{"id":39512,"date":"2025-10-05T18:45:35","date_gmt":"2025-10-05T18:45:35","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Operation-Noroit-le-jour-ou-la-France-depecha-des-forces-speciales-pour-39512\/"},"modified":"2025-10-08T13:26:18","modified_gmt":"2025-10-08T13:26:18","slug":"Operation-Noroit-le-jour-ou-la-France-depecha-des-forces-speciales-pour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Operation-Noroit-le-jour-ou-la-France-depecha-des-forces-speciales-pour\/","title":{"rendered":"Op\u00e9ration Noro\u00eet : le jour o\u00f9 la France d\u00e9p\u00eacha des forces sp\u00e9ciales pour soutenir Habyarimana contre l\u2019APR"},"content":{"rendered":"<p>Cet \u00e9v\u00e9nement survenait seulement quatre jours apr\u00e8s que le Front patriotique rwandais (FPR-Inkotanyi) et sa branche arm\u00e9e, l\u2019Arm\u00e9e patriotique rwandaise (APR), eurent lanc\u00e9 leur lutte arm\u00e9e pour lib\u00e9rer le pays.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un moment particuli\u00e8rement tendu pour le pr\u00e9sident Juv\u00e9nal Habyarimana. Lorsque le FPR attaqua la fronti\u00e8re de Kagitumba, Habyarimana se trouvait \u00e0 New York pour assister \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies. Il regagna Kigali en urgence, alarm\u00e9 par la situation.<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, l\u2019arm\u00e9e gouvernementale, les ex-FAR, \u00e9tait encore petite et inexp\u00e9riment\u00e9e : elle comptait moins de 5 000 soldats qui n\u2019avaient jamais connu de v\u00e9ritable combat, son \u00e9quipement militaire \u00e9tant limit\u00e9 et obsol\u00e8te.<\/p>\n<p>Alarm\u00e9 par l\u2019attaque de Kagitumba, Habyarimana se tourna vers ses alli\u00e9s, notamment le pr\u00e9sident za\u00efrois Mobutu Sese Seko et le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Fran\u00e7ois Mitterrand. La France r\u00e9agit rapidement, acceptant d\u2019envoyer des troupes d\u2019\u00e9lite r\u00e9put\u00e9es pour leurs interventions dans des combats \u00e0 haut risque.<\/p>\n<p>Une unit\u00e9 sp\u00e9ciale fran\u00e7aise compos\u00e9e de 300 commandos fut choisie. Selon John Burton Kegel dans son ouvrage &#8221; The Liberation Struggle: War and Militarism in African History &#8220;, la d\u00e9cision de d\u00e9ployer ces troupes fut prise le 3 octobre. Deux avions militaires furent pr\u00e9par\u00e9s pour les transporter de la France \u00e0 Kigali.<\/p>\n<p>Cette intervention re\u00e7ut le nom &#8221; d\u2019op\u00e9ration Noro\u00eet &#8220;, la mission fran\u00e7aise destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger le r\u00e9gime d\u2019Habyarimana.<\/p>\n<p>L\u2019unit\u00e9 en question \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre au sein de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, pour avoir men\u00e9 la \u201cmission de Kolwezi\u201d au Congo en 1978.<\/p>\n<p>Le premier avion d\u00e9colla dans la nuit du 4 octobre 1990, \u00e0 3 h du matin, suivi d\u2019un second \u00e0 5 h 45. Tous deux firent d\u2019abord escale \u00e0 Bangui, en R\u00e9publique centrafricaine, o\u00f9 la France disposait d\u2019une base militaire.<\/p>\n<p>Selon Kegel, les avions C-160 Transall quitt\u00e8rent Bangui dans l\u2019apr\u00e8s-midi du 4 octobre, en direction de Kigali.<\/p>\n<p>Toutefois, il est rapport\u00e9 que ces soldats d\u2019\u00e9lite \u00e9taient nerveux. Ils craignaient que l\u2019a\u00e9roport international de Kigali ne soit pas s\u00fbr et s\u2019\u00e9quip\u00e8rent de parachutes, pr\u00eats \u00e0 sauter en cas d\u2019attaque. Ceci-dit, les instructeurs fran\u00e7ais d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents au Rwanda les rassur\u00e8rent : l\u2019a\u00e9roport de Kanombe \u00e9tait s\u00e9curis\u00e9 malgr\u00e9 les tirs entendus durant la nuit.<\/p>\n<p>Lorsque le premier avion approcha de l\u2019espace a\u00e9rien rwandais, les officiers fran\u00e7ais au sol confirm\u00e8rent que la situation \u00e9tait calme, rendant l\u2019usage des parachutes inutile. Les commandos atterrirent \u00e0 Kigali vers 18 h 45 et furent inform\u00e9s que les forces de l\u2019APR se trouvaient \u00e0 environ 170 kilom\u00e8tres, bien plus loin que ce que laissaient entendre les rumeurs.<\/p>\n<p>Le gouvernement Habyarimana avait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment tir\u00e9 des coups de feu nourris dans la capitale dans le but de semer la panique, diffuser de fausses informations sur une attaque de l\u2019APR contre Kigali et justifier des arrestations massives de civils tutsi, accus\u00e9s de collaborer avec les rebelles. Des historiens comme Bernard Lugan soulignent que les soldats des FAR eux-m\u00eames paniqu\u00e8rent cette nuit-l\u00e0, tirant au hasard et provoquant le chaos.