{"id":39425,"date":"2025-09-27T14:30:00","date_gmt":"2025-09-27T14:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-dangereuse-legitimation-des-entrepreneurs-de-haine-39425\/"},"modified":"2025-09-27T14:37:17","modified_gmt":"2025-09-27T14:37:17","slug":"La-dangereuse-legitimation-des-entrepreneurs-de-haine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-dangereuse-legitimation-des-entrepreneurs-de-haine\/","title":{"rendered":"La dangereuse l\u00e9gitimation des entrepreneurs de haine"},"content":{"rendered":"<p>Par ce geste, le ministre ne s\u2019est pas content\u00e9 de dialoguer avec des acteurs controvers\u00e9s : il leur a offert la reconnaissance institutionnelle, et, ce faisant, conf\u00e9r\u00e9 une l\u00e9gitimit\u00e9 politique et morale \u00e0 un discours qui, depuis des ann\u00e9es, repose sur la stigmatisation ethnique et la haine des Tutsis.<\/p>\n<p>Jean-Claude Mubenga et Kalonji se pr\u00e9sentent comme les h\u00e9rauts d\u2019un suppos\u00e9 \u00ab nationalisme congolais \u00bb. Mais sous cette banni\u00e8re se cache une rh\u00e9torique fond\u00e9e sur l\u2019exclusion, la d\u00e9shumanisation et l\u2019appel \u00e0 la violence. Dans leurs productions, les Tutsis sont qualifi\u00e9s de \u00ab cafards \u00bb, un vocabulaire emprunt\u00e9 directement \u00e0 la rh\u00e9torique g\u00e9nocidaire du Rwanda de 1994. <\/p>\n<p>Leur ligne id\u00e9ologique vise \u00e0 d\u00e9l\u00e9gitimer la citoyennet\u00e9 des Tutsis congolais en les r\u00e9duisant \u00e0 des \u00ab \u00e9trangers rwandais \u00bb, ind\u00e9sirables sur le territoire national. Leur propagande va jusqu\u2019\u00e0 cibler des responsables militaires tels que le g\u00e9n\u00e9ral Olivier Gasita, abusivement pr\u00e9sent\u00e9 comme un \u00ab Rwandais \u00bb ill\u00e9gitime \u00e0 commander \u00e0 Uvira.<\/p>\n<p>Cette rh\u00e9torique ne demeure pas th\u00e9orique : elle se traduit par des appels explicites au meurtre. Mubenga, proche du pouvoir, parfois invit\u00e9 \u00e0 des c\u00e9r\u00e9monies officielles aux c\u00f4t\u00e9s de hauts dignitaires, avait publiquement r\u00e9clam\u00e9 l\u2019assassinat du colonel Rugabisha, officier FARDC, au motif de ses origines tutsies. Une telle parole ne rel\u00e8ve plus de la pol\u00e9mique politique mais du projet exterminateur.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la rencontre de Patrick Muyaya avec ces propagandistes ne saurait \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un simple \u00e9change m\u00e9diatique. Elle constitue un acte politique d\u2019une gravit\u00e9 consid\u00e9rable, qui participe d\u2019une dynamique plus large : celle de l\u2019instrumentalisation de la haine comme mode de gouvernance. Depuis plusieurs mois, le ministre multiplie ses interactions avec des influenceurs m\u00e9diatiques connus pour leur propagande anti-tutsie. <\/p>\n<p>On le vit r\u00e9cemment coanimer un \u00ab space \u00bb avec Marlon Luzayamo, qui nie l\u2019existence du g\u00e9nocide contre les Tutsis de 1994 et r\u00e9habilite les FDLR, h\u00e9ritiers des g\u00e9nocidaires rwandais r\u00e9fugi\u00e9s au Congo. Quelques jours plus tard, il donnait encore audience \u00e0 \u00ab 22 Chancellatsha \u00bb, tristement connu pour avoir appel\u00e9 \u00e0 \u00ab tuer tous les militaires tutsis congolais \u00bb pr\u00e9sents dans les FARDC afin de \u00ab gagner la guerre au Kivu \u00bb.<\/p>\n<p>Ces choix, loin d\u2019\u00eatre isol\u00e9s, traduisent une logique. Le pouvoir congolais, par ses relais officiels, encourage la radicalisation des discours, l\u00e9gitime les entrepreneurs de haine et pr\u00e9pare l\u2019opinion publique \u00e0 une escalade dont les cons\u00e9quences pourraient \u00eatre catastrophiques.