{"id":41145,"date":"2026-02-21T13:15:00","date_gmt":"2026-02-21T13:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Memoire-d-une-parole-publique-ou-le-temoignage-budgetaire-comme-revelateur-d-41145\/"},"modified":"2026-02-22T13:15:27","modified_gmt":"2026-02-22T13:15:27","slug":"Memoire-d-une-parole-publique-ou-le-temoignage-budgetaire-comme-revelateur-d","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Memoire-d-une-parole-publique-ou-le-temoignage-budgetaire-comme-revelateur-d\/","title":{"rendered":"M\u00e9moire d\u2019une parole publique ou le t\u00e9moignage budg\u00e9taire comme r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une culture de pr\u00e9dation"},"content":{"rendered":"<p>Loin d\u2019un simple \u00e9change m\u00e9diatique, cette intervention s\u2019apparente \u00e0 une confession institutionnelle, au sens presque archivistique du terme : elle met \u00e0 nu, sans fard, les tensions structurelles qui traversent l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>L\u2019ancien ministre des Finances, artisan d\u2019une progression spectaculaire du budget national pass\u00e9, selon ses propres termes, de quatre \u00e0 seize milliards de dollars ne dissimule ni son amertume ni son indignation. <\/p>\n<p>A l\u2019entendre, chaque accroissement des recettes publiques suscitait moins une r\u00e9flexion strat\u00e9gique sur l\u2019investissement productif, la consolidation des services publics ou la r\u00e9duction de la dette qu\u2019une pression imm\u00e9diate en vue d\u2019une redistribution pr\u00e9cipit\u00e9e et client\u00e9liste : \u00ab donne l\u2019argent, on se le partage ; la r\u00e9flexion, ce sera pour plus tard \u00bb. <\/p>\n<p>Cette formule, d\u2019une brutalit\u00e9 presque triviale, concentre \u00e0 elle seule une pathologie budg\u00e9taire : la substitution du court-termisme opportuniste \u00e0 la planification rationnelle.<\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage \u00e9claire une r\u00e9alit\u00e9 trop souvent dilu\u00e9e dans les chiffres globaux : l\u2019augmentation des ressources publiques n\u2019est pas, en soi, garante de progr\u00e8s institutionnel. Elle peut, au contraire, exacerber les app\u00e9tits si elle n\u2019est pas ench\u00e2ss\u00e9e dans un cadre normatif rigoureux, fond\u00e9 sur la discipline budg\u00e9taire, la hi\u00e9rarchisation des priorit\u00e9s et la reddition des comptes. <\/p>\n<p>La parole de l\u2019ancien ministre d\u00e9voile ainsi moins un dysfonctionnement ponctuel qu\u2019une culture de gestion o\u00f9 la d\u00e9pense prime sur la vision, o\u00f9 l\u2019urgence proclam\u00e9e supplante la prospective et o\u00f9 la solidarit\u00e9 nationale c\u00e8de devant la fragmentation des int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Conserver jalousement cette \u00e9mission rel\u00e8ve donc d\u2019un devoir de m\u00e9moire civique. Elle documente non seulement une \u00e9poque, mais un esprit ; non seulement des pratiques, mais une conception implicite du pouvoir financier comme r\u00e9servoir distributif plut\u00f4t que comme levier strat\u00e9gique. <\/p>\n<p>En cela, elle s\u2019inscrit dans une tradition de t\u00e9moignages qui, r\u00e9trospectivement, \u00e9clairent les ressorts profonds des crises budg\u00e9taires.<\/p>\n<p>{{Expansion institutionnelle et d\u00e9rive des charges : anatomie d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre structurel}}<\/p>\n<p>L\u2019analyse des difficult\u00e9s financi\u00e8res actuelles ne saurait se limiter aux d\u00e9clarations individuelles, aussi \u00e9clairantes soient-elles. Elle impose une lecture syst\u00e9mique des choix op\u00e9r\u00e9s au sommet de l\u2019\u00c9tat. <\/p>\n<p>L\u2019explosion de la masse salariale, l\u2019accroissement continu des frais de fonctionnement des institutions et la cr\u00e9ation de cinquante-trois \u00e9tablissements publics suppl\u00e9mentaires sous l\u2019impulsion de la pr\u00e9sidence constituent autant de facteurs concourant \u00e0 une tension budg\u00e9taire structurelle.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation d\u2019entit\u00e9s publiques, lorsqu\u2019elle n\u2019est pas pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une \u00e9tude d\u2019impact rigoureuse, d\u2019une planification strat\u00e9gique et d\u2019une budg\u00e9tisation sinc\u00e8re, engendre un effet multiplicateur sur les charges r\u00e9currentes : salaires, primes, infrastructures, logistique, v\u00e9hicules, missions, fonctionnement courant. <\/p>\n<p>Chaque nouvelle structure introduit une inertie financi\u00e8re suppl\u00e9mentaire, transformant le budget en agr\u00e9gat de d\u00e9penses incompressibles. Or, une fois ces charges consolid\u00e9es, leur r\u00e9duction devient politiquement co\u00fbteuse et administrativement complexe.