{"id":39022,"date":"2025-08-27T11:52:59","date_gmt":"2025-08-27T11:52:59","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-malediction-de-l-Akazu-ou-l-errance-des-cadavres-maudits-39022\/"},"modified":"2025-08-28T19:50:13","modified_gmt":"2025-08-28T19:50:13","slug":"La-malediction-de-l-Akazu-ou-l-errance-des-cadavres-maudits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-malediction-de-l-Akazu-ou-l-errance-des-cadavres-maudits\/","title":{"rendered":"La mal\u00e9diction de l\u2019Akazu ou l\u2019errance des cadavres maudits"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019histoire r\u00e9cente du Rwanda en fournit une illustration saisissante avec les figures de l\u2019Akazu, ce cercle impitoyable o\u00f9 se tram\u00e8rent les complots les plus funestes ayant conduit au g\u00e9nocide contre les Tutsi. L\u2019on se souvient de la veuve Agathe Kanziga, condamn\u00e9e \u00e0 promener longtemps, d\u2019exil en exil, la d\u00e9pouille de son \u00e9poux d\u00e9funt, le pr\u00e9sident Habyarimana, comme si le sol lui-m\u00eame refusait d\u2019accueillir celui dont le r\u00e8gne se conclut dans la nuit du 6 avril 1994. <\/p>\n<p>Or, voici que la m\u00eame mal\u00e9diction semble poursuivre Protais Zigiranyirazo, dit \u00ab Monsieur Z \u00bb, chef de r\u00e9seau et figure centrale du dispositif criminel, dont la s\u00e9pulture se voit aujourd\u2019hui interdite par les autorit\u00e9s municipales d\u2019Orl\u00e9ans, au nom de la pr\u00e9servation de l\u2019ordre public et de la crainte l\u00e9gitime de voir un tombeau devenir lieu de p\u00e8lerinage pour les nostalgiques de la barbarie.<\/p>\n<p>Ce refus, qui contraint une d\u00e9pouille \u00e0 l\u2019errance, ne saurait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une simple mesure administrative : il s\u2019apparente, \u00e0 bien des \u00e9gards, \u00e0 une r\u00e9actualisation de la tr\u00e8s ancienne mal\u00e9diction biblique. L\u2019on songe ici \u00e0 Ca\u00efn, condamn\u00e9 par le Tr\u00e8s-Haut, apr\u00e8s avoir vers\u00e9 le sang d\u2019Abel, \u00e0 errer sur la terre, marqu\u00e9 du sceau de l\u2019infamie, sans lieu fixe, sans repos, rejet\u00e9 \u00e0 la fois des siens et de la terre nourrici\u00e8re. <\/p>\n<p>L\u2019errance des corps de l\u2019Akazu semble rejouer ce motif archa\u00efque : comme si la terre elle-m\u00eame, dans sa m\u00e9moire silencieuse, refusait d\u2019absorber ces cadavres lest\u00e9s par le poids du crime et de l\u2019innommable. L\u2019ensevelissement, acte ultime d\u2019int\u00e9gration au cycle de la nature et de r\u00e9conciliation avec l\u2019humus, leur est refus\u00e9 ; et c\u2019est la d\u00e9rive \u00e9ternelle, le cercueil voyageur, le cadavre sans port d\u2019attache, qui devient leur destin.<\/p>\n<p>L\u2019histoire universelle n\u2019ignore pas de tels destins maudits. Ainsi des grands parricides et r\u00e9gicides dont les restes furent mutil\u00e9s, exhum\u00e9s, dispers\u00e9s, comme pour prolonger par-del\u00e0 la mort la peine inflig\u00e9e aux vivants. <\/p>\n<p>Ainsi des tyrans que la m\u00e9moire des peuples condamna \u00e0 l\u2019oubli et dont les tombeaux furent effac\u00e9s ou profan\u00e9s, comme pour signifier que nulle pierre, nulle st\u00e8le, ne saurait c\u00e9l\u00e9brer l\u2019infamie. Ainsi encore des criminels de masse, dont les cendres, parfois jet\u00e9es au vent ou au fleuve, marquaient le refus de la terre de leur offrir le repos que connaissent les simples mortels.<\/p>\n<p>La mal\u00e9diction de l\u2019Akazu, d\u00e8s lors, n\u2019est pas seulement affaire de symboles : elle manifeste une justice immanente, une revanche de la m\u00e9moire et du sol contre ceux qui, croyant r\u00e9gner par la mort, se d\u00e9couvrent eux-m\u00eames condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019inexistence, \u00e0 l\u2019errance posthume, \u00e0 la n\u00e9gation m\u00eame de leur s\u00e9pulture. <\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 une forme d\u2019expiation silencieuse : les crimes les plus graves, ceux qui visent \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement d\u2019un peuple, ne trouvent pas d\u2019apaisement. La terre ne peut accueillir dans son giron ceux qui voulurent la transformer en charnier. <\/p>\n<p>Leur errance se fait alors parabole : \u00e0 l\u2019instar de Ca\u00efn, ils sont vou\u00e9s \u00e0 marcher sans fin, m\u00eame apr\u00e8s la mort, ombres rejet\u00e9es de l\u2019histoire, t\u00e9moins malgr\u00e9 eux de l\u2019irr\u00e9fragable mal\u00e9diction qui s\u2019attache au sang\u00a0innocent\u00a0vers\u00e9.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-65110 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/ah-6.jpg\" alt=\"Il est des destins collectifs qui, marqu\u00e9s par le sang et la perfidie, s\u2019ach\u00e8vent dans une forme de mal\u00e9diction qui poursuit jusque dans la mort ceux qui en furent les instigateurs\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des destins collectifs qui, marqu\u00e9s par le sang et la perfidie, s\u2019ach\u00e8vent dans une forme de mal\u00e9diction qui poursuit jusque dans la mort ceux qui en furent les instigateurs. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000065109,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7581],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-39022","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ideologie","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000065109,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ah_cp-4.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ah_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ah_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ah_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ah_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ah_cp-4.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39022","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=39022"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39022\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000065109"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=39022"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=39022"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=39022"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=39022"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=39022"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}