{"id":39551,"date":"2025-10-08T15:42:05","date_gmt":"2025-10-08T15:42:05","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-retour-des-refugies-au-Kivu-39551\/"},"modified":"2025-10-08T15:40:42","modified_gmt":"2025-10-08T15:40:42","slug":"Le-retour-des-refugies-au-Kivu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-retour-des-refugies-au-Kivu\/","title":{"rendered":"Le retour des r\u00e9fugi\u00e9s au Kivu"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019exil, loin d\u2019\u00eatre une aventure ou une \u00e9chappatoire, est avant tout une d\u00e9possession radicale, un d\u00e9racinement qui impose de vivre hors de chez soi et loin de soi. La vie en exil, loin d\u2019\u00eatre douce, interpelle sur le d\u00e9nuement, la nostalgie et la dislocation des liens affectifs et sociaux.<\/p>\n<p>Cette probl\u00e9matique prend une acuit\u00e9 particuli\u00e8re dans le contexte congolais. La question du retour des r\u00e9fugi\u00e9s se trouve au c\u0153ur des discussions de paix entre le gouvernement de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et AFC\/M23, ainsi que dans les n\u00e9gociations bilat\u00e9rales avec le Rwanda. Elle figure parmi les sept points essentiels de la d\u00e9claration de principe publi\u00e9e le 19 juillet, cens\u00e9e ouvrir la voie \u00e0 un accord durable. <\/p>\n<p>Les parties prenantes s\u2019y engagent \u00e0 faciliter un retour s\u00fbr, volontaire et digne des r\u00e9fugi\u00e9s et des personnes d\u00e9plac\u00e9es vers leurs zones d\u2019origine.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi premier demeure la quantification pr\u00e9cise de ces populations. Selon les estimations les plus r\u00e9centes, le Rwanda h\u00e9berge pr\u00e8s de 137 000 r\u00e9fugi\u00e9s, originaires principalement de la RDC et du Burundi, dont environ 80 000 Congolais selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR). <\/p>\n<p>Toutefois, pour Kinshasa, l\u2019enjeu de l\u2019identification reste entier\u202f: le gouvernement congolais souligne son incapacit\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre avec exactitude le nombre et l\u2019identit\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s pr\u00e9sents sur le territoire rwandais.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les conditions mat\u00e9rielles et administratives du rapatriement demeurent encore largement insuffisantes. Le comit\u00e9 charg\u00e9 de pr\u00e9parer ces retours n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 et le rapatriement vers des zones encore en proie au conflit reste, pour l\u2019heure, impossible. <\/p>\n<p>Kinshasa insiste\u202f: le retour des r\u00e9fugi\u00e9s dans les territoires sous contr\u00f4le de l\u2019AFC\/M23 ne pourra intervenir qu\u2019apr\u00e8s l\u2019instauration d\u2019un cessez-le-feu effectif, la restauration de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et la v\u00e9rification rigoureuse de la nationalit\u00e9 des candidats au retour.<\/p>\n<p>Ainsi, la question du retour est loin d\u2019\u00eatre r\u00e9solue. Elle soul\u00e8ve des interrogations d\u2019ordre pratique et humanitaire\u202f: \u00e0 quel moment ces populations pourront-elles regagner leur foyer\u202f? O\u00f9 seront-elles r\u00e9install\u00e9es\u202f? Ces interrogations d\u00e9montrent, selon de nombreux experts, que la r\u00e9solution du seul volet s\u00e9curitaire ne saurait suffire\u202f; un accord v\u00e9ritable et durable doit englober simultan\u00e9ment les dimensions sociales, fonci\u00e8res et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>{{Les paradoxes de l\u2019exil et du retour}}<\/p>\n<p>L\u2019exil, exp\u00e9rience radicale et souvent traumatique, r\u00e9v\u00e8le un paradoxe intrins\u00e8que\u202f: quitter son pays pour survivre ne lib\u00e8re pas du poids du pass\u00e9, il le magnifie. L\u2019exil\u00e9 demeure encha\u00een\u00e9 \u00e0 sa m\u00e9moire, \u00e0 l\u2019absence des siens et aux traces intangibles de son pays d\u2019origine. Il vit dans l\u2019entre-deux\u202f: ni pleinement chez lui, ni totalement \u00e9tranger, oscillant entre nostalgie et adaptation forc\u00e9e. L\u2019exil transforme l\u2019espace familier en utopie perdue et la libert\u00e9 en n\u00e9cessit\u00e9 contrainte.<\/p>\n<p>Le retour, lorsqu\u2019il devient possible, ne r\u00e9sout pas cette tension. Revenir chez soi implique de retrouver des lieux et des visages parfois transform\u00e9s, mais aussi de n\u00e9gocier un nouveau rapport \u00e0 soi-m\u00eame, \u00e0 ses souvenirs et \u00e0 son identit\u00e9. Le pays natal peut appara\u00eetre \u00e9tranger, les lieux intimes porteurs d\u2019un d\u00e9calage douloureux. Le retour, en d\u00e9pit de sa dimension symbolique et r\u00e9paratrice, se heurte \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s politiques, sociales et \u00e9conomiques qui peuvent contrecarrer l\u2019\u00e9lan sentimental et moral de l\u2019exil\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019exil et le retour constituent une dialectique complexe\u202f: le d\u00e9part est une d\u00e9possession forc\u00e9e, le retour une r\u00e9appropriation partielle, toujours fragile et conditionn\u00e9e par le contexte ext\u00e9rieur. Les n\u00e9gociations pour le rapatriement des r\u00e9fugi\u00e9s congolais illustrent parfaitement cette tension\u202f: elles mettent en lumi\u00e8re l\u2019interd\u00e9pendance entre s\u00e9curit\u00e9, justice sociale et reconnaissance identitaire. Elles r\u00e9v\u00e8lent aussi l\u2019extr\u00eame difficult\u00e9 de concilier m\u00e9moire, droits et survie dans un environnement marqu\u00e9 par le conflit et la fragilit\u00e9 institutionnelle.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, l\u2019exil et le retour d\u00e9passent le simple d\u00e9placement g\u00e9ographique\u202f: ils engagent la profondeur de l\u2019existence humaine, la continuit\u00e9 du lien social et la reconqu\u00eate de la dignit\u00e9. Ils interrogent notre capacit\u00e9 collective \u00e0 restaurer non seulement des foyers et des terres, mais aussi l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des vies fractur\u00e9es par l\u2019histoire\u00a0et\u00a0la\u00a0violence.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-67019 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/un-21.jpg\" alt=\"Le Rwanda accueille environ 137 000 r\u00e9fugi\u00e9s, principalement de RDC et du Burundi, dont 80 000 Congolais selon le HCR\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne souligne jamais assez l\u2019\u00e2pret\u00e9 de la douleur que suscite l\u2019exil. Quitter sa terre natale, ses proches et ses biens, contraint par les n\u00e9cessit\u00e9s de la survie, oblige \u00e0 choisir entre l\u2019inacceptable cercueil de la mort ou le d\u00e9part incertain : est-ce v\u00e9ritablement un choix ou simplement l\u2019instinct irr\u00e9sistible de se maintenir en vie\u202f? <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000067018,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7587],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-39551","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-justice","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000067018,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/un_cp-17.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/un_cp-17.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/un_cp-17.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/un_cp-17.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/un_cp-17.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/un_cp-17.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39551","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=39551"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39551\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000067018"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=39551"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=39551"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=39551"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=39551"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=39551"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}