<\/p>\n<p>A cela s\u2019ajoutent les missions \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, souvent accompagn\u00e9es de d\u00e9l\u00e9gations pl\u00e9thoriques, dont le co\u00fbt cumul\u00e9 p\u00e8se lourdement sur le Tr\u00e9sor public. <\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la d\u00e9pense imm\u00e9diate; billets d\u2019avion, indemnit\u00e9s journali\u00e8res, h\u00e9bergement, logistique se pose la question de l\u2019efficience : quelle valeur ajout\u00e9e r\u00e9elle pour l\u2019\u00e9conomie nationale ? <\/p>\n<p>Quelle tra\u00e7abilit\u00e9 des r\u00e9sultats obtenus ? Quelle \u00e9valuation ex post des retomb\u00e9es ? L\u2019absence de m\u00e9canismes d\u2019\u00e9valuation transforme ces d\u00e9placements en charges discr\u00e9tionnaires, difficilement justifiables dans un contexte de contraintes budg\u00e9taires.<\/p>\n<p>L\u2019explosion de la masse salariale traduit, quant \u00e0 elle, une dynamique de recrutement et de r\u00e9mun\u00e9ration qui d\u00e9passe la capacit\u00e9 contributive de l\u2019\u00e9conomie nationale. Lorsque les d\u00e9penses de personnel absorbent une part excessive des recettes, l\u2019\u00c9tat voit se r\u00e9duire sa marge d\u2019investissement dans les infrastructures, l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9 ou la s\u00e9curit\u00e9. Il devient gestionnaire de sa propre inertie plut\u00f4t qu\u2019architecte de son d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Ainsi se dessine une contradiction majeure : l\u2019augmentation substantielle du budget global n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e d\u2019une r\u00e9forme qualitative de la d\u00e9pense publique. L\u2019expansion quantitative a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la rationalisation qualitative. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre explique en partie les difficult\u00e9s actuelles : le budget, gonfl\u00e9 en apparence, demeure structurellement vuln\u00e9rable, car lest\u00e9 de charges fixes et de d\u00e9penses de fonctionnement qui limitent sa flexibilit\u00e9.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, la question pos\u00e9e par cette s\u00e9quence politique d\u00e9passe la pol\u00e9mique conjoncturelle. Elle interroge le mod\u00e8le de gouvernance financi\u00e8re adopt\u00e9 : un \u00c9tat peut-il durablement prosp\u00e9rer s\u2019il privil\u00e9gie l\u2019expansion administrative \u00e0 la consolidation institutionnelle ? <\/p>\n<p>La soutenabilit\u00e9 budg\u00e9taire exige non seulement des recettes accrues, mais une discipline dans l\u2019allocation des ressources, une hi\u00e9rarchisation des priorit\u00e9s et une \u00e9thique de responsabilit\u00e9. Sans ces garde-fous, l\u2019accroissement budg\u00e9taire risque de n\u2019\u00eatre qu\u2019un mirage statistique, dissimulant une fragilit\u00e9 croissante des fondements financiers de la R\u00e9publique.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-71949 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/pk-78.jpg\" alt=\"L\u2019\u00e9mission anim\u00e9e par Paulette Kimuntu, o\u00f9 Nicolas Kazadi s\u2019est exprim\u00e9 avec rare v\u00e9h\u00e9mence, constitue un jalon historique dans l\u2019analyse de la gouvernance financi\u00e8re de la RDC\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9mission anim\u00e9e par Paulette Kimuntu, au cours de laquelle Nicolas Kazadi, ancien ministre des finances s\u2019est exprim\u00e9 avec une rare v\u00e9h\u00e9mence, constitue d\u00e9sormais un jalon documentaire d\u2019une port\u00e9e historique singuli\u00e8re dans l\u2019analyse de la gouvernance financi\u00e8re de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000071948,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-41145","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000071948,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/pk_cp-53.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/pk_cp-53.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/pk_cp-53.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/pk_cp-53.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/pk_cp-53.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/pk_cp-53.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41145","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41145"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41145\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000071948"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41145"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41145"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41145"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=41145"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=41145"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}