{"id":38989,"date":"2025-08-25T15:00:51","date_gmt":"2025-08-25T15:00:51","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/L-heritage-funeste-de-la-Commission-Vangu-en-RDC-38989\/"},"modified":"2025-08-25T14:54:16","modified_gmt":"2025-08-25T14:54:16","slug":"L-heritage-funeste-de-la-Commission-Vangu-en-RDC","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/L-heritage-funeste-de-la-Commission-Vangu-en-RDC\/","title":{"rendered":"L\u2019h\u00e9ritage funeste de la Commission Vangu en RDC"},"content":{"rendered":"<p>Ce qui fut jadis une fissure provoqu\u00e9e par la manipulation du droit et l\u2019instrumentalisation des institutions devient, par son refoulement obstin\u00e9, une plaie o\u00f9 s\u2019engouffrent l\u2019arbitraire, le cynisme politique et le m\u00e9pris de la v\u00e9rit\u00e9. Ainsi, l\u2019horizon du pr\u00e9sent se trouve obscurci par les ombres d\u2019hier, comme si l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 solder les comptes du pass\u00e9 condamnait la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter les m\u00eames d\u00e9rives, prisonni\u00e8re de ses propres errements et complice de ses propres ab\u00eemes.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il s\u2019agit de comprendre les causes profondes des crises r\u00e9currentes qui ensanglantent l\u2019Est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, il ne saurait \u00eatre question d\u2019un simple d\u00e9ficit de documentation. Les archives existent, les rapports demeurent, et certains des acteurs de cette trag\u00e9die nationale sont encore vivants pour t\u00e9moigner. <\/p>\n<p>Parmi ces jalons historiques, la Commission Vangu illustre avec une acuit\u00e9 implacable combien une d\u00e9cision politique prise \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, combien un compromis scell\u00e9 dans la pr\u00e9cipitation et l\u2019aveuglement, peuvent se muer en br\u00e8ches b\u00e9antes, capables d\u2019engloutir l\u2019\u00e9quilibre fragile d\u2019une nation tout enti\u00e8re. Les conclusions biais\u00e9es et complaisantes de cette commission ont sem\u00e9 les graines d\u2019une discorde qui, des d\u00e9cennies plus tard, continue de consumer le Kivu.<\/p>\n<p>{{1994 ou le basculement}}<\/p>\n<p>\u00c0 la faveur du g\u00e9nocide contre les tutsi, l\u2019arriv\u00e9e massive des r\u00e9fugi\u00e9s hutus au Za\u00efre, particuli\u00e8rement dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, bouleversa un \u00e9quilibre d\u00e9j\u00e0 chancelant. Soudain, les vieux d\u00e9mons de l\u2019\u00ab identit\u00e9 za\u00efroise \u00bb, qu\u2019on croyait assoupis depuis les premi\u00e8res convulsions des ann\u00e9es 1990, resurgirent avec violence. Les d\u00e9bats autour de l\u2019appartenance, de la citoyennet\u00e9 et du \u00ab qui est d\u2019ici et qui ne l\u2019est pas \u00bb enflamm\u00e8rent l\u2019espace public, cristallisant tensions et ressentiments. Ce fut l\u2019amorce d\u2019une spirale dont l\u2019Est congolais ne s\u2019est jamais relev\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le Parlement za\u00efrois (HCR-PT) institua une commission d\u2019enqu\u00eate charg\u00e9e d\u2019\u00e9clairer la situation : dix parlementaires, conduits par Vangu Mambweni ma Busana, sillonn\u00e8rent du 22 ao\u00fbt au 8 septembre 1994 les principales localit\u00e9s de l\u2019Est: Goma, Bukavu, Uvira, Masisi, Rutshuru, Fizi, Kalehe, Idjwi. <\/p>\n<p>Leur rapport, publi\u00e9 en 1995, devint rapidement la matrice d\u2019une politique d\u2019exclusion aux effets d\u00e9vastateurs.<\/p>\n<p>{{Une r\u00e9solution funeste}}<\/p>\n<p>Sous la houlette de son vice-pr\u00e9sident Anzuluni Bembe, le HCR-PT adopta, le 28 avril 1995, le rapport de la Commission Vangu, puis la tristement c\u00e9l\u00e8bre \u00ab R\u00e9solution sur la nationalit\u00e9 \u00bb. <\/p>\n<p>Officiellement, il s\u2019agissait de bloquer toute tentative d\u2019acquisition de la nationalit\u00e9 za\u00efroise par les r\u00e9fugi\u00e9s venus du Rwanda et du Burundi. En r\u00e9alit\u00e9, le texte visait plus largement les Za\u00efrois rwandophones, frappant indistinctement des populations install\u00e9es depuis des g\u00e9n\u00e9rations dans le Kivu. Les termes m\u00eames du rapport trahissaient une id\u00e9ologie dangereuse : d\u00e9nonciation du Za\u00efre comme \u00ab d\u00e9versoir \u00bb du Rwanda ; suspicion envers les immigr\u00e9s accus\u00e9s de cr\u00e9er des partis politiques sur le sol za\u00efrois, assimilation des strat\u00e9gies d\u2019\u00e9migration tutsie \u00e0 un projet de domination r\u00e9gionale et \u00e9vocation fantasm\u00e9e d\u2019un \u00ab Tutsiland \u00bb vou\u00e9 \u00e0 assujettir les autres peuples du Kivu.