{"id":41116,"date":"2026-02-18T16:32:48","date_gmt":"2026-02-18T16:32:48","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-derive-salariale-de-l-Etat-ou-symptome-d-une-gouvernance-en-deliquescence-41116\/"},"modified":"2026-02-18T16:10:47","modified_gmt":"2026-02-18T16:10:47","slug":"La-derive-salariale-de-l-Etat-ou-symptome-d-une-gouvernance-en-deliquescence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-derive-salariale-de-l-Etat-ou-symptome-d-une-gouvernance-en-deliquescence\/","title":{"rendered":"La d\u00e9rive salariale de l\u2019Etat ou sympt\u00f4me d\u2019une gouvernance en d\u00e9liquescence"},"content":{"rendered":"<p>Les stratag\u00e8mes de pr\u00e9dation, loin d\u2019\u00eatre marginaux, se sont institutionnalis\u00e9s au fil des ann\u00e9es, au point de constituer une v\u00e9ritable grammaire du pouvoir. On grossit artificiellement les effectifs de l\u2019administration, on invente des agents fant\u00f4mes, on attribue des salaires fictifs, puis l\u2019on proc\u00e8de au d\u00e9caissement de fonds publics qui, aussit\u00f4t lib\u00e9r\u00e9s, se volatilisent dans les circuits opaques de l\u2019appropriation priv\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte d\u00e9l\u00e9t\u00e8re que le Fonds mon\u00e9taire international tire aujourd\u2019hui la sonnette d\u2019alarme. L\u2019institution de Bretton Woods d\u00e9nonce une explosion incontr\u00f4l\u00e9e de la masse salariale au sein de l\u2019administration publique congolaise, qualifi\u00e9e sans ambages de \u00ab risque budg\u00e9taire majeur \u00bb. <\/p>\n<p>Les d\u00e9penses de personnel exc\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 les projections \u00e9tablies pour les exercices 2025 et 2026, compromettant gravement la trajectoire de consolidation budg\u00e9taire que le pays s\u2019\u00e9tait pourtant engag\u00e9 \u00e0 suivre. <\/p>\n<p>A Kinshasa, l\u2019heure n\u2019est plus aux artifices comptables ni aux r\u00e9formes cosm\u00e9tiques : il est d\u00e9sormais question de pr\u00e9server la stabilit\u00e9 macro\u00e9conomique elle-m\u00eame, menac\u00e9e par une inflation administrative devenue hors de contr\u00f4le.<\/p>\n<p>{{L\u2019\u00c9tat budg\u00e9tivore contre l\u2019investissement productif : une faillite politique}} <\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des chiffres et des avertissements techniques, cette d\u00e9rive salariale r\u00e9v\u00e8le une r\u00e9alit\u00e9 plus profonde : celle d\u2019un \u00c9tat captur\u00e9 par des int\u00e9r\u00eats particuliers, incapable de hi\u00e9rarchiser ses priorit\u00e9s au service du bien commun. Les d\u00e9penses courantes et singuli\u00e8rement celles li\u00e9es \u00e0 une administration hypertrophi\u00e9e, absorbent une part toujours plus importante des recettes publiques. Ce faisant, elles \u00e9touffent toute capacit\u00e9 d\u2019investissement productif, sacrifiant les secteurs vitaux que sont les routes, l\u2019\u00e9nergie, l\u2019eau, ou encore les infrastructures de base, sans lesquelles aucun d\u00e9veloppement durable n\u2019est envisageable.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 civile, lucide et am\u00e8re, ne s\u2019y trompe pas. Elle d\u00e9nonce le maintien d\u2019institutions obsol\u00e8tes, co\u00fbteuses et inefficaces, survivances d\u2019un \u00c9tat patrimonial qui se refuse \u00e0 toute rationalisation. <\/p>\n<p>Pire encore, la cr\u00e9ation r\u00e9currente de nouvelles structures administratives, souvent redondantes, vient d\u00e9doubler les missions d\u2019organismes d\u00e9j\u00e0 existants, aggravant la fragmentation institutionnelle et alourdissant un budget exsangue. <\/p>\n<p>Cette prolif\u00e9ration bureaucratique n\u2019est pas le fruit de la n\u00e9cessit\u00e9, mais celui du calcul politique : lorsque Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, choisit de \u00ab crever l\u2019abc\u00e8s \u00bb sur un plateau de t\u00e9l\u00e9vision, il ne se livra point \u00e0 une confidence anodine, mais \u00e0 une v\u00e9ritable mise \u00e0 nu des m\u00e9canismes internes du pouvoir. <\/p>\n<p>Il r\u00e9v\u00e9la que la seule Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique avait, en marge des pr\u00e9visions budg\u00e9taires, cr\u00e9\u00e9 pr\u00e8s d\u2019une cinquantaine de structures nouvelles, \u00e9chappant \u00e0 toute planification rigoureuse et grevant insidieusement les finances publiques. Cette prolif\u00e9ration organique, dissimul\u00e9e sous les oripeaux de la modernisation institutionnelle, s\u2019apparente moins \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 administrative qu\u2019\u00e0 une strat\u00e9gie d\u2019occupation des espaces de rente.<\/p>\n<p>Car multiplier les postes, alourdir les frais de fonctionnement et consentir des salaires exorbitants ne rel\u00e8ve pas d\u2019un simple d\u00e9sordre technique : c\u2019est instituer un syst\u00e8me. Chaque structure suppl\u00e9mentaire devient un foyer de d\u00e9pendance, chaque nomination un lien d\u2019all\u00e9geance, chaque avantage consenti une fid\u00e9lit\u00e9 achet\u00e9e \u00e0 vil prix. <\/p>\n<p>Ainsi se tisse, au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019\u00c9tat, une toile de client\u00e8les savamment entretenue, o\u00f9 la d\u00e9pense publique ne sert plus l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, mais consolide des loyaut\u00e9s personnelles. Loin d\u2019\u00eatre accidentelle, cette d\u00e9rive proc\u00e8de d\u2019une logique politique assum\u00e9e : celle d\u2019un pouvoir qui confond gouvernance et distribution de pr\u00e9bendes et transforme la R\u00e9publique en instrument de conservation de soi.<\/p>\n<p>Ainsi, la crise de la masse salariale n\u2019est pas un simple d\u00e9s\u00e9quilibre technique ; elle constitue le miroir fid\u00e8le d\u2019une faillite politique et morale. Tant que l\u2019\u00c9tat congolais ne rompra pas avec cette culture de pr\u00e9dation, tant qu\u2019il ne substituera pas \u00e0 la logique du partage du butin celle de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, les avertissements du FMI resteront lettre morte, et la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo continuera de compromettre son avenir au profit d\u2019un pr\u00e9sent confisqu\u00e9 par quelques-uns.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-71879 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/imf-2.jpg\" alt=\"L\u2019institution de Bretton Woods d\u00e9nonce une explosion incontr\u00f4l\u00e9e de la masse salariale au sein de l\u2019administration publique congolaise, qualifi\u00e9e sans ambages de \u00ab risque budg\u00e9taire majeur \u00bb\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n\u2019est, h\u00e9las, un secret pour personne ou, pour mieux dire, un secret de Polichinelle que la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, du moins \u00e0 travers sa classe politique et ses dirigeants plac\u00e9s au sommet de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, demeure encline \u00e0 confondre la chose publique avec la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000071878,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7528],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-41116","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-economie-2","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000071878,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/imf_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/imf_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/imf_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/imf_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/imf_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/imf_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41116","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41116"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41116\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000071878"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41116"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41116"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41116"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=41116"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=41116"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}