{"id":38415,"date":"2025-07-19T14:20:09","date_gmt":"2025-07-19T14:20:09","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Les-prisonniers-du-facies-de-Makala-et-Ndolo-ou-quand-l-identite-devient-un-38415\/"},"modified":"2025-07-19T14:15:55","modified_gmt":"2025-07-19T14:15:55","slug":"Les-prisonniers-du-facies-de-Makala-et-Ndolo-ou-quand-l-identite-devient-un","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Les-prisonniers-du-facies-de-Makala-et-Ndolo-ou-quand-l-identite-devient-un\/","title":{"rendered":"Les prisonniers du faci\u00e8s de Makala et Ndolo ou quand l&#8217;identit\u00e9 devient un crime"},"content":{"rendered":"<p>Des citoyens congolais, tutsi par h\u00e9ritage, y sont d\u00e9tenus non pour des crimes commis, mais pour une apparence honnie, un patronyme soup\u00e7onn\u00e9, une ascendance d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e \u00e9trang\u00e8re par les oracles s\u00e9lectifs du nationalisme congolais. <\/p>\n<p>Le d\u00e9lit de faci\u00e8s y prend les atours d\u2019une sentence sans appel ; et l\u2019appartenance ethnique, un statut de culpabilit\u00e9 permanente. L\u2019\u00c9tat, qui se veut garant des libert\u00e9s fondamentales, y devient bourreau par omission ou par dessein, tandis que les services dits de s\u00e9curit\u00e9 se transforment en instruments d\u2019une r\u00e9pression sourde, d\u00e9guis\u00e9e en lutte contre une infiltration imaginaire. <\/p>\n<p>Cette criminalisation de l&#8217;identit\u00e9 tutsie, h\u00e9rit\u00e9e des abysses du mobutisme et recycl\u00e9e avec z\u00e8le par les tenants d\u2019un pouvoir en mal de l\u00e9gitimit\u00e9, instaure un apartheid latent, une s\u00e9gr\u00e9gation de fait o\u00f9 la citoyennet\u00e9 est hi\u00e9rarchis\u00e9e selon le sang et le visage. Ces prisonniers du faci\u00e8s, ces otages de la haine ethnique, incarnent ainsi une trag\u00e9die nationale ignor\u00e9e, un point aveugle dans le miroir bris\u00e9 d\u2019une R\u00e9publique qui se pr\u00e9tend d\u00e9mocratique, mais dont les murs, \u00e0 Makala comme \u00e0 Ndolo, suintent l\u2019indignit\u00e9 et la peur de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Il est des silences qui tuent, des complaisances qui condamnent, des l\u00e2chet\u00e9s diplomatiques qui prolongent l\u2019horreur. Dans les prisons de Makala, de Ndolo et dans les antres obscures de la DEMIAP, cette redoutable et redout\u00e9e police politique congolaise, croupissent, loin des regards, des hommes et des femmes dont le seul crime est d\u2019exister sous un faci\u00e8s que l\u2019\u00c9tat a d\u00e9cid\u00e9 de vouer \u00e0 la suspicion. Ils sont congolais, Tutsi par ascendance, citoyens par droit, mais apatrides de fait, otages d\u2019une nation qui les renie, les exile \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de ses fronti\u00e8res, et les condamne \u00e0 l\u2019effacement.<\/p>\n<p>Ils sont les prisonniers du faci\u00e8s, \u00e9rig\u00e9s en symboles vivants d\u2019un racisme d\u2019\u00c9tat assum\u00e9, d\u2019une politique de l\u2019ethnicisation de la d\u00e9fiance, o\u00f9 le soup\u00e7on d\u2019\u00e9tranget\u00e9 est devenu la matrice de la r\u00e9pression. On les traite de &#8220;rwandais&#8221;, d'&#8221;infiltr\u00e9s&#8221;, de &#8220;cinqui\u00e8mes colonnes&#8221;, ressuscitant le spectre de cette &#8220;nationalit\u00e9 douteuse&#8221;, cette invention venimeuse des r\u00e9gimes za\u00efrois puis congolais, qui sert de levier commode \u00e0 toutes les exclusions, \u00e0 toutes les purges.<\/p>\n<p>On les arr\u00eate sans preuve, on les accuse sans dossier, on les enferme sans jugement. Pire encore, on les fait dispara\u00eetre dans l\u2019\u00e9paisseur d\u2019un syst\u00e8me carc\u00e9ral dont les murs suintent la haine, les cellules la torture, et les couloirs l\u2019humiliation. Ils subissent des traitements que les textes internationaux les plus \u00e9l\u00e9mentaires qualifient sans d\u00e9tour : inhumains et d\u00e9gradants. Mais qui, \u00e0 Kinshasa, s\u2019en soucie vraiment\u202f?