent-ou-quand-le-verbe-devient-peril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Les-mots-qui-accusent-ou-quand-le-verbe-devient-peril\/","title":{"rendered":"Les mots qui accusent ou quand le verbe devient p\u00e9ril"},"content":{"rendered":"<p>Lorsqu\u2019ils r\u00e9pondent \u00e0 leurs contradicteurs, leur d\u00e9marche se distingue par une rigueur m\u00e9thodologique remarquable : loin des emportements st\u00e9riles, ils s\u2019attachent \u00e0 contextualiser avec pr\u00e9cision, \u00e0 mobiliser des \u00e9l\u00e9ments factuels d\u2019une solidit\u00e9 difficilement contestable et \u00e0 r\u00e9tablir, avec une sobri\u00e9t\u00e9 ma\u00eetris\u00e9e, la justesse des faits.<\/p>\n<p>Une telle posture, \u00e0 la fois didactique et d\u2019une rigueur inflexible, leur permet non seulement de se pr\u00e9munir contre les d\u00e9rives d\u2019une pol\u00e9mique st\u00e9rile, mais surtout de contraindre leurs interlocuteurs \u00e0 se confronter \u00e0 leurs propres incoh\u00e9rences, les confondant avec une \u00e9l\u00e9gance qui rel\u00e8ve davantage de l\u2019administration de la preuve que de l\u2019affrontement discursif. <\/p>\n<p>Tel est pr\u00e9cis\u00e9ment le cas en l\u2019esp\u00e8ce, lorsque le Dr Jean-Damasc\u00e8ne Bizimana entreprend de recadrer son homologue congolais Patrick Muyaya, en opposant \u00e0 l\u2019approximation des propos une rigueur factuelle et historique qui, sans emphase ni invective, en r\u00e9v\u00e8le les limites et en dissipe les artifices.<\/p>\n<p>Car il est des paroles qui exc\u00e8dent le simple cadre de l\u2019expression politique pour s\u2019inscrire dans une g\u00e9n\u00e9alogie autrement plus sombre : celle des discours qui fragmentent, d\u00e9signent et \u00e0 terme, exposent. <\/p>\n<p>Les propos de Patrick Muyaya, tenus sur T\u00e9l\u00e9 50, s\u2019inscrivent dans cette zone de gravit\u00e9 o\u00f9 le langage cesse d\u2019\u00eatre neutre pour devenir performatif.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Muyaya, \u00ab c\u2019est une guerre que nous vivons depuis 30 ans. Ici nous sommes \u00e0 Bukavu, on est dans une partie du pays o\u00f9 la femme a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement victime des atrocit\u00e9s des Tutsi. Tous les Congolais, cette guerre, c\u2019est la leur. On a un front militaire, on a un front politique, on a un front diplomatique, on a un front \u00e9conomique, on a un front m\u00e9diatique, on a un front judiciaire. \u00c7a nous permettra de r\u00e9soudre un probl\u00e8me qui dure depuis 30 ans. \u00bb<\/p>\n<p>Ces mots, cit\u00e9s sans alt\u00e9ration, suffisent \u00e0 eux seuls \u00e0 nourrir une interrogation grave. L\u2019expression \u00ab les atrocit\u00e9s des Tutsi \u00bb, en essentialisant un groupe, proc\u00e8de d\u2019une rh\u00e9torique de g\u00e9n\u00e9ralisation qui, dans l\u2019histoire des violences de masse, a trop souvent constitu\u00e9 le pr\u00e9lude \u00e0 des d\u00e9rives tragiques. Car les mots ne sont jamais anodins : ils tracent des lignes, fabriquent des ennemis, l\u00e9gitiment des hostilit\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience historique, notamment celle du Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda, a consacr\u00e9 avec force la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale des producteurs de discours de haine. <\/p>\n<p>Les condamnations de Ferdinand Nahimana, Jean Bosco Barayagwiza et Hassan Ngeze, tout comme les aveux de Joseph Serugendo et Georges Henri Yvon Ruggiu, rappellent avec une implacable clart\u00e9 que l\u2019incitation verbale peut constituer l\u2019antichambre du crime.<\/p>\n<p>{{De la n\u00e9gation \u00e0 la responsabilit\u00e9 : l\u2019exigence d\u2019un sursaut moral}}<\/p>\n<p>Plus pr\u00e9occupant encore que la teneur des propos est le d\u00e9ni qui les entoure. Car nier l\u2019\u00e9vidence de ses propres mots, ou tenter d\u2019en alt\u00e9rer la port\u00e9e, revient \u00e0 prolonger leur effet d\u00e9l\u00e9t\u00e8re en refusant toute reddition morale. <\/p>\n<p>Cette posture n\u2019est pas sans pr\u00e9c\u00e9dent. Elle s\u2019inscrit dans une continuit\u00e9 historique o\u00f9 certaines figures politiques ont cru pouvoir instrumentaliser le langage sans en assumer les cons\u00e9quences, \u00e0 l\u2019image de Abdoulaye Yerodia Ndombasi, dont les d\u00e9clarations infamantes demeurent, malgr\u00e9 l\u2019absence de jugement, une tache ind\u00e9l\u00e9bile.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la question n\u2019est plus seulement politique, elle devient \u00e9thique. Peut-on, au regard de l\u2019histoire r\u00e9cente de la r\u00e9gion des Grands Lacs, se permettre de manier des cat\u00e9gories ethniques avec une telle d\u00e9sinvolture ? Peut-on ignorer que la stigmatisation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, m\u00eame sous couvert d\u2019analyse s\u00e9curitaire, alimente des imaginaires de haine dont les cons\u00e9quences \u00e9chappent ensuite \u00e0 leurs auteurs ?<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019exiger l\u2019impossible, mais simplement de rappeler l\u2019essentiel : la responsabilit\u00e9 des mots. Face \u00e0 de tels propos, une seule issue digne s\u2019impose, non la fuite, non la d\u00e9n\u00e9gation, mais la reconnaissance.<\/p>\n<p>Dire, avec sobri\u00e9t\u00e9 et gravit\u00e9 : \u00ab Pardon chers internautes, moi, Patrick Muyaya, j\u2019ai d\u00e9conn\u00e9, je confesse, je m\u2019incline devant l\u2019erreur, je retire mes mensonges. \u00bb<\/p>\n<p>Car dans certaines circonstances, la parole qui r\u00e9pare vaut infiniment plus que celle qui persiste \u00e0 diviser.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-73728 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/png\/screenshot_843_.png\" alt=\"Les r\u00e9actions sur X des ministres Nduhungirehe et du Dr. Bizimana suscitent un int\u00e9r\u00eat particulier par leur rigueur et leur recours syst\u00e9matique aux faits pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs contradicteurs\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est un attrait singulier, presque une forme de d\u00e9lectation intellectuelle \u00e0 suivre les prises de parole sur la plateforme X des Ministres Rwandais respectivement l\u2019Ambassadeur Olivier Nduhungirehe et Dr Jean-Damasc\u00e8ne Bizimana. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000073727,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7529],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-41651","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite-3","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000073727,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/screenshot_843_.png","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/png","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/screenshot_843_.png","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/screenshot_843_.png","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/screenshot_843_.png","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/screenshot_843_.png","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/screenshot_843_.png","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41651","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41651"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41651\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000073727"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41651"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41651"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41651"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=41651"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=41651"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}