<\/p>\n<p>Et la conclusion, implacable : le \u00ab rapatriement sans condition \u00bb de tous les r\u00e9fugi\u00e9s et immigr\u00e9s rwandais. En filigrane, c\u2019\u00e9tait le projet d\u2019un nettoyage ethnique, un effacement pur et simple des communaut\u00e9s jug\u00e9es ind\u00e9sirables.<\/p>\n<p>{{Les voix de la raison \u00e9touff\u00e9es}}<\/p>\n<p>En juillet 1995, quarante Za\u00efrois rwandophones eurent le courage d\u2019adresser un m\u00e9morandum \u00e0 Mobutu Sese Seko. Ils y d\u00e9non\u00e7aient le caract\u00e8re irresponsable, subversif et anti-national de la Commission Vangu, qui pr\u00f4nait le renvoi \u00e0 la fronti\u00e8re de populations pourtant nationales. Ils imploraient le pr\u00e9sident d\u2019user de son autorit\u00e9 pour emp\u00eacher cette d\u00e9rive funeste. Mais leur appel se perdit dans le vacarme d\u2019une sc\u00e8ne politique d\u00e9j\u00e0 gangren\u00e9e par les calculs et les haines.<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, les signaux d\u2019exclusion se multipli\u00e8rent : en septembre 1995, l\u2019ONG Groupe Milima, fond\u00e9e par un Munyamulenge fut interdite d\u2019activit\u00e9. Le 19 octobre, le commissaire de zone d\u2019Uvira, Shweka Mutabazi alla plus loin encore, d\u00e9clarant que les Banyamulenge constituaient un \u00ab groupe ethnique inconnu au Za\u00efre \u00bb et annon\u00e7ant leur expulsion. Ce fut le point de bascule : la stigmatisation se mua en r\u00e9volte, et la r\u00e9volte en r\u00e9bellion arm\u00e9e. Ainsi naquit, dans la douleur, le terreau de l\u2019AFDL conduite par Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila.<\/p>\n<p>{{Un avertissement ignor\u00e9}}<\/p>\n<p>L\u2019histoire est sans appel : lorsque les autorit\u00e9s s\u00e8ment l\u2019exclusion, elles r\u00e9coltent la violence. Lorsque la haine est consacr\u00e9e par des discours officiels, elle se transmue en armes et en massacres. La Commission Vangu n\u2019a pas seulement th\u00e9oris\u00e9 la marginalisation d\u2019une communaut\u00e9 ; elle a ouvert une faille historique dont la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo subit encore les secousses.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, alors que le pays demeure prisonnier de ses convulsions, il est urgent de m\u00e9diter cette le\u00e7on. Chaque br\u00e8che laiss\u00e9e par complaisance, chaque compromis scell\u00e9 dans l\u2019ombre, chaque mot officiel porteur de rejet pr\u00e9pare des lendemains sanglants. <\/p>\n<p>En recommandant le \u00ab nettoyage du Za\u00efre de tout \u00e9l\u00e9ment munyarwanda \u00bb, la Commission Vangu n\u2019a pas seulement trahi l\u2019id\u00e9al de la nation congolaise : elle a pr\u00e9figur\u00e9 les fractures qui, encore aujourd\u2019hui, ensanglantent l\u2019Est du pays.<\/p>\n<p>L\u2019histoire, cruelle et implacable, nous rappelle que les mots tuent avant les armes. Et qu\u2019un peuple qui refuse de solder ses erreurs pass\u00e9es s\u2019expose \u00e0 les revivre\u00a0ind\u00e9finiment.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-64963 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/anz.jpg\" alt=\"Floribert Anzuluni Isiloketshi, ministre de l&#039;Int\u00e9gration r\u00e9gionale dans le gouvernement Suminwa II\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les br\u00e8ches du pass\u00e9, encore b\u00e9antes sous la poussi\u00e8re des d\u00e9cennies, se prolongent en ab\u00eemes insondables dans le pr\u00e9sent, rappelant \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration que l\u2019histoire, lorsqu\u2019elle n\u2019est ni assum\u00e9e ni r\u00e9par\u00e9e, se fait gouffre d\u00e9vorant les fondements m\u00eames de la justice et de la m\u00e9moire collective. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000064962,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-38989","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000064962,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/anz_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/anz_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/anz_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/anz_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/anz_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/anz_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38989","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38989"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38989\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000064962"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38989"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38989"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38989"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=38989"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=38989"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}