{"id":40476,"date":"2025-12-22T13:40:48","date_gmt":"2025-12-22T13:40:48","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-Burundi-retient-des-ressortissants-congolais-contre-leur-gre-40476\/"},"modified":"2025-12-22T13:40:06","modified_gmt":"2025-12-22T13:40:06","slug":"Le-Burundi-retient-des-ressortissants-congolais-contre-leur-gre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-Burundi-retient-des-ressortissants-congolais-contre-leur-gre\/","title":{"rendered":"Le Burundi retient des ressortissants congolais contre leur gr\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>En l\u2019espace de deux semaines, plus de 84 000 personnes ont franchi la fronti\u00e8re burundaise, saturant des sites d\u2019accueil manifestement inadapt\u00e9s \u00e0 un afflux d\u2019une telle ampleur. Cette mobilit\u00e9 forc\u00e9e, brutale et non anticip\u00e9e, s\u2019inscrit dans le sch\u00e9ma classique des d\u00e9placements de populations en contexte de conflit arm\u00e9, o\u00f9 l\u2019urgence supplante toute consid\u00e9ration administrative ou statutaire.<\/p>\n<p>Or, de nombreux t\u00e9moignages concordants font \u00e9tat d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 plus troublante encore : celle de ressortissants congolais exprimant clairement leur volont\u00e9 de regagner la ville d\u2019Uvira et ses environs, mais se trouvant emp\u00each\u00e9s de le faire en raison de la fermeture de la fronti\u00e8re par les autorit\u00e9s burundaises. <\/p>\n<p>Ce blocage, loin d\u2019\u00eatre une simple mesure de r\u00e9gulation frontali\u00e8re, s\u2019apparente de facto \u00e0 une r\u00e9tention forc\u00e9e de populations civiles, priv\u00e9es de leur libert\u00e9 de mouvement et maintenues sur un territoire \u00e9tranger contre leur gr\u00e9.<\/p>\n<p>Une telle situation ne saurait \u00eatre banalis\u00e9e ni dissimul\u00e9e derri\u00e8re le vocabulaire humanitaire. \u00catre r\u00e9fugi\u00e9 suppose, en droit comme en fait, une demande de protection volontaire et le refus ou l\u2019impossibilit\u00e9 de retourner dans son pays d\u2019origine en raison de pers\u00e9cutions av\u00e9r\u00e9es. <\/p>\n<p>Or, retenir des personnes qui souhaitent express\u00e9ment rentrer chez elles rel\u00e8ve d\u2019une tout autre logique : celle de la contrainte, de la privation de libert\u00e9 et \u00e0 certains \u00e9gards, d\u2019une forme de captivit\u00e9 administrative. Sous cet angle, la fronti\u00e8re ferm\u00e9e devient moins une ligne de souverainet\u00e9 qu\u2019un instrument de coercition.<\/p>\n<p>{{Une violation caract\u00e9ris\u00e9e du droit international : de la r\u00e9tention arbitraire \u00e0 une prise d\u2019otage d\u00e9guis\u00e9e}}<\/p>\n<p>Le droit international est sans ambigu\u00eft\u00e9 sur ce point fondamental : nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9 de circulation ni retenu contre sa volont\u00e9 sans base l\u00e9gale strictement encadr\u00e9e. La D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme, en son article 13, consacre le droit de toute personne de quitter tout pays, y compris le sien et d\u2019y revenir. <\/p>\n<p>De m\u00eame, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques prohibe toute d\u00e9tention arbitraire et impose que toute restriction \u00e0 la libert\u00e9 de mouvement soit n\u00e9cessaire, proportionn\u00e9e et conforme \u00e0 la loi.<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, emp\u00eacher des civils de regagner leur pays d\u2019origine, alors m\u00eame qu\u2019ils en expriment le souhait explicite, constitue une violation manifeste de ces principes. Cette r\u00e9tention forc\u00e9e, d\u00e9pourvue de justification juridique transparente et de garanties proc\u00e9durales, ne peut \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 une mesure de protection. <\/p>\n<p>Elle s\u2019apparente bien davantage \u00e0 une forme de prise d\u2019otage institutionnelle, o\u00f9 des \u00eatres humains deviennent les variables d\u2019ajustement de calculs politiques, s\u00e9curitaires ou financiers.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le du Haut-Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR), dans ce contexte, soul\u00e8ve de s\u00e9rieuses interrogations \u00e9thiques et juridiques. Plut\u00f4t que d\u2019exiger avec fermet\u00e9 la r\u00e9ouverture de la fronti\u00e8re et le respect du droit au retour volontaire, l\u2019institution semble privil\u00e9gier la gestion prolong\u00e9e de camps et de dispositifs d\u2019assistance, transformant une crise transitoire en situation p\u00e9renne. <\/p>\n<p>Une telle posture alimente in\u00e9vitablement le soup\u00e7on d\u2019une \u00e9conomie humanitaire pervertie, dans laquelle la d\u00e9tresse des populations d\u00e9plac\u00e9es se trouve, convertie en variable d\u2019int\u00e9r\u00eat et en source de rente. <\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s burundaises semblent ainsi s\u2019inscrire dans une logique d\u2019instrumentalisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la crise humanitaire, r\u00e9duite \u00e0 un levier de n\u00e9gociation, de captation de financements et de visibilit\u00e9 internationale. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame des civils, loin d\u2019appeler une r\u00e9ponse fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9thique, le droit et la solidarit\u00e9, para\u00eet exploit\u00e9e \u00e0 des fins bassement mercantiles, au m\u00e9pris de la dignit\u00e9 humaine et des principes cardinaux du droit international. <\/p>\n<p>Une telle d\u00e9rive, o\u00f9 l\u2019urgence humanitaire se voit subordonn\u00e9e \u00e0 des calculs opportunistes, constitue non seulement une faillite morale, mais aussi une atteinte grave \u00e0 l\u2019esprit m\u00eame de la protection internationale.<\/p>\n<p>Il convient de le rappeler avec force : on ne saurait qualifier de r\u00e9fugi\u00e9e une personne qui souhaite rentrer chez elle et \u00e0 qui l\u2019on refuse ce droit fondamental. <\/p>\n<p>La protection internationale ne peut se muer en d\u00e9tention d\u00e9guis\u00e9e, ni l\u2019humanitaire servir d\u2019alibi \u00e0 la suspension des libert\u00e9s les plus \u00e9l\u00e9mentaires. \u00c0 d\u00e9faut, c\u2019est l\u2019architecture m\u00eame du droit international des droits humains et du droit des r\u00e9fugi\u00e9s qui se trouve vid\u00e9e de sa substance, au profit d\u2019une gestion cynique et d\u00e9shumanisante des crises.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-70055 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/nv-4.jpg\" alt=\"Les autorit\u00e9s burundaises semblent s\u2019inscrire dans une logique d\u2019instrumentalisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la crise humanitaire\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La recrudescence de la violence dans le Sud-Kivu, \u00e0 l\u2019Est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, a pr\u00e9cipit\u00e9 des dizaines de milliers de civils dans une fuite \u00e9perdue, dict\u00e9e par l\u2019instinct de survie plus que par un quelconque projet d\u2019exil durable. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000070054,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7540],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-40476","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-securite","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000070054,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp-4.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp-4.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40476","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=40476"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40476\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000070054"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=40476"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=40476"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=40476"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=40476"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=40476"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}