{"id":39524,"date":"2025-10-06T15:17:51","date_gmt":"2025-10-06T15:17:51","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Entre-murmure-des-accords-et-vacarme-des-armes-39524\/"},"modified":"2025-10-06T15:05:10","modified_gmt":"2025-10-06T15:05:10","slug":"Entre-murmure-des-accords-et-vacarme-des-armes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Entre-murmure-des-accords-et-vacarme-des-armes\/","title":{"rendered":"Entre murmure des accords et vacarme des armes"},"content":{"rendered":"<p>Mais, dans le m\u00eame temps, son discours int\u00e9rieur, port\u00e9 par certains segments du pouvoir, de la presse et de l\u2019opinion, demeure marqu\u00e9 par une rh\u00e9torique de d\u00e9fiance, de stigmatisation et de nationalisme exacerb\u00e9.<\/p>\n<p>Cette dissonance strat\u00e9gique, entre ouverture affich\u00e9e et repli id\u00e9ologique, entre posture pacificatrice et radicalisme int\u00e9rieur, illustre la complexit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat oscillant entre les exigences de la diplomatie globale et les contraintes de sa politique domestique.<\/p>\n<p>{{Les promesses contrari\u00e9es de Doha et Washington}}<\/p>\n<p>L\u2019accord de Washington, sign\u00e9 le 27 juin 2025 sous m\u00e9diation am\u00e9ricaine, avait pour ambition d\u2019ouvrir un cycle de d\u00e9sescalade durable : d\u00e9sarmement progressif des groupes arm\u00e9s, coordination s\u00e9curitaire conjointe avec le Rwanda, retour des d\u00e9plac\u00e9s et relance de la coop\u00e9ration \u00e9conomique r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, le processus de Doha devait constituer le pendant congolais de ce dispositif, en instaurant un dialogue direct avec l\u2019AFC\/M23. Ce second volet visait \u00e0 pr\u00e9ciser les conditions d\u2019int\u00e9gration, de r\u00e9insertion ou de reddition des combattants et \u00e0 d\u00e9finir un m\u00e9canisme de garantie pour la s\u00e9curit\u00e9 des populations civiles.<\/p>\n<p>Or, ce double processus est aujourd\u2019hui suspendu dans une attente politique p\u00e9rilleuse. Kinshasa subordonne la poursuite des discussions \u00e0 la r\u00e9solution de questions s\u00e9curitaires jug\u00e9es \u00ab existentielles \u00bb : retrait des pr\u00e9sences militaires dites \u00e9trang\u00e8res, clarification des responsabilit\u00e9s dans les zones de conflit, et reconnaissance de la souverainet\u00e9 nationale sans concessions.<\/p>\n<p>Cette prudence, si elle se comprend dans le contexte d\u2019une m\u00e9moire traumatique des ing\u00e9rences r\u00e9gionales, finit n\u00e9anmoins par nourrir l\u2019impression d\u2019un immobilisme diplomatique, o\u00f9 la n\u00e9gociation devient un horizon plus qu\u2019un instrument.<\/p>\n<p>{{Le radicalisme int\u00e9rieur comme sympt\u00f4me politique}}<\/p>\n<p>Sur le plan int\u00e9rieur, la rh\u00e9torique gouvernementale et m\u00e9diatique semble parfois contredire les ambitions pacificatrices proclam\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Des observateurs ind\u00e9pendants, dont la FIDH, ont signal\u00e9 la multiplication de discours stigmatisants visant les communaut\u00e9s d\u2019ascendance rwandaise ou les \u00ab Tutsis congolais \u00bb.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9rapages ne sont pas anecdotiques : ils constituent une m\u00e9canique politique redoutable, o\u00f9 la peur de l\u2019ennemi ext\u00e9rieur permet de cimenter une unit\u00e9 nationale de fa\u00e7ade, au prix d\u2019une fragmentation du tissu social. L\u2019ennemi devient le ciment du pouvoir.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie, souvent rentable \u00e0 court terme, sape \u00e0 long terme les fondements d\u2019une paix inclusive. Car la paix ne se d\u00e9cr\u00e8te pas depuis les chancelleries : elle se construit dans les esprits, par la d\u00e9sactivation des haines et la restauration de la confiance entre citoyens.