<\/p>\n<p>Il y eut \u00e9galement une tentative de renversement d\u2019Habyarimana.<\/p>\n<p>L\u2019ancien ambassadeur de Belgique au Rwanda, Johan Swinnen, r\u00e9v\u00e9la plus tard que certains soldats des FAR avaient tent\u00e9 de r\u00e9aliser un coup d\u2019\u00c9tat cette nuit-l\u00e0. Selon Swinnen, l\u2019ambassade des \u00c9tats-Unis avait \u00e9t\u00e9 avertie au pr\u00e9alable qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement inhabituel pourrait survenir.<\/p>\n<p>{{ Les forces fran\u00e7aises rest\u00e8rent au Rwanda }}<\/p>\n<p>Les troupes fran\u00e7aises ne se content\u00e8rent pas de prot\u00e9ger Habyarimana. Elles commenc\u00e8rent \u00e0 former les FAR, fournissant armes et logistique, et transportant m\u00eame des soldats par h\u00e9licopt\u00e8re. Elles contribu\u00e8rent \u00e0 mettre en place des syst\u00e8mes de renseignement et de s\u00e9curit\u00e9 qui consolid\u00e8rent le pouvoir d\u2019Habyarimana, tandis que les tensions politiques et la pers\u00e9cution \u00e0 l&#8217;encontre des Tutsi s\u2019intensifiaient.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce au soutien fran\u00e7ais, les effectifs des FAR augment\u00e8rent consid\u00e9rablement, passant d\u2019environ 5 000 soldats en octobre 1990 \u00e0 pr\u00e8s de 20 000 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les Accords de paix d\u2019Arusha de 1993, la France retira une grande partie de ses forces mais laissa sur place des conseillers militaires ainsi que la garde personnelle d\u2019Habyarimana.<\/p>\n<p>Lorsque le g\u00e9nocide contre les Tutsi \u00e9clata en avril 1994 apr\u00e8s la mort d\u2019Habyarimana, la France lan\u00e7a l\u2019op\u00e9ration Turquoise en juin. Cette mission est souvent critiqu\u00e9e pour avoir prot\u00e9g\u00e9 des membres du gouvernement int\u00e9rimaire et des responsables militaires ayant organis\u00e9 les massacres, leur permettant de fuir au Za\u00efre (aujourd\u2019hui R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo) et de se pr\u00e9parer \u00e0 contre-attaquer.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence des troupes fran\u00e7aises au Rwanda de 1990 \u00e0 1994, y compris leur r\u00f4le dans la formation et l\u2019armement de milices telles que les Interahamwe, reste une partie tr\u00e8s d\u00e9battue et douloureuse de l\u2019histoire moderne du Rwanda.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66916 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/f1-11.jpg\" alt=\"La d\u00e9cision de d\u00e9ployer 300 soldats fran\u00e7ais pour soutenir le r\u00e9gime de Habyarimana a \u00e9t\u00e9 prise le 3 octobre 1990\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66915 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/f3-8.jpg\" alt=\"Dans la matin\u00e9e du 5 octobre 1990, les forces de Habyarimana ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des rafles contre la population civile\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66917 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/f2-15.jpg\" alt=\"Dans diff\u00e9rents quartiers de Kigali, les Tutsi ont \u00e9t\u00e9 pris pour cible, rassembl\u00e9s et accus\u00e9s d\u2019\u00eatre des collaborateurs\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66914 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/f4-8.jpg\" alt=\"Bien que les forces fran\u00e7aises au Rwanda \u00e9taient \u00e9quip\u00e9es d\u2019armes lourdes, les civils, qui \u00e9taient harcel\u00e9s, emprisonn\u00e9s et tu\u00e9s, n\u2019ont pas pu \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66913 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/png\/f5.png\" alt=\"\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66912 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/f6-6.jpg\" alt=\"\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66911 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/png\/f8.png\" alt=\"Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises ont contribu\u00e9 \u00e0 la formation et \u00e0 l\u2019encadrement des Interahamwe, milice qui a perp\u00e9tr\u00e9 le g\u00e9nocide contre les Tutsi\" \/><\/figure>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66910 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/png\/f7.png\" alt=\"\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le matin du 5 octobre 1990, la confusion r\u00e9gnait \u00e0 Kigali. 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