{"id":41103,"date":"2026-02-17T16:08:34","date_gmt":"2026-02-17T16:08:34","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-memoire-confisquee-face-aux-imperatifs-strategiques-41103\/"},"modified":"2026-02-17T15:57:06","modified_gmt":"2026-02-17T15:57:06","slug":"La-memoire-confisquee-face-aux-imperatifs-strategiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-memoire-confisquee-face-aux-imperatifs-strategiques\/","title":{"rendered":"La m\u00e9moire confisqu\u00e9e face aux imp\u00e9ratifs strat\u00e9giques"},"content":{"rendered":"<p>Ces fonds, aujourd\u2019hui notamment centralis\u00e9s et valoris\u00e9s au sein du Mus\u00e9e royal de l\u2019Afrique centrale \u00e0 Tervuren, constituent une m\u00e9moire strat\u00e9gique autant qu\u2019historique.<\/p>\n<p>Or voici que ces archives, en particulier celles relatives au sous-sol congolais, se trouvent au c\u0153ur d\u2019un bras de fer in\u00e9dit. Une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e am\u00e9ricaine, agissant dans le cadre d\u2019un partenariat strat\u00e9gique sur les minerais avec la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, souhaiterait obtenir un acc\u00e8s exclusif \u00e0 ces donn\u00e9es. <\/p>\n<p>Ces archives g\u00e9ologiques ne sont pas de simples vestiges du pass\u00e9 : elles contiennent des cartographies, des \u00e9tudes de prospection, des relev\u00e9s techniques dont la valeur \u00e9conomique est consid\u00e9rable dans le contexte actuel de transition \u00e9nerg\u00e9tique et de comp\u00e9tition mondiale pour les minerais critiques.<\/p>\n<p>La Belgique, dit-on, freine des quatre fers. Elle oppose des consid\u00e9rations juridiques, patrimoniales, techniques, invoquant notamment la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019achever la num\u00e9risation en cours \u00e0 Tervuren avant toute transmission substantielle. Cette prudence, pr\u00e9sent\u00e9e comme administrative, n\u2019en r\u00e9v\u00e8le pas moins une tension fondamentale : \u00e0 qui appartient la m\u00e9moire mat\u00e9rielle d\u2019un territoire ? \u00c0 l\u2019ancienne puissance coloniale qui l\u2019a produite et class\u00e9e, ou \u00e0 l\u2019\u00c9tat souverain dont le sous-sol fut inventori\u00e9 ?<\/p>\n<p>Le paradoxe est cruel : ce qui fut autrefois collect\u00e9 dans une logique d\u2019exploitation imp\u00e9riale devient aujourd\u2019hui un instrument potentiel d\u2019\u00e9mancipation strat\u00e9gique pour Kinshasa. En refusant un acc\u00e8s rapide et \u00e9largi \u00e0 ces archives, la Belgique donne le sentiment de prolonger, sous une forme technocratique, une asym\u00e9trie h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019histoire. Elle se trouve ainsi prise \u00e0 son propre pi\u00e8ge : celui d\u2019avoir \u00e9rig\u00e9 la centralisation documentaire en marque de puissance, sans anticiper qu\u2019un jour cette centralisation deviendrait un levier de contestation.<\/p>\n<p>{{M\u00e9moire, minerais et recomposition g\u00e9opolitique : un affrontement aux cons\u00e9quences durables}}<\/p>\n<p>Ce diff\u00e9rend ne saurait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une querelle administrative. Il s\u2019inscrit dans une recomposition g\u00e9opolitique o\u00f9 les ressources mini\u00e8res congolaises occupent une place nodale. Cuivre, cobalt, coltan, terres rares : le sous-sol congolais est devenu un enjeu strat\u00e9gique mondial. Dans ce contexte, l\u2019acc\u00e8s exclusif \u00e0 des archives g\u00e9ologiques d\u00e9taill\u00e9es repr\u00e9sente un avantage comp\u00e9titif majeur pour tout acteur priv\u00e9 ou \u00e9tatique.