{"id":38707,"date":"2025-08-06T19:00:33","date_gmt":"2025-08-06T19:00:33","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/L-expulsion-tragique-de-la-Reine-Rosalie-Gicanda-par-la-Belgique-38707\/"},"modified":"2025-08-06T14:55:08","modified_gmt":"2025-08-06T14:55:08","slug":"L-expulsion-tragique-de-la-Reine-Rosalie-Gicanda-par-la-Belgique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/L-expulsion-tragique-de-la-Reine-Rosalie-Gicanda-par-la-Belgique\/","title":{"rendered":"L\u2019expulsion tragique de la Reine Rosalie Gicanda par la Belgique"},"content":{"rendered":"<p>Cette d\u00e9claration p\u00e9remptoire se heurte pourtant de front \u00e0 la solidit\u00e9 t\u00eatue des faits historiques. Car oui, les archives administratives belges, les t\u00e9moignages concordants, ainsi que les conclusions du rapport du S\u00e9nat belge de 1997, dressent un tableau tout autre, bien plus accablant.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1994, la Reine Rosalie Gicanda, veuve du dernier roi du Rwanda, s\u00e9journait l\u00e9galement en Belgique au domicile du Dr Gakwaya, et ce, pour raisons m\u00e9dicales. Son visa, d\u00fbment octroy\u00e9, \u00e9tait encore valide. Nul ne saurait donc contester la r\u00e9gularit\u00e9 de sa pr\u00e9sence sur le sol belge. <\/p>\n<p>Pourtant, le 3 f\u00e9vrier 1994, le bourgmestre de la commune de Nivelles lui adressa une missive gla\u00e7ante : une injonction formelle de quitter le territoire dans un d\u00e9lai de dix jours, en ex\u00e9cution d\u2019un ordre \u00e9manant du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. La date butoir fix\u00e9e au 12 f\u00e9vrier devait d\u00e8s lors signer le retour contraint de la Reine vers un pays que tous les signaux indiquaient d\u00e9j\u00e0 comme \u00e9tant \u00e0 la veille de l\u2019ab\u00eeme.<\/p>\n<p>{{Une expulsion vers la mort : la Belgique connaissait les pr\u00e9mices du g\u00e9nocide}}<\/p>\n<p>En cette veille de cataclysme, la Belgique ne pouvait se pr\u00e9valoir d\u2019aucune ignorance. \u00c0 Bruxelles comme \u00e0 Kigali, les alertes \u00e9taient nombreuses, les signaux d\u2019alarme clairs, et les diplomates eux-m\u00eames multipliaient les mises en garde. Le rapport du S\u00e9nat belge publi\u00e9 en 1997 recense avec pr\u00e9cision l&#8217;accumulation des informations disponibles d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1994 sur la mont\u00e9e des p\u00e9rils au Rwanda : discours de haine, entra\u00eenements de milices, distribution d\u2019armes, et atmosph\u00e8re de terreur savamment entretenue par le pouvoir en place.<\/p>\n<p>C\u2019est donc en pleine connaissance de cause que la Belgique d\u00e9cida de refouler une figure historique et hautement symbolique du Rwanda vers un pays en d\u00e9composition, alors que l\u2019\u00e9tau se resserrait autour des tutsi. Cette d\u00e9cision administrative, banale en apparence, s\u2019inscrit en r\u00e9alit\u00e9 dans une trame de complicit\u00e9 silencieuse. En renvoyant Rosalie Gicanda \u00e0 Butare, la Belgique a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi de l\u2019exposer aux griffes d\u2019un r\u00e9gime assassin.<\/p>\n<p>Le 20 avril 1994, la Reine Rosalie Gicanda fut captur\u00e9e \u00e0 son domicile, humili\u00e9e, tra\u00een\u00e9e de force au mus\u00e9e national, puis ex\u00e9cut\u00e9e sommairement par les \u00e9l\u00e9ments du lieutenant Ildephonse Nizeyimana, un des cerveaux du g\u00e9nocide dans cette r\u00e9gion. Sa mort, atroce et pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, marqua un tournant dans l\u2019horreur \u00e0 Butare. Et pendant ce temps, les autorit\u00e9s belges se retranchaient dans leur mutisme, \u00e9vacuant m\u00eame pr\u00e9cipitamment leurs ressortissants sans jamais prendre la peine de sauver ceux qu\u2019ils savaient condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>{{Une m\u00e9moire souill\u00e9e : l\u2019hospitalit\u00e9 accord\u00e9e au bourreau Joseph Kanyabashi}}<\/p>\n<p>Comble du cynisme, la Belgique accueillit ensuite sur son sol Joseph Kanyabashi, bourgmestre de la commune de Ngoma \u00e0 