{"id":38988,"date":"2025-08-25T14:47:41","date_gmt":"2025-08-25T14:47:41","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/De-la-potence-de-1975-aux-mascarades-judiciaires-contemporaines-en-RDC-38988\/"},"modified":"2025-08-25T14:47:19","modified_gmt":"2025-08-25T14:47:19","slug":"De-la-potence-de-1975-aux-mascarades-judiciaires-contemporaines-en-RDC","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/De-la-potence-de-1975-aux-mascarades-judiciaires-contemporaines-en-RDC\/","title":{"rendered":"De la potence de 1975 aux mascarades judiciaires contemporaines en RDC"},"content":{"rendered":"<p>Elle r\u00e9sonne comme l\u2019\u00e9cho funeste du pr\u00e9tendu complot de la Pentec\u00f4te de 1975, \u00e9pisode o\u00f9 la justice fut travestie en bras arm\u00e9 de l\u2019arbitraire, et dont les stigmates demeurent encore inscrits dans la m\u00e9moire nationale.<\/p>\n<p>{{1975 : la trag\u00e9die de la potence}}<\/p>\n<p>Le 2 juin 1975, Kinshasa assista \u00e0 une sc\u00e8ne d\u2019une rare cruaut\u00e9. Quatre hommes, accus\u00e9s d\u2019un complot contre Mobutu Sese Seko, furent pendus publiquement : \u00c9variste Kimba, ancien Premier ministre, J\u00e9r\u00f4me Anany, Emmanuel Bamba et Alexandre Mahamba. Malgr\u00e9 les suppliques des missions diplomatiques et des autorit\u00e9s religieuses, ils furent ex\u00e9cut\u00e9s devant une foule immense, \u00e9valu\u00e9e \u00e0 trois cent mille personnes, transformant la place publique en th\u00e9\u00e2tre macabre et la justice en spectacle de terreur.<\/p>\n<p>Dans le sillage de ces pendaisons, une vague d\u2019arrestations frappa les plus hauts grad\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e. Le g\u00e9n\u00e9ral Fallu Sumbu, attach\u00e9 militaire \u00e0 Washington, le g\u00e9n\u00e9ral Utshudi Wembolenga, commandant de la 4e r\u00e9gion militaire, les g\u00e9n\u00e9raux Katsuva et Ngay Kasasa, ainsi que le colonel Raymond Omba, chef de la s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, furent accus\u00e9s de collusion avec la CIA et traduits devant une juridiction militaire enti\u00e8rement soumise au r\u00e9gime. <\/p>\n<p>Condamn\u00e9s, d\u00e9grad\u00e9s, d\u00e9pouill\u00e9s de leurs biens, certains \u00e9chapp\u00e8rent \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution gr\u00e2ce \u00e0 la pression internationale, mais leur honneur resta irr\u00e9m\u00e9diablement entach\u00e9.<\/p>\n<p>{{L\u2019inach\u00e8vement de la r\u00e9habilitation}}<\/p>\n<p>Quarante ans plus tard, le colonel Omba, devenu s\u00e9nateur, continue de r\u00e9clamer la r\u00e9vision de ce proc\u00e8s inique. Depuis 2009, il demande que son nom et celui de ses compagnons soient lav\u00e9s de l\u2019opprobre, d\u00e9non\u00e7ant une justice qui se distribue \u00ab selon la t\u00eate du justiciable \u00bb. La Haute Cour militaire, invoquant l\u2019absence de pi\u00e8ces ou la disparition de t\u00e9moins-cl\u00e9s, s\u2019enlise dans la procrastination, prolongeant l\u2019injustice en la recouvrant d\u2019un silence embarrass\u00e9. La RDC ne s\u2019est jamais donn\u00e9 les moyens de solder ce passif, pr\u00e9f\u00e9rant conserver les s\u00e9quelles d\u2019un mensonge d\u2019\u00c9tat que de r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>{{Le retour des m\u00eames d\u00e9rives}}<\/p>\n<p>Or, loin de rompre avec ce pass\u00e9 sombre, le pr\u00e9sent le r\u00e9active sous de nouveaux visages. Les proc\u00e8s spectaculaires se succ\u00e8dent dans un climat d\u2019arbitraire. Le feuilleton judiciaire autour de l\u2019ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, dont les poursuites apparaissent davantage comme une man\u0153uvre politique que comme une qu\u00eate sinc\u00e8re de justice, illustre la persistance des d\u00e9rives. <\/p>\n<p>L\u2019assassinat du d\u00e9put\u00e9 Ch\u00e9rubin Okende, dans des circonstances obscures et jamais \u00e9lucid\u00e9es, a mis en lumi\u00e8re les d\u00e9faillances d\u2019un appareil judiciaire incapable de prot\u00e9ger ceux qui incarnent la voix de l\u2019opposition. Les condamnations de Corneille Nangaa et de ses proches, tout comme les interventions erratiques du procureur g\u00e9n\u00e9ral, souvent r\u00e9duit \u00e0 des p\u00e9r\u00e9grinations th\u00e9\u00e2trales, ach\u00e8vent de convaincre que la justice congolaise est moins une institution qu\u2019un d\u00e9cor au service d\u2019un pouvoir aux abois.