<\/p>\n<p>La RDC, press\u00e9e de conclure son partenariat strat\u00e9gique, semble avoir donn\u00e9 son accord de principe \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine concern\u00e9e. Ce choix traduit une volont\u00e9 d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration : tirer parti, sans d\u00e9lai, des informations disponibles pour structurer des investissements, s\u00e9curiser des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement et renforcer son poids dans les n\u00e9gociations internationales. <\/p>\n<p>Le temps \u00e9conomique n\u2019est pas celui des conservateurs d\u2019archives ; il est celui des march\u00e9s et des alliances strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>La Belgique, en temporisant, prend le risque d\u2019appara\u00eetre comme un acteur d\u00e9fensif, attach\u00e9 \u00e0 la ma\u00eetrise d\u2019un patrimoine documentaire dont la valeur exc\u00e8de d\u00e9sormais la seule dimension acad\u00e9mique. <\/p>\n<p>Si elle persiste \u00e0 conditionner l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de la num\u00e9risation ou \u00e0 des proc\u00e9dures prolong\u00e9es, elle pourrait perdre davantage qu\u2019un diff\u00e9rend ponctuel : elle pourrait entamer durablement sa cr\u00e9dibilit\u00e9 comme partenaire \u00e9quitable d\u2019une Afrique en qu\u00eate de souverainet\u00e9 effective.<\/p>\n<p>Car le c\u0153ur du d\u00e9bat r\u00e9side dans la souverainet\u00e9 informationnelle. Un \u00c9tat qui ne ma\u00eetrise pas les donn\u00e9es relatives \u00e0 son propre sous-sol demeure partiellement d\u00e9pendant. Inversement, restituer ou du moins partager pleinement ces archives constituerait un geste politique fort, en phase avec les discours contemporains sur la d\u00e9colonisation des savoirs et la r\u00e9paration des asym\u00e9tries historiques.<\/p>\n<p>Le bras de fer engag\u00e9 d\u00e9passe donc les protagonistes imm\u00e9diats. Il interroge la capacit\u00e9 de l\u2019Europe \u00e0 red\u00e9finir ses relations avec l\u2019Afrique sur un mode v\u00e9ritablement partenarial, et celle de la RDC \u00e0 transformer son potentiel minier en levier strat\u00e9gique autonome. <\/p>\n<p>Si la Belgique s\u2019obstine dans une posture per\u00e7ue comme r\u00e9tentionniste, elle risque d\u2019y \u00ab laisser des plumes \u00bb diplomatiquement, tandis que Kinshasa, d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 conclure rapidement, pourrait diversifier ses alliances sans plus attendre l\u2019ancienne m\u00e9tropole.<\/p>\n<p>Ainsi, les archives ne sont plus de simples t\u00e9moins du pass\u00e9 colonial : elles deviennent l\u2019un des th\u00e9\u00e2tres o\u00f9 se joue l\u2019avenir g\u00e9opolitique d\u2019un pays et, au-del\u00e0, l\u2019\u00e9quilibre des relations postcoloniales. <\/p>\n<p>Entre m\u00e9moire, minerais et souverainet\u00e9, l\u2019Histoire se rappelle aux chancelleries non comme un souvenir, mais comme une force agissante.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-71844 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/m-36.jpg\" alt=\"La Belgique a longtemps conserv\u00e9 une grande partie des archives de l\u2019ancien Congo, aujourd\u2019hui centralis\u00e9es au Mus\u00e9e royal de l\u2019Afrique centrale \u00e0 Tervuren\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des h\u00e9ritages coloniaux qui ne se mesurent ni en monuments ni en fronti\u00e8res, mais en cartons d\u2019archives. La Belgique, puissance administrante de l\u2019ancien Congo, a longtemps conserv\u00e9 sur son sol une part consid\u00e9rable des documents relatifs \u00e0 la gestion politique, administrative et g\u00e9ologique de ses anciennes colonies. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000071843,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7558],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-41103","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-arts-culinaires","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000071843,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-30.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-30.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-30.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-30.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-30.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-30.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41103","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41103"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41103\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000071843"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41103"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=41103"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=41103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}