{"id":39513,"date":"2025-10-05T09:43:39","date_gmt":"2025-10-05T09:43:39","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Chronique-d-une-malediction-au-sommet-de-l-Etat-congolais-39513\/"},"modified":"2025-10-05T09:43:55","modified_gmt":"2025-10-05T09:43:55","slug":"Chronique-d-une-malediction-au-sommet-de-l-Etat-congolais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Chronique-d-une-malediction-au-sommet-de-l-Etat-congolais\/","title":{"rendered":"Chronique d\u2019une mal\u00e9diction au sommet de l\u2019Etat congolais"},"content":{"rendered":"<p>La R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, h\u00e9las, semble aujourd\u2019hui livr\u00e9e \u00e0 cette funeste \u00e9quation. Les r\u00e9cits qui circulent dans les rues de Kinshasa, dans les bars de Gombe comme sur les r\u00e9seaux sociaux, ne rel\u00e8vent plus du simple fait divers : ils tracent les contours d\u2019un pouvoir rong\u00e9 par la d\u00e9mesure, l\u2019impunit\u00e9 et la d\u00e9sacralisation du bien commun.<\/p>\n<p>Ainsi, il est dit qu\u2019Anthony Tshisekedi, fils du Pr\u00e9sident, aurait d\u00e9gain\u00e9 une arme \u00e0 feu dans une bo\u00eete de nuit de la capitale, apr\u00e8s une banale querelle d\u2019ivresse. Avec un mort par terre qui git dans le sang. <\/p>\n<p>Les t\u00e9moins \u00e9voquent des cris, des balles tir\u00e9es dans la fureur, une jeunesse paniqu\u00e9e s\u2019\u00e9chappant dans la nuit moite de Gombe, scandant le nom du jeune prince Anthony, comme on prononce celui d\u2019un danger. <\/p>\n<p>Quelques semaines plus t\u00f4t, c\u2019\u00e9tait la Premi\u00e8re dame elle-m\u00eame, Denise Nyakeru, qui faisait l\u2019objet de rumeurs tout aussi gla\u00e7antes : celle d\u2019un homicide domestique, motiv\u00e9, dit-on, par une vulgaire querelle de sac \u00e0 main de luxe. <\/p>\n<p>Et dans le sillage de ce couple pr\u00e9sidentiel, le spectre du sang n\u2019a jamais cess\u00e9 de planer : celui de Ch\u00e9rubin Okende, ancien ministre, figure de la dissidence, enlev\u00e9, assassin\u00e9, et dont la mort n\u2019a jamais connu de justice ni d\u2019apaisement.<\/p>\n<p>Le pouvoir congolais se retrouve ainsi enlac\u00e9 dans une symbolique macabre : celle d\u2019une dynastie naissante, mais d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9e par la tache ind\u00e9l\u00e9bile du sang innocent. Ce sang, vers\u00e9 dans l\u2019indiff\u00e9rence hautaine des palais, n\u2019est pas seulement celui des victimes d\u2019une d\u00e9rive autoritaire ; il est devenu le miroir d\u2019un mal plus profond, celui d\u2019un \u00c9tat qui se meurt de ne plus croire \u00e0 sa propre morale. <\/p>\n<p>La R\u00e9publique, livr\u00e9e \u00e0 la confusion des genres, se d\u00e9couvre une cour o\u00f9 les privil\u00e8ges se m\u00ealent aux vices, o\u00f9 la vie humaine p\u00e8se moins qu\u2019un caprice, moins qu\u2019un accessoire de mode.<\/p>\n<p>Il faut ici rappeler que les crimes impunis, lorsqu\u2019ils \u00e9manent du sommet, n\u2019appellent pas seulement la r\u00e9probation morale : ils engagent la responsabilit\u00e9 politique, et finissent toujours par ronger la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir. Car le sang des innocents, lorsqu\u2019il crie depuis le sol, ne r\u00e9clame pas vengeance, il r\u00e9clame m\u00e9moire et justice. Et la justice, lorsqu\u2019elle se tait, pr\u00e9pare le r\u00e8gne du chaos.<\/p>\n<p>La RDC, pourtant, a connu trop de larmes pour continuer \u00e0 tol\u00e9rer qu\u2019on y r\u00e9pande encore le sang des faibles sous les dorures du pouvoir. Le peuple congolais n\u2019ignore pas que derri\u00e8re la d\u00e9bauche et l\u2019arrogance des fils et filles des puissants, se cache la blessure de toute une nation : celle d\u2019un pays o\u00f9 la douleur du peuple ne trouve plus d\u2019\u00e9cho, o\u00f9 les palais pr\u00e9sidentiels ressemblent \u00e0 des forteresses d\u2019amn\u00e9sie.<\/p>\n<p>Le drame qui s\u2019esquisse \u00e0 travers ces scandales familiaux ne rel\u00e8ve donc pas seulement du domaine priv\u00e9 : il touche \u00e0 la nature m\u00eame du pouvoir. Ce pouvoir qui, au lieu de servir, se d\u00e9vore lui-m\u00eame ; ce pouvoir qui croit encore qu\u2019on peut r\u00e9gner dans le luxe quand tout un peuple survit dans la faim. Il y a, dans cette succession de morts inexpliqu\u00e9es, de violences dissimul\u00e9es et de silences officiels, quelque chose qui ressemble \u00e0 une mal\u00e9diction non pas mystique, mais politique. <\/p>\n<p>Celle d\u2019une autorit\u00e9 qui s\u2019est d\u00e9tourn\u00e9e de la v\u00e9rit\u00e9, et qui, en fuyant la justice, attire sur elle la nuit morale o\u00f9 s\u2019engloutissent les r\u00e9gimes d\u00e9chus.<\/p>\n<p>Le sang des innocents ne s\u2019efface jamais. Il tache les consciences, il hante les palais, il condamne ceux qui croient pouvoir gouverner sans \u00e2me. Et tant que ce sang criera du sol de Kinshasa jusqu\u2019aux collines du Katanga, aucune rh\u00e9torique de fa\u00e7ade, aucune parade diplomatique, aucune pri\u00e8re publique ne saura effacer l\u2019infamie. <\/p>\n<p>Car ce n\u2019est pas la col\u00e8re du peuple qu\u2019il faut craindre, mais le verdict silencieux de l\u2019Histoire : celui qui, un jour, fera du nom des Tshisekedi non plus un symbole d\u2019esp\u00e9rance, mais le synonyme tragique d\u2019une lign\u00e9e qui aura trahi la promesse de la justice pour r\u00e9gner dans la peur\u00a0et\u00a0le\u00a0sang.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66891 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/at-2.jpg\" alt=\"Anthony Tshisekedi, fils du Pr\u00e9sident, aurait d\u00e9gain\u00e9 une arme \u00e0 feu dans une bo\u00eete de nuit de la capitale, apr\u00e8s une banale querelle d\u2019ivresse\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des nations o\u00f9 la trag\u00e9die semble s\u2019\u00e9crire en lettres de sang, o\u00f9 la puissance publique se confond avec la fatalit\u00e9, et o\u00f9 la figure du prince devient l\u2019incarnation m\u00eame d\u2019un drame collectif. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000066890,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7581],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-39513","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ideologie","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000066890,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/at_cp-2.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/at_cp-2.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/at_cp-2.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/at_cp-2.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/at_cp-2.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/at_cp-2.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39513","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=39513"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39513\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000066890"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=39513"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=39513"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=39513"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=39513"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=39513"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}