{"id":39604,"date":"2025-10-13T13:54:15","date_gmt":"2025-10-13T13:54:15","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-rhetorique-de-la-nationalite-douteuse-ou-la-matrice-d-une-exclusion-39604\/"},"modified":"2025-10-13T13:51:50","modified_gmt":"2025-10-13T13:51:50","slug":"La-rhetorique-de-la-nationalite-douteuse-ou-la-matrice-d-une-exclusion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-rhetorique-de-la-nationalite-douteuse-ou-la-matrice-d-une-exclusion\/","title":{"rendered":"La rh\u00e9torique de la \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb ou la matrice d\u2019une exclusion programm\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Tel est le cas de la notion de \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb, invention pernicieuse qui a empoisonn\u00e9 la vie politique du Za\u00efre d\u2019hier et de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo d\u2019aujourd\u2019hui. Sous l\u2019apparence d\u2019un d\u00e9bat sur l\u2019identit\u00e9 nationale, cette rh\u00e9torique fut et demeure une arme d\u2019exclusion dirig\u00e9e contre les Tutsi congolais, citoyens pourtant enracin\u00e9s depuis des g\u00e9n\u00e9rations dans les territoires du Kivu, mais que l\u2019on s\u2019est m\u00e9thodiquement appliqu\u00e9 \u00e0 d\u00e9signer comme \u00e9trangers.<\/p>\n<p>{{Une construction politique de l\u2019exclusion}}<\/p>\n<p>L\u2019historien Basile Diatezwa, avec la rigueur de l\u2019esprit critique et la probit\u00e9 de l\u2019\u00e9rudition, d\u00e9monte les rouages de cette construction id\u00e9ologique. La gen\u00e8se du soup\u00e7on de \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb remonte \u00e0 la loi du 29 juin 1981, v\u00e9ritable c\u00e9sure dans l\u2019histoire du droit congolais. <\/p>\n<p>Cette loi, adopt\u00e9e sous le r\u00e9gime de Mobutu Sese Seko, abolissait la nationalit\u00e9 aux populations rwandophones install\u00e9es bien avant  la p\u00e9riode coloniale. En un trait de plume, des milliers de familles devinrent apatrides, rel\u00e9gu\u00e9es hors du corps politique national, vou\u00e9es \u00e0 la suspicion et \u00e0 la marginalisation.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat za\u00efrois, m\u00fb par une volont\u00e9 de purification identitaire, s\u2019\u00e9rigea en arbitre de la \u00ab congolit\u00e9 \u00bb. Le Tutsi congolais devint l\u2019autre par excellence : celui dont la langue, la m\u00e9moire, la coutume ou la morphologie servaient d\u2019indices d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9. <\/p>\n<p>L\u2019administration, les forces arm\u00e9es et les m\u00e9dias officiels relay\u00e8rent cette stigmatisation, inscrivant la haine dans la trame m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9. Ce discours de d\u00e9fiance, habill\u00e9 du vocabulaire de la souverainet\u00e9, fut en v\u00e9rit\u00e9 l\u2019expression d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 politique chronique : la peur d\u2019un ennemi int\u00e9rieur imaginaire, cens\u00e9 incarner l\u2019ing\u00e9rence du Rwanda et menacer la fiction d\u2019une unit\u00e9 nationale souvent brandie mais rarement v\u00e9cue.<\/p>\n<p>{{De l\u2019id\u00e9ologie \u00e0 la pers\u00e9cution}}<\/p>\n<p>Ce glissement du soup\u00e7on \u00e0 la pers\u00e9cution se fit sans heurts apparents, tant l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab infiltration tutsie \u00bb s\u2019\u00e9tait enracin\u00e9e dans les imaginaires collectifs. Les ann\u00e9es 1990 et 2000 virent se multiplier les pogroms, les expulsions et les discours de haine contre cette communaut\u00e9. <\/p>\n<p>Des milliers de Tutsi furent contraints \u00e0 l\u2019exil, trouvant refuge dans des camps au Rwanda ou en Ouganda. Diatezwa souligne avec acuit\u00e9 que les armes qu\u2019ils prirent par la suite ne furent pas celles de conqu\u00e9rants \u00e9trangers, mais celles de citoyens chass\u00e9s de leur propre patrie, r\u00e9clamant le droit \u00e9l\u00e9mentaire au retour et \u00e0 la dignit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que la Commission Vangu, sous couvert d\u2019identifier les \u00ab vrais \u00bb et les \u00ab faux \u00bb Congolais, vint renforcer cette logique d\u2019exclusion. L\u2019entreprise de tri ethno-politique, en pr\u00e9tendant d\u00e9fendre la souverainet\u00e9 nationale, jeta de l\u2019huile sur les braises d\u2019un ressentiment d\u00e9j\u00e0 incandescent. <\/p>\n<p>L\u2019Est du pays s\u2019embrasa, pris dans une spirale de violences dont les racines plongent dans cette id\u00e9ologie de la suspicion identitaire.