{"id":39938,"date":"2025-11-05T13:36:22","date_gmt":"2025-11-05T13:36:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Jean-Marc-Kabund-reprend-du-service-39938\/"},"modified":"2025-11-05T13:35:06","modified_gmt":"2025-11-05T13:35:06","slug":"Jean-Marc-Kabund-reprend-du-service","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Jean-Marc-Kabund-reprend-du-service\/","title":{"rendered":"Jean-Marc Kabund reprend du service"},"content":{"rendered":"<p>Alors que les opposants sont traqu\u00e9s, r\u00e9duits au silence, ou condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019exil, celui qui fut jadis compagnon de route de F\u00e9lix Tshisekedi se dresse d\u00e9sormais comme l\u2019un des symboles d\u2019une opposition brid\u00e9e mais non soumise. Ses mots, d\u2019une gravit\u00e9 cinglante, r\u00e9sonnent comme une mise en accusation de tout un syst\u00e8me : \u00ab Les opposants sont traqu\u00e9s, emprisonn\u00e9s et\/ou envoy\u00e9s en exil, les voix dissidentes \u00e9touff\u00e9es, et la justice transform\u00e9e en instrument de r\u00e9pression. Mon propre cas en est une illustration parfaite : un proc\u00e8s politique mont\u00e9 de toutes pi\u00e8ces pour punir mon ind\u00e9pendance d\u2019esprit et mon refus de la compromission. \u00bb<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette d\u00e9claration, c\u2019est toute la faillite morale et institutionnelle du pouvoir en place qui se d\u00e9voile. La R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, cens\u00e9e s\u2019\u00eatre engag\u00e9e dans la voie de la d\u00e9mocratie pluraliste, semble s\u2019enliser dans un autoritarisme rampant o\u00f9 la critique devient un d\u00e9lit, et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, une condamnation. <\/p>\n<p>La justice, loin d\u2019\u00eatre l\u2019arbitre neutre du droit, se mue en instrument de vengeance politique, servant \u00e0 humilier et neutraliser les voix dissidentes. Or, comme le rappelait Montesquieu, \u00ab il n\u2019est point de plus cruelle tyrannie que celle que l\u2019on exerce \u00e0 l\u2019ombre des lois et avec les couleurs de la justice. \u00bb<\/p>\n<p>Jean-Marc Kabund, par sa prise de parole, ne revendique pas seulement une r\u00e9habilitation personnelle : il r\u00e9clame un sursaut collectif, un retour \u00e0 la raison politique, et surtout un geste de salut national. Son appel au dialogue, adress\u00e9 directement au chef de l\u2019\u00c9tat, rev\u00eat les allures d\u2019un dernier avertissement : \u00ab Nous demandons \u00e0 Monsieur F\u00e9lix Tshisekedi Tshilombo de convoquer sans tergiverser le dialogue, car chaque jour qui passe devient un supplice pour nos compatriotes dans l\u2019Est. Si cela n\u2019est pas fait dans un bref d\u00e9lai, nous allons lancer dans les semaines \u00e0 venir une s\u00e9rie d\u2019actions pacifiques jusqu\u2019\u00e0 la convocation dudit dialogue, avant qu\u2019il ne soit trop tard. \u00bb<\/p>\n<p>Ces mots, prononc\u00e9s dans un contexte de d\u00e9litement g\u00e9n\u00e9ral, mettent \u00e0 nu la fracture entre la capitale politique et le pays r\u00e9el. Tandis que Kinshasa s\u2019enferme dans la suffisance du pouvoir, les provinces orientales, elles, s\u2019ab\u00eement dans le sang et le d\u00e9sespoir. <\/p>\n<p>L\u00e0-bas, des familles enti\u00e8res sont massacr\u00e9es, des villages an\u00e9antis, des femmes et des enfants livr\u00e9s \u00e0 la barbarie des forces gouvernementales. L\u2019\u00c9tat, pourtant garant de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, semble absent, impuissant ou indiff\u00e9rent. C\u2019est ce gouffre entre la rh\u00e9torique pr\u00e9sidentielle et la trag\u00e9die du terrain que Kabund d\u00e9signe sans fard.<\/p>\n<p>Son initiative s\u2019inscrit ainsi dans une tradition de r\u00e9sistance politique rare au Congo contemporain : celle qui consiste \u00e0 rappeler que l\u2019autorit\u00e9 ne vaut que par le service rendu \u00e0 la nation, et non par la terreur exerc\u00e9e sur ses citoyens. En appelant au dialogue, il ne pr\u00eache pas la faiblesse, mais la lucidit\u00e9 : celle d\u2019un pays au bord de la rupture, dont la survie d\u00e9pend d\u00e9sormais de la capacit\u00e9 de ses dirigeants \u00e0 \u00e9couter, \u00e0 concilier et \u00e0 r\u00e9concilier.<\/p>\n<p>L\u2019histoire politique congolaise est jalonn\u00e9e de ces moments o\u00f9 les voix solitaires ont tent\u00e9 d\u2019alerter avant le d\u00e9sastre. Hier, c\u2019\u00e9taient Patrice Lumumba et Pierre Mulele, sacrifi\u00e9s pour avoir voulu redonner au peuple sa dignit\u00e9. <\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, c\u2019est Jean-Marc Kabund, qui, au prix de son incarc\u00e9ration et de sa diabolisation, ose rappeler qu\u2019un pouvoir qui b\u00e2illonne ses citoyens se condamne \u00e0 son propre isolement. Il n\u2019est pas anodin que son discours mette en balance la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un dialogue et la menace implicite d\u2019une d\u00e9sob\u00e9issance civile pacifique : car quand les institutions cessent d\u2019\u00eatre l\u2019expression de la volont\u00e9 nationale, le peuple finit toujours par reprendre la parole, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, la sortie de Kabund est moins un acte d\u2019opposition qu\u2019un cri de conscience. Elle interpelle un r\u00e9gime engourdi dans ses certitudes et prisonnier de ses propres contradictions. Si le chef de l\u2019\u00c9tat persiste \u00e0 ignorer cet appel, il prendra la responsabilit\u00e9 historique d\u2019avoir pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la surdit\u00e9 politique \u00e0 la clairvoyance d\u2019un dialogue salvateur.<\/p>\n<p>La RDC n\u2019a que trop souffert des guerres, des trahisons et des illusions. Ce qu\u2019elle attend aujourd\u2019hui, c\u2019est une gouvernance \u00e9clair\u00e9e, une justice impartiale et un leadership capable de transcender la vengeance pour renouer avec la vision d\u2019un \u00c9tat juste et fort. <\/p>\n<p>Jean-Marc Kabund, en reprenant la parole, rappelle cette exigence : celle de ne jamais confondre la paix avec le silence, ni l\u2019ordre\u00a0avec\u00a0la\u00a0peur.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-68311 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/kab-10.jpg\" alt=\"Le retour de Jean-Marc Kabund marque un acte de courage dans un Congo politique marqu\u00e9 par la peur et l\u2019intimidation\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un paysage politique congolais marqu\u00e9 par la peur, l\u2019intimidation et la d\u00e9ch\u00e9ance morale du pouvoir, le retour de Jean-Marc Kabund \u00e0 la parole publique sonne comme un acte de d\u00e9fiance et de courage. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000068310,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-39938","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000068310,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kab_cp-10.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kab_cp-10.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kab_cp-10.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kab_cp-10.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kab_cp-10.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kab_cp-10.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39938","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=39938"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39938\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000068310"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=39938"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=39938"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=39938"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=39938"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=39938"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}