{"id":40191,"date":"2025-11-25T12:00:49","date_gmt":"2025-11-25T12:00:49","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Dynamiques-de-violence-et-responsabilites-structurelles-40191\/"},"modified":"2025-11-25T12:00:00","modified_gmt":"2025-11-25T12:00:00","slug":"Dynamiques-de-violence-et-responsabilites-structurelles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Dynamiques-de-violence-et-responsabilites-structurelles\/","title":{"rendered":"Dynamiques de violence et responsabilit\u00e9s structurelles"},"content":{"rendered":"<p>Selon un ensemble de rapports, d\u2019analyses s\u00e9curitaires et de t\u00e9moignages recueillis sur le terrain, l\u2019arm\u00e9e burundaise, op\u00e9rant en coalition avec les Forces arm\u00e9es de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (FARDC), faciliterait des campagnes aux effets d\u00e9vastateurs sur cette population. <\/p>\n<p>La coalition int\u00e8gre ou coop\u00e8re avec des groupes arm\u00e9s locaux  notamment les milices dites \u00ab Wazalendo \u00bb dont les objectifs se singularisent par la volont\u00e9 d\u2019exclure, de d\u00e9poss\u00e9der et de d\u00e9raciner les Banyamulenge de leurs territoires ancestraux. Les cons\u00e9quences de cette alliance sont document\u00e9es par des destructions massives de villages (plus de 85 % selon certaines sources), des exactions physiques extr\u00eames et la spoliation syst\u00e9matique du b\u00e9tail, ressource vitale pour le mode de vie et la subsistance de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Les observateurs soulignent que les m\u00e9thodes employ\u00e9es par ces forces, lynchages, violences contre les femmes et les enfants, actes de cannibalisme et d\u00e9placements forc\u00e9s r\u00e9v\u00e8lent une intentionnalit\u00e9 cibl\u00e9e sur le groupe ethnique, qui s\u2019inscrit dans un sch\u00e9ma de violence syst\u00e9matique. <\/p>\n<p>Cette dynamique se voit renforc\u00e9e par l\u2019usage de discours de haine diffus\u00e9s sur les r\u00e9seaux sociaux et dans certains m\u00e9dias locaux, connus et tol\u00e9r\u00e9s par les autorit\u00e9s burundaises. Par ailleurs, le contr\u00f4le \u00e9conomique et la cr\u00e9ation de blocus humanitaires autour des zones banyamulenge, avec une inflation des prix des vivres atteignant 900 % par rapport aux zones environnantes, attestent d\u2019une strat\u00e9gie de marginalisation et d\u2019asphyxie planifi\u00e9e de cette population.<\/p>\n<p> Il appara\u00eet ainsi que la logique militaire invoqu\u00e9e, la neutralisation d\u2019une pr\u00e9tendue menace s\u00e9curitaire ne correspond ni \u00e0 la localisation g\u00e9ographique ni aux objectifs d\u00e9clar\u00e9s des op\u00e9rations, puisque les hauts plateaux banyamulenge sont cibl\u00e9s directement alors que les zones p\u00e9riph\u00e9riques et les axes strat\u00e9giques plus proches du Burundi demeurent relativement \u00e9pargn\u00e9s.<\/p>\n<p>{{Discours politiques et instrumentalisation de l\u2019Histoire}}<\/p>\n<p>Les discours officiels tenus par le pr\u00e9sident burundais, notamment la n\u00e9gation de l\u2019existence des Banyamulenge en tant que groupe ethnique, sont interpr\u00e9t\u00e9s par les chercheurs comme des instruments rh\u00e9toriques servant \u00e0 l\u00e9gitimer une politique d\u2019exclusion. <\/p>\n<p>En affirmant que les Banyamulenge \u00ab n\u2019existent pas comme une ethnie \u00bb, le pr\u00e9sident r\u00e9active des logiques d\u2019effacement qui rappellent les pratiques coloniales belges visant \u00e0 d\u00e9l\u00e9gitimer certaines chefferies. Or, l\u2019histoire document\u00e9e d\u00e9montre que ce groupe a \u00e9t\u00e9 historiquement pers\u00e9cut\u00e9, que ce soit par les autorit\u00e9s congolaises depuis 1996 ou par des milices r\u00e9gionales et qu\u2019il a fait l\u2019objet d\u2019une stigmatisation syst\u00e9matique dans les discours politiques.<\/p>\n<p>Ce refus de reconnaissance s\u2019accompagne d\u2019une instrumentalisation id\u00e9ologique plus large, fond\u00e9e sur une dichotomie raciale et ethnolinguistique \u00ab Bantous \/ Nilotiques \u00bb, popularis\u00e9e au cours de la p\u00e9riode coloniale et remise au go\u00fbt du jour par certains leaders politiques burundais et congolais. <\/p>\n<p>Selon cette logique, les Tutsi, assimil\u00e9s aux Nilotiques, seraient consid\u00e9r\u00e9s comme des ennemis potentiels de la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale, justifiant ainsi des strat\u00e9gies d\u2019\u00e9limination cibl\u00e9es. Les discours de haine qui en d\u00e9coulent sont syst\u00e9matiquement amplifi\u00e9s dans les m\u00e9dias locaux et sur les plateformes num\u00e9riques, contribuant \u00e0 la banalisation de violences graves et \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion partielle de segments de la population \u00e0 cette id\u00e9ologie.