<\/p>\n<p>{{Une diplomatie aux prises avec ses contradictions}}<\/p>\n<p>En diplomatie, la cr\u00e9dibilit\u00e9 repose sur la coh\u00e9rence. Or, la RDC s\u2019expose aujourd\u2019hui \u00e0 une \u00e9rosion de confiance : ses partenaires internationaux s\u2019interrogent sur la constance de sa parole. Lorsque les engagements sign\u00e9s \u00e0 Washington ou \u00e0 Doha se heurtent aux discours vindicatifs relay\u00e9s dans les m\u00e9dias de Kinshasa, la bonne foi diplomatique para\u00eet incertaine.<\/p>\n<p>Cette ambigu\u00eft\u00e9 affaiblit \u00e9galement l\u2019autorit\u00e9 int\u00e9rieure du pouvoir, qui, \u00e0 force d\u2019instrumentaliser la peur et la menace, risque d\u2019\u00e9puiser les ressorts moraux de son propre r\u00e9cit national.<\/p>\n<p>Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a r\u00e9affirm\u00e9 en ao\u00fbt 2025 que l\u2019accord de Washington n\u2019entrerait pleinement en vigueur qu\u2019apr\u00e8s la conclusion du processus de Doha. Mais ce renvoi permanent \u00e0 un futur ind\u00e9termin\u00e9 traduit l\u2019essoufflement d\u2019une diplomatie devenue performative : elle parle la paix, mais n\u2019en accomplit pas les gestes.<\/p>\n<p>{{De la rh\u00e9torique \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 : vers une n\u00e9cessaire refondation de la parole d\u2019\u00c9tat}}<\/p>\n<p>La RDC ne pourra pas \u00e9ternellement maintenir ce double langage, oscillant entre la recherche de l\u00e9gitimit\u00e9 internationale et la manipulation des tensions internes.<\/p>\n<p>Si les processus de Doha et de Washington doivent avoir un sens, ils exigent plus qu\u2019une signature : une conversion sinc\u00e8re de la parole publique en action coh\u00e9rente. <\/p>\n<p>\u00c0 d\u00e9faut, Kinshasa continuera d\u2019habiter cette zone grise entre paix proclam\u00e9e et guerre entretenue, entre diplomatie th\u00e9\u00e2trale et politique du soup\u00e7on.<\/p>\n<p>La RDC se trouve aujourd\u2019hui \u00e0 la crois\u00e9e des chemins : elle peut choisir de s\u2019\u00e9manciper du r\u00e9cit de la peur pour entrer pleinement dans celui de la responsabilit\u00e9 historique.<\/p>\n<p>Mais tant que la diplomatie sera utilis\u00e9e comme vitrine d\u2019un pouvoir qui, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, alimente la fragmentation nationale, la paix demeurera un mot d\u2019ordre sans chair.<\/p>\n<p>Il ne suffit plus de parler \u00e0 Washington ou \u00e0 Doha : il faut apprendre \u00e0 parler vrai\u00a0\u00e0\u00a0Kinshasa.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66934 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/tch-11.jpg\" alt=\"\u202fEn diplomatie, la cr\u00e9dibilit\u00e9 repose sur la coh\u00e9rence. 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Sur la sc\u00e8ne internationale, Kinshasa s\u2019emploie \u00e0 se pr\u00e9senter comme un acteur moteur des processus de paix r\u00e9gionaux \u00e0 Doha, sous la m\u00e9diation qatarie, comme \u00e0 Washington, sous l\u2019\u00e9gide des \u00c9tats-Unis. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000066933,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-39524","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000066933,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/tch_cp-10.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/tch_cp-10.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/tch_cp-10.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/tch_cp-10.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/tch_cp-10.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/tch_cp-10.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39524","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=39524"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39524\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000066933"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=39524"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=39524"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=39524"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=39524"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=39524"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}