<\/p>\n<p>{{Les m\u00e9faits d\u2019une justice aux ordres}}<\/p>\n<p>Cette justice s\u00e9lective et manipul\u00e9e engendre des cons\u00e9quences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. Elle d\u00e9truit la confiance populaire dans les institutions, convainc les citoyens que le droit n\u2019est qu\u2019une fa\u00e7ade et alimente un sentiment de d\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Elle fracture la soci\u00e9t\u00e9 congolaise en transformant les tribunaux en champs clos o\u00f9 se joue la revanche politique, au lieu d\u2019apaiser les conflits par la r\u00e8gle de droit. Elle affaiblit, enfin, la stabilit\u00e9 nationale en privant le pays de l\u2019\u00c9tat de droit, socle indispensable \u00e0 toute reconstruction durable et \u00e0 tout progr\u00e8s \u00e9conomique.<\/p>\n<p>{{Le\u00e7on ignor\u00e9e et pouvoir \u00e0 la d\u00e9rive}}<\/p>\n<p>De 1975 \u00e0 aujourd\u2019hui, une constante s\u2019impose : l\u2019histoire congolaise demeure prisonni\u00e8re d\u2019une justice instrumentalis\u00e9e. Le pouvoir en place, incapable de gouverner par la l\u00e9gitimit\u00e9 et la performance, se r\u00e9fugie dans les simulacres judiciaires pour neutraliser ses adversaires. Mais en multipliant proc\u00e8s de convenance, assassinats politiques non \u00e9lucid\u00e9s et condamnations de circonstance, il ne fait que \u00ab noyer le poisson \u00bb, \u00e9touffer la v\u00e9rit\u00e9 et acc\u00e9l\u00e9rer sa propre disqualification.<\/p>\n<p>La RDC fractur\u00e9e chaque jour davantage par un pouvoir \u00e0 la d\u00e9rive, ne pourra se reconstruire sur le socle fragile d\u2019une justice aux ordres. Tant que la magistrature sera inf\u00e9od\u00e9e au politique et servira d\u2019arme de dissuasion contre les opposants, elle ne fera que prolonger l\u2019ombre des potences de 1975 et reproduire les mascarades d\u2019aujourd\u2019hui. <\/p>\n<p>Seule une justice v\u00e9ritablement ind\u00e9pendante, lib\u00e9r\u00e9e des cha\u00eenes du pouvoir ex\u00e9cutif, permettra de refermer ces plaies b\u00e9antes et de redonner au peuple congolais la confiance dans ses\u00a0institutions.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-64955 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/png\/screenshot_251_.png\" alt=\"Quatre hommes, accus\u00e9s de complot contre Mobutu Sese Seko, furent publiquement pendus le 2 juin 1975 \u00e0 Kinshasa \" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019affaire qui se dessine autour de l\u2019ancien pr\u00e9sident Joseph Kabila Kabange, s\u00e9nateur \u00e0 vie, n\u2019est pas une p\u00e9rip\u00e9tie isol\u00e9e. Elle s\u2019inscrit dans une longue tradition congolaise o\u00f9 la justice, loin d\u2019incarner l\u2019\u00e9quit\u00e9 et la rigueur du droit, se transforme en instrument de r\u00e8glement de comptes et en th\u00e9\u00e2tre de la vengeance politique. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000064954,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-38988","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000064954,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-75.png","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/png","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-75.png","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-75.png","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-75.png","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-75.png","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cp-75.png","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38988","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38988"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38988\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000064954"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38988"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38988"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38988"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=38988"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=38988"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}