{"id":38703,"date":"2025-08-06T13:03:14","date_gmt":"2025-08-06T13:03:14","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Bunia-Ituri-Kivu-ces-territoires-oublies-ou-la-Republique-abdique-38703\/"},"modified":"2025-08-06T13:02:44","modified_gmt":"2025-08-06T13:02:44","slug":"Bunia-Ituri-Kivu-ces-territoires-oublies-ou-la-Republique-abdique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Bunia-Ituri-Kivu-ces-territoires-oublies-ou-la-Republique-abdique\/","title":{"rendered":"Bunia, Ituri, Kivu ces territoires oubli\u00e9s o\u00f9 la R\u00e9publique abdique"},"content":{"rendered":"<p>Le meurtre des civils, quasi quotidiennement, \u00e0 quelques encablures seulement des lieux publics fr\u00e9quent\u00e9s, l\u2019espace vert de Bunia vient s\u2019ajouter \u00e0 une litanie macabre que nul ne daigne interrompre. Trois autres ex\u00e9cutions avaient d\u00e9j\u00e0 ensanglant\u00e9 le week-end pr\u00e9c\u00e9dent. Et toujours le m\u00eame refrain : des hommes arm\u00e9s non identifi\u00e9s, des victimes sans d\u00e9fense, des autorit\u00e9s muettes.<\/p>\n<p>A Bunia, tout comme \u00e0 Minembwe et dans une multitude d\u2019autres localit\u00e9s meurtries du Nord-Est congolais, l\u2019on assiste \u00e0 une d\u00e9liquescence manifeste de l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique, dont les fonctions cardinales prot\u00e9ger les vies humaines, garantir l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale, assurer la continuit\u00e9 de l\u2019ordre public semblent avoir \u00e9t\u00e9, non point suspendues, mais bel et bien abandonn\u00e9es. <\/p>\n<p>La R\u00e9publique, dans sa pr\u00e9tention normative, y subsiste encore sur le papier, dans les discours officiels et les cartographies administratives, mais elle s\u2019y d\u00e9robe concr\u00e8tement, jour apr\u00e8s jour, face \u00e0 la violence end\u00e9mique, au r\u00e8gne des milices et \u00e0 l\u2019anarchie diffuse. <\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat ne s\u2019y incarne plus que par le vide de son absence, laissant des communaut\u00e9s enti\u00e8res livr\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames, orphelines de toute protection l\u00e9gitime, condamn\u00e9es \u00e0 errer dans les limbes d\u2019une souverainet\u00e9 proclam\u00e9e mais jamais assur\u00e9e. Cette carence tragique, devenue structurelle, d\u00e9leste ces territoires non seulement de s\u00e9curit\u00e9 mais aussi de dignit\u00e9, les excluant de facto du contrat r\u00e9publicain.<\/p>\n<p>Le contraste est frappant entre le verbiage des capitales et la r\u00e9alit\u00e9 brutale du terrain. Tandis que l\u2019on disserte \u00e0 Kinshasa sur la souverainet\u00e9 et la dignit\u00e9 nationale, les populations de l\u2019Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu vivent sous la loi des milices, r\u00e9duites \u00e0 mendier leur survie au sein d\u2019un \u00c9tat spectral. L\u00e0, aucun bataillon ne suffit \u00e0 restaurer l\u2019ordre, car c\u2019est l\u2019\u00e2me m\u00eame de l\u2019\u00c9tat qui est absente. Ce n\u2019est pas la puissance militaire qui fait d\u00e9faut, mais la volont\u00e9 politique, l\u2019organisation strat\u00e9gique, la coh\u00e9rence du commandement, et surtout, la consid\u00e9ration pour ces vies anonymes, sacrifi\u00e9es au quotidien dans l\u2019indiff\u00e9rence quasi-g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Il faut le dire avec gravit\u00e9 : ces territoires sont abandonn\u00e9s. Non pas seulement livr\u00e9s \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, mais v\u00e9ritablement rel\u00e9gu\u00e9s hors du champ d\u2019attention de la R\u00e9publique. Ils ne figurent plus que comme des marges administratives dans les cartographies officielles, mais ne participent plus au pacte r\u00e9publicain. Ils n\u2019esp\u00e8rent plus, ils survivent. Cette abdication progressive de l&#8217;\u00c9tat, cette d\u00e9sint\u00e9gration silencieuse de sa souverainet\u00e9 sur des portions enti\u00e8res de son territoire, pose une question existentielle \u00e0 la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo : peut-elle encore se dire une R\u00e9publique si elle abandonne \u00e0 leur sort des millions de ses citoyens ? <\/p>\n<p>Peut-elle se pr\u00e9tendre d\u00e9mocratique si une partie du peuple n\u2019a m\u00eame plus acc\u00e8s aux conditions minimales de s\u00e9curit\u00e9 ? Et peut-elle encore \u00eatre qualifi\u00e9e d&#8217;\u00c9tat si elle ne prot\u00e8ge ni ses fronti\u00e8res, ni ses enfants, ni ses morts ?