{"id":41588,"date":"2026-04-06T09:47:00","date_gmt":"2026-04-06T09:47:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Me-Moise-Nyarugabo-interpelle-le-President-Ndayishimiye-41588\/"},"modified":"2026-04-06T10:07:47","modified_gmt":"2026-04-06T10:07:47","slug":"Me-Moise-Nyarugabo-interpelle-le-President-Ndayishimiye","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Me-Moise-Nyarugabo-interpelle-le-President-Ndayishimiye\/","title":{"rendered":"Me Moise Nyarugabo interpelle le Pr\u00e9sident Ndayishimiye"},"content":{"rendered":"<p>La soir\u00e9e du 31 mars 2026, \u00e0 Bujumbura, s\u2019inscrit ind\u00e9niablement dans cette cat\u00e9gorie. Les d\u00e9tonations assourdissantes, les flammes d\u00e9vorant la nuit et les colonnes de fum\u00e9e obscurcissant le ciel n\u2019ont pas seulement \u00e9branl\u00e9 une capitale : elles ont, pour un instant, expos\u00e9 \u00e0 la conscience collective ce que signifie vivre sous la menace, dans la peur et l\u2019impuissance.<\/p>\n<p>A Bujumbura, les cris de d\u00e9tresse se sont \u00e9lev\u00e9s avec une intensit\u00e9 tragique, appels \u00e0 Dieu, supplications tremblantes d\u2019une population soudain confront\u00e9e \u00e0 l\u2019irruption du chaos. A ces victimes, \u00e0 leurs familles endeuill\u00e9es, Maitre Nyarugabo adresse une compassion l\u00e9gitime et sinc\u00e8re. Car aucune soci\u00e9t\u00e9 ne devrait \u00eatre livr\u00e9e \u00e0 une telle violence, f\u00fbt-elle accidentelle.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce contraste que r\u00e9side l\u2019objet de l\u2019interpellation adress\u00e9e au Pr\u00e9sident \u00c9variste Ndayishimiye par Me Moise Nyarugabo. Car ce qui, \u00e0 Bujumbura, n\u2019a dur\u00e9 que quelques heures, se prolonge, ailleurs, dans une temporalit\u00e9 infiniment plus longue et dans une intensit\u00e9 autrement plus syst\u00e9matique. <\/p>\n<p>A Minembwe, dans les territoires de Masisi et de Rutshuru, la violence ne rel\u00e8ve plus de l\u2019accident ni de l\u2019impr\u00e9vu : elle s\u2019inscrit dans la dur\u00e9e, dans la r\u00e9p\u00e9tition, dans une m\u00e9canique implacable qui semble ob\u00e9ir \u00e0 une logique d\u2019\u00e9puisement et de destruction.<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 Bujumbura a retrouv\u00e9, d\u00e8s le lendemain, les apparences d\u2019une normalit\u00e9 fragile, Minembwe demeure enferm\u00e9e dans un \u00e9tat de si\u00e8ge quasi permanent. Les banyamulenge y vivent sous la menace constante des bombardements, des armes lourdes et d\u2019un encerclement prolong\u00e9 qui transforme chaque jour en une \u00e9preuve de survie. La nuit n\u2019y apporte aucun r\u00e9pit ; le jour, aucune promesse d\u2019apaisement.<\/p>\n<p>Plus grave encore, les m\u00e9thodes d\u00e9crites, destruction des cultures, incendie des r\u00e9serves alimentaires, abattage syst\u00e9matique du b\u00e9tail, r\u00e9v\u00e8lent une violence qui d\u00e9passe le cadre militaire pour atteindre les fondements m\u00eames de la vie. Car d\u00e9truire les moyens de subsistance, c\u2019est condamner non seulement le pr\u00e9sent, mais aussi l\u2019avenir. C\u2019est inscrire la mort dans la dur\u00e9e, en la diffusant \u00e0 travers la faim, la pr\u00e9carit\u00e9 et la d\u00e9solation sociale.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, l\u2019association entre \u00c9variste Ndayishimiye et F\u00e9lix Tshisekedi soul\u00e8ve une interrogation majeure quant \u00e0 la responsabilit\u00e9 politique, juridique et morale des dirigeants engag\u00e9s, directement dans ces dynamiques de violence. Gouverner, ce n\u2019est pas seulement exercer une autorit\u00e9 ; c\u2019est r\u00e9pondre, devant l\u2019histoire et devant le droit, des cons\u00e9quences humaines des d\u00e9cisions prises.