<\/p>\n<p>{{Un parall\u00e8le historique inqui\u00e9tant}}<\/p>\n<p>L\u2019histoire r\u00e9cente nous enseigne \u00e0 quel point la l\u00e9gitimation institutionnelle de la propagande haineuse peut ouvrir la voie \u00e0 l\u2019irr\u00e9parable. Au Rwanda, en 1994, la Radio-T\u00e9l\u00e9vision Libre des Mille Collines (RTLM) s\u2019\u00e9tait mu\u00e9e en caisse de r\u00e9sonance d\u2019une id\u00e9ologie exterminatrice, qualifiant les Tutsis de \u00ab cafards \u00bb et incitant explicitement \u00e0 leur mise \u00e0 mort. Ces discours, diffus\u00e9s au grand jour et tol\u00e9r\u00e9s, puis encourag\u00e9s par les autorit\u00e9s, pr\u00e9par\u00e8rent psychologiquement et politiquement le terrain au g\u00e9nocide. De m\u00eame, dans les Balkans, dans les ann\u00e9es 1990, certains m\u00e9dias serbes, port\u00e9s par le discours officiel, particip\u00e8rent \u00e0 la construction d\u2019une haine de l\u2019\u00ab autre \u00bb qui l\u00e9gitima massacres et \u00e9purations ethniques.<\/p>\n<p>En recevant et en honorant des propagandistes qui reprennent, presque mot pour mot, les lexiques de ces trag\u00e9dies, les autorit\u00e9s congolaises jouent avec un feu dont les flammes ne se limitent jamais \u00e0 leurs instigateurs. En banalisant la haine, en faisant une composante du discours officiel, elles engagent l\u2019\u00c9tat congolais dans une pente dangereuse qui fait planer sur l\u2019Est du pays le spectre d\u2019une nouvelle trag\u00e9die de masse.<\/p>\n<p>{{Une alerte pour la communaut\u00e9 internationale}}<\/p>\n<p>Cette d\u00e9rive ne peut rester confin\u00e9e au champ politique int\u00e9rieur. Elle doit interpeller la communaut\u00e9 internationale dans son ensemble. Loin de simples exc\u00e8s verbaux, ces prises de position r\u00e9v\u00e8lent une instrumentalisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la haine ethnique comme outil de guerre et de mobilisation. <\/p>\n<p>Or, l\u2019histoire du XXe si\u00e8cle et des d\u00e9cennies r\u00e9centes a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019\u00e0 chaque fois que l\u2019on tol\u00e8re la banalisation de tels discours, le passage de la parole \u00e0 l\u2019acte devient non seulement possible, mais in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>Il appartient donc aux observateurs, aux partenaires r\u00e9gionaux et aux organisations internationales de mesurer avec gravit\u00e9 la port\u00e9e de ces signaux. Car ce qui se joue ici d\u00e9passe la seule crise congolaise : il s\u2019agit d\u2019un test de la capacit\u00e9 collective \u00e0 pr\u00e9venir, avant qu\u2019il ne soit trop tard, la r\u00e9p\u00e9tition de trag\u00e9dies dont la m\u00e9moire reste encore\u00a0br\u00fblante.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-66602 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/my_p.jpg\" alt=\"La rencontre de Patrick Muyaya avec des propagandistes ne saurait \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un simple \u00e9change m\u00e9diatique\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A New York, en marge de l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des nations unies, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a accord\u00e9 une interview exclusive \u00e0 deux figures m\u00e9diatiques dont l\u2019influence est aussi ind\u00e9niable que sulfureuse : Jean-Claude Mubenga et Kalonji. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000066601,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-39425","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000066601,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-5.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-5.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-5.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-5.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-5.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/m_cp-5.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39425","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=39425"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39425\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000066601"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=39425"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=39425"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=39425"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=39425"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=39425"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}