<\/p>\n<p>{{Moyens et m\u00e9thodes de violence}}<\/p>\n<p>Les forces burundaises sont accus\u00e9es d\u2019avoir recours \u00e0 des m\u00e9thodes de guerre strictement interdites par le droit international humanitaire. Cela inclut des attaques indiscrimin\u00e9es sur des populations civiles, des violences sexistes syst\u00e9matiques, la mise \u00e0 famine de communaut\u00e9s enti\u00e8res et l\u2019utilisation de drones militaires depuis des installations burundaises pour frapper des villages banyamulenge. <\/p>\n<p>Ces pratiques, dans le contexte d\u2019une coalition aux intentions pr\u00e9sum\u00e9es g\u00e9nocidaires, r\u00e9v\u00e8lent selon de nombreux analystes l\u2019existence d\u2019une volont\u00e9 d\u2019extermination partielle, ou du moins de destruction d\u2019un groupe ethnique sp\u00e9cifique, ce qui constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments constitutifs du crime de g\u00e9nocide au regard du droit international.<\/p>\n<p>La s\u00e9lectivit\u00e9 ethnique de ces op\u00e9rations est flagrante : seules les zones habit\u00e9es par les Banyamulenge subissent des blocus et des violences coordonn\u00e9es, tandis que d\u2019autres groupes ethniques vivant \u00e0 proximit\u00e9; babembe, bafuliru et banyindu ne sont ni cibl\u00e9s ni soumis aux m\u00eames restrictions, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de multiples groupes arm\u00e9s dans leurs r\u00e9gions. <\/p>\n<p>Ce sch\u00e9ma de ciblage ethnique soutient la th\u00e8se selon laquelle la motivation de l\u2019intervention burundaise n\u2019est ni militaire ni s\u00e9curitaire, mais profond\u00e9ment politique et ethno-strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>{{Enjeux r\u00e9gionales et implications g\u00e9opolitiques}}<\/p>\n<p>La logique sous-jacente \u00e0 l\u2019implication du Burundi au Sud-Kivu ne se limite pas \u00e0 des consid\u00e9rations s\u00e9curitaires imm\u00e9diates. Elle s\u2019inscrit dans un contexte r\u00e9gional complexe, o\u00f9 des alliances \u00e9conomiques et des int\u00e9r\u00eats familiaux coexistent avec une mythologie politique \u00ab bantoue-nilotique \u00bb utilis\u00e9e pour l\u00e9gitimer l\u2019exclusion et la marginalisation des Tutsi. <\/p>\n<p>La diffusion de cette id\u00e9ologie \u00e0 travers les discours politiques et les m\u00e9dias locaux contribue \u00e0 naturaliser les violences et \u00e0 p\u00e9renniser un climat de tension intercommunautaire susceptible de d\u00e9stabiliser durablement la r\u00e9gion. L\u2019implication des forces burundaises dans cette dynamique place la communaut\u00e9 internationale face \u00e0 des dilemmes de responsabilit\u00e9, de pr\u00e9vention et d\u2019intervention.<\/p>\n<p>Enfin, les observateurs rappellent que la r\u00e9p\u00e9tition de violences cibl\u00e9es sur plus de trente ans, combin\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9radication progressive des structures sociales et \u00e9conomiques des Banyamulenge, g\u00e9n\u00e8re des risques consid\u00e9rables pour la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale et constitue un d\u00e9fi majeur pour la justice transitionnelle et la pr\u00e9vention des crimes de masse en Afrique centrale. <\/p>\n<p>L\u2019attention port\u00e9e \u00e0 ces dynamiques est essentielle pour comprendre les processus de violence ethno-politique dans la r\u00e9gion des Grands Lacs et pour envisager des mesures de protection efficaces pour les populations\u00a0vuln\u00e9rables.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-69143 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/bny.jpg\" alt=\"Depuis plusieurs ann\u00e9es, le Sud-Kivu est le th\u00e9\u00e2tre de violences cibl\u00e9es contre la communaut\u00e9 banyamulenge\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, le Sud-Kivu est le th\u00e9\u00e2tre de violences cibl\u00e9es contre la communaut\u00e9 banyamulenge, Tutsi congolais, qui soul\u00e8vent des interrogations graves quant \u00e0 la nature et aux finalit\u00e9s de certaines interventions militaires r\u00e9gionales. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000069142,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7587],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-40191","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-justice","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000069142,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bny_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bny_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bny_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bny_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bny_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bny_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40191","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=40191"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40191\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000069142"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=40191"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=40191"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=40191"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=40191"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=40191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}