<\/p>\n<p>L&#8217;interpellation de Me Nyarugabo met ainsi en lumi\u00e8re une dissonance troublante : la capacit\u00e9 \u00e0 exprimer compassion et solidarit\u00e9 face \u00e0 une trag\u00e9die ponctuelle, contrastant avec une apparente indiff\u00e9rence, voire une intensification des op\u00e9rations, lorsque la souffrance se d\u00e9ploie loin des regards imm\u00e9diats. <\/p>\n<p>Cette asym\u00e9trie interroge la hi\u00e9rarchie implicite accord\u00e9e aux vies humaines, comme si certaines m\u00e9ritaient d\u2019\u00eatre pleur\u00e9es, tandis que d\u2019autres pouvaient \u00eatre expos\u00e9es \u00e0 une violence prolong\u00e9e sans susciter la m\u00eame urgence morale.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la question du sacrifice silencieux des jeunes Burundais engag\u00e9s dans ces op\u00e9rations ext\u00e9rieures ne saurait \u00eatre \u00e9lud\u00e9e. Combien d\u2019entre eux tombent dans les montagnes de Minembwe ou de Masisi, loin de leur patrie, dans une guerre dont les justifications restent opaques pour nombre de leurs concitoyens ? <\/p>\n<p>Le silence entourant ces pertes, s\u2019il devait \u00eatre av\u00e9r\u00e9, ajouterait une dimension suppl\u00e9mentaire \u00e0 cette trag\u00e9die : celle d\u2019une invisibilisation des morts, priv\u00e9s m\u00eame de la reconnaissance nationale.<\/p>\n<p>Enfin, la comparaison avec l\u2019attitude de F\u00e9lix Tshisekedi face aux violences perp\u00e9tr\u00e9es par les ADF dans des villes telles que Beni, Mambasa ou Bunia vient renforcer le sentiment d\u2019un d\u00e9calage entre les discours officiels et la r\u00e9alit\u00e9 des priorit\u00e9s politiques. Lorsqu\u2019un dirigeant choisit ses lieux de compassion, il r\u00e9v\u00e8le, consciemment ou non, la cartographie morale de son pouvoir.<\/p>\n<p>Ainsi, au-del\u00e0 de la d\u00e9nonciation, cette interpellation se veut un rappel solennel : aucune strat\u00e9gie militaire, aucun calcul politique ne saurait justifier la destruction syst\u00e9matique des conditions d\u2019existence d\u2019un peuple. <\/p>\n<p>Car une telle entreprise, qu\u2019elle soit assum\u00e9e ou ni\u00e9e, porte en elle les germes d\u2019une condamnation in\u00e9luctable celle du droit, de l\u2019histoire et, plus encore, de la conscience universelle.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-73522 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/mn-9.jpg\" alt=\"\u00c0 Bujumbura, face \u00e0 une trag\u00e9die brutale mais br\u00e8ve, Me Mo\u00efse Nyarugabo exprime une compassion sinc\u00e8re. Mais il interpelle le pr\u00e9sident \u00c9variste Ndayishimiye sur une r\u00e9alit\u00e9 plus grave : ailleurs, la violence persiste, durable et syst\u00e9matique\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des \u00e9v\u00e9nements dont la brutalit\u00e9 soudaine agit comme un r\u00e9v\u00e9lateur impitoyable des trag\u00e9dies plus profondes que l\u2019on s\u2019efforce, ailleurs, de dissimuler sous le voile commode de la routine guerri\u00e8re. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000073521,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-41588","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000073521,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mn_cp-8.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mn_cp-8.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mn_cp-8.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mn_cp-8.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mn_cp-8.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mn_cp-8.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41588","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41588"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41588\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000073521"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41588"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41588"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41588"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=41588"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=41588"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}