<\/p>\n<p>Le mal ne r\u00e9side pas seulement dans l\u2019emprisonnement arbitraire, il se loge aussi dans l\u2019indiff\u00e9rence calcul\u00e9e, dans le silence assourdissant de ces organisations dites &#8220;humanitaires&#8221; qui, promptes \u00e0 d\u00e9noncer ailleurs, deviennent soudainement sourdes et aveugles quand l\u2019oppresseur porte les habits d\u2019un pouvoir alli\u00e9, ou qu\u2019il incarne une narration victimisante politiquement rentable.<\/p>\n<p>Cette ignominie, qui n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un apartheid ethnique d\u00e9guis\u00e9 en patriotisme, n\u2019est pas sans cons\u00e9quences : elle s\u00e8me les germes d\u2019une instabilit\u00e9 chronique, elle radicalise les exclus, elle nourrit la d\u00e9fiance, elle justifie l\u2019insurrection. Elle pousse des citoyens \u00e0 devenir des fugitifs dans leur propre pays, \u00e0 fuir pour ne pas \u00eatre \u00e9cras\u00e9s, \u00e0 s\u2019armer non pour dominer, mais pour survivre.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo ne se sauvera pas dans l\u2019ethnicisation de la souverainet\u00e9, ni dans la criminalisation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Elle ne se rel\u00e8vera pas en \u00e9rigeant l&#8217;identit\u00e9 en d\u00e9lit et l&#8217;appartenance communautaire en trahison. <\/p>\n<p>Doha, ou toute autre instance de m\u00e9diation r\u00e9gionale ou internationale, se doit d\u2019exiger non seulement la lib\u00e9ration imm\u00e9diate et sans condition de ces d\u00e9tenus de la honte, mais \u00e9galement une r\u00e9vision radicale de la doctrine s\u00e9curitaire congolaise, gangren\u00e9e par le tribalisme d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Car persister \u00e0 nier la citoyennet\u00e9 de certains Congolais, c\u2019est entretenir la matrice de la guerre, c\u2019est institutionnaliser la fracture, c\u2019est saborder toute perspective de paix durable. <\/p>\n<p>A ceux qui veulent la paix, il faut rappeler cette v\u00e9rit\u00e9 simple mais essentielle : on ne b\u00e2tit pas une nation sur les cadavres de ceux qu\u2019on refuse\u00a0d\u2019y\u00a0inclure.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-63528 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/mwang.jpg\" alt=\"Dans les ge\u00f4les de Makala, Ndolo et la DEMIAP se d\u00e9roule, dans le silence, un drame ethno-politique que l\u2019histoire congolaise contemporaine n\u2019ose encore nommer\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les entrailles f\u00e9tides de Makala, dans les couloirs ombreux de Ndolo, dans les chambres de supplice de la DEMIAP, se jouent en silence les sc\u00e8nes tragiques d\u2019un drame ethno-politique que l\u2019histoire contemporaine du Congo peine \u00e0 nommer. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000063527,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-38415","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000063527,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mwang_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mwang_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mwang_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mwang_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mwang_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mwang_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38415","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38415"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38415\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000063527"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38415"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38415"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38415"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=38415"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=38415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}