Butare, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 r\u00e9sidait la Reine Gicanda. Cet homme, longtemps prot\u00e9g\u00e9 dans les couloirs de l\u2019impunit\u00e9, fut finalement condamn\u00e9 \u00e0 20 ans de r\u00e9clusion par le Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda pour son r\u00f4le dans les massacres. <\/p>\n<p>Or, \u00e0 l\u2019issue de sa peine, c\u2019est en Belgique qu\u2019il fut accueilli, recueilli m\u00eame, jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Comme si l\u2019histoire se refermait sur un double outrage : \u00e0 la victime, par l\u2019abandon ; au droit, par l\u2019asile accord\u00e9 au criminel.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, comment ne pas s\u2019interroger ? Comment absoudre un \u00c9tat qui expulse une Reine vers sa perte, tout en offrant refuge, des ann\u00e9es plus tard, \u00e0 l\u2019un des bourreaux de son peuple ? Il ne s\u2019agit pas ici de simples errements diplomatiques, ni d\u2019une neutralit\u00e9 mal avis\u00e9e. Il s\u2019agit d\u2019un manquement grave aux devoirs de protection et de justice, d\u2019une complicit\u00e9 objective, voire criminelle.<\/p>\n<p>{{Une tache ind\u00e9l\u00e9bile sur la conscience belge}}<\/p>\n<p>L\u2019affaire de la Reine Rosalie Gicanda r\u00e9v\u00e8le la faillite morale et politique d\u2019un \u00c9tat qui, en 1994, a sciemment renvoy\u00e9 une figure embl\u00e9matique \u00e0 une mort certaine. Cette trag\u00e9die n\u2019est pas une co\u00efncidence. Elle est le fruit d\u2019un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, d\u2019un abandon m\u00e9thodique, et d\u2019un aveuglement diplomatique \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable. <\/p>\n<p>Le silence de la Belgique face \u00e0 ce forfait reste, \u00e0 ce jour, un affront au devoir de m\u00e9moire et \u00e0 la justice. Il est temps que ce pan de l\u2019histoire soit reconnu pour ce qu\u2019il est : un acte de complicit\u00e9 criminelle au sein du plus grand crime du XXe si\u00e8cle\u00a0africain.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-64314 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/png\/rg.png\" alt=\"En f\u00e9vrier 1994, alors qu\u2019elle s\u00e9journait l\u00e9galement en Belgique pour raisons m\u00e9dicales, la Reine Rosalie Gicanda re\u00e7ut l\u2019ordre de quitter le pays sous dix jours, contrainte ainsi de retourner dans un Rwanda au bord du chaos\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le professeur Filip Reyntjens, dont la posture intellectuelle sur le g\u00e9nocide contre les tutsi demeure pour le moins controvers\u00e9e pour ne pas dire entach\u00e9e d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s persistantes, a r\u00e9cemment affirm\u00e9 qu\u2019\u00ab il n\u2019existe absolument aucune preuve que la Reine Rosalie Gicanda ait \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9e de Belgique \u00bb. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000064313,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-38707","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000064313,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/rg_cp.png","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/png","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/rg_cp.png","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/rg_cp.png","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/rg_cp.png","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/rg_cp.png","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/rg_cp.png","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38707","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38707"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38707\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000064313"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38707"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38707"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38707"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=38707"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=38707"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}