<\/p>\n<p>{{Une rh\u00e9torique raviv\u00e9e dans le pr\u00e9sent}}<\/p>\n<p>Or, ce qui sid\u00e8re aujourd\u2019hui, note encore Diatezwa, c\u2019est la r\u00e9activation de cette rh\u00e9torique par les plus hautes autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat. Depuis Bruxelles, face \u00e0 ses partisans, en marge du Global Gateway Forum 2025, le pr\u00e9sident F\u00e9lix Tshisekedi a, une fois encore, convoqu\u00e9 les vieux d\u00e9mons du pass\u00e9, insinuant que le Rwanda manipulerait des populations \u00ab infiltr\u00e9es \u00bb au sein du Congo. <\/p>\n<p>Par ce proc\u00e9d\u00e9 discursif, il l\u00e9gitime implicitement la persistance de la haine et de l\u2019exclusion, au lieu de promouvoir la r\u00e9conciliation et la citoyennet\u00e9 inclusive.<\/p>\n<p>Un \u00c9tat v\u00e9ritablement responsable, rappelle l\u2019historien, n\u2019\u00e9rige pas des fronti\u00e8res int\u00e9rieures entre ses enfants. Il prot\u00e8ge chacun de ses citoyens sans distinction d\u2019origine, de langue ou d\u2019appartenance. <\/p>\n<p>En maintenant vivante la fiction d\u2019une \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb, la RDC s\u2019enferme dans une guerre permanente non seulement contre le Rwanda, mais contre une part d\u2019elle-m\u00eame. Car en niant la congolit\u00e9 des Tutsi, elle nie sa propre pluralit\u00e9, sa propre histoire, son propre avenir.<\/p>\n<p>{{Une trag\u00e9die prolong\u00e9e}}<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de la nationalit\u00e9 douteuse n\u2019est donc pas une simple erreur d\u2019appr\u00e9ciation juridique ; elle constitue la matrice des souffrances, des massacres, des d\u00e9placements et de l\u2019exil qui ravagent l\u2019Est du Congo depuis plus de trois d\u00e9cennies. Elle est le socle sur lequel se sont b\u00e2tis les pr\u00e9jug\u00e9s, les manipulations politiques et les cycles de violence qui d\u00e9chirent encore la r\u00e9gion. <\/p>\n<p>Tant que cette id\u00e9ologie de l\u2019exclusion ne sera pas d\u00e9construite \u00e0 la racine dans les lois, les institutions, les discours et les mentalit\u00e9s, aucune paix v\u00e9ritable ne pourra s\u2019\u00e9tablir sur la terre du Congo.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019analyse de Basile Diatezwa s\u2019impose comme une \u0153uvre de salubrit\u00e9 morale : elle invite \u00e0 reconna\u00eetre dans la \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb non pas une question identitaire, mais une faute politique majeure, celle d\u2019avoir confondu l\u2019unit\u00e9 nationale avec l\u2019uniformit\u00e9 ethnique, et la d\u00e9fense du territoire avec la d\u00e9signation d\u2019un ennemi int\u00e9rieur. <\/p>\n<p>Le salut du Congo, conclut-il, passe par la r\u00e9habilitation de la v\u00e9rit\u00e9 historique et par le courage d\u2019affirmer que les Tutsi du Congo sont, avant tout,\u00a0des\u00a0Congolais.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-67246 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/bd-5.jpg\" alt=\"L\u2019historien Basile Diatezwa, avec la rigueur de l\u2019esprit critique et la probit\u00e9 de l\u2019\u00e9rudition, d\u00e9monte les rouages d&#039;une construction id\u00e9ologique\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des concepts forg\u00e9s dans les officines du pouvoir qui, sous des dehors juridiques ou patriotiques, s\u2019av\u00e8rent en r\u00e9alit\u00e9 de v\u00e9ritables instruments de d\u00e9shumanisation. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000067245,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-39604","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000067245,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bd_cp-3.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bd_cp-3.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bd_cp-3.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bd_cp-3.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bd_cp-3.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/bd_cp-3.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39604","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=39604"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39604\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000067245"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=39604"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=39604"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=39604"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=39604"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=39604"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}