<\/p>\n<p>Dans cette trag\u00e9die sans fin, l\u2019Ituri devient le miroir de toutes les carences de l\u2019\u00c9tat congolais : impuissance, d\u00e9sarticulation, indiff\u00e9rence. Mais aussi de tous ses renoncements, car il ne s\u2019agit plus ici d\u2019un \u00e9chec ponctuel, mais d\u2019une capitulation prolong\u00e9e. L\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge, pr\u00e9sent\u00e9 comme un rem\u00e8de d\u2019exception, n\u2019a \u00e9t\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un paravent, un artifice juridique sans effet tangible. Il n\u2019a r\u00e9tabli ni l\u2019ordre, ni la justice, ni l\u2019esp\u00e9rance. Ce n\u2019est plus un territoire en guerre : c\u2019est un territoire en deuil, o\u00f9 le droit ne s\u2019\u00e9crit plus qu\u2019en lettres de sang, o\u00f9 les jours s\u2019\u00e9coulent entre deux rafales, et o\u00f9 l\u2019on enterre les siens avec, pour seule protection, le silence du monde.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette trag\u00e9die, la R\u00e9publique ne peut continuer de se taire sans perdre son \u00e2me. \u00c0 d\u00e9faut, elle ne sera bient\u00f4t plus qu\u2019un mot creux, solennel, mais vid\u00e9 de sa substance. La grandeur d\u2019un \u00c9tat se mesure \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger les plus vuln\u00e9rables de ses enfants. Or, en Ituri, dans le Minembwe, l\u2019\u00c9tat n\u2019est plus grand :\u00a0il\u00a0est\u00a0absent.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-64308 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/mb-8.jpg\" alt=\"Les meurtres quasi quotidiens de civils pr\u00e8s de lieux publics, comme l\u2019espace vert de Bunia, s\u2019ajoutent \u00e0 une macabre litanie ignor\u00e9e\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des territoires o\u00f9 l&#8217;\u00c9tat, r\u00e9duit \u00e0 une fiction administrative, ne r\u00e8gne plus que par le sceau d\u00e9lav\u00e9 d\u2019un drapeau flottant sur des b\u00e2timents d\u00e9sert\u00e9s. L\u2019Ituri en est l\u2019embl\u00e8me tragique. Malgr\u00e9 l\u2019instauration de l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge, proclam\u00e9 avec tambours et fanfares comme un sursaut r\u00e9galien, les massacres se poursuivent \u00e0 un rythme gla\u00e7ant, d\u00e9montrant l\u2019inanit\u00e9 d\u2019un dispositif s\u00e9curitaire qui, loin d\u2019endiguer la violence, semble cohabiter avec elle dans un silence devenu complice. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000064307,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7540],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-38703","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-securite","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000064307,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mb_cp-6.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mb_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mb_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mb_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mb_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mb_cp-6.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38703"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38703\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000064307"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38703"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38703"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=38703"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=38703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}