{"id":37772,"date":"2025-05-28T13:23:51","date_gmt":"2025-05-28T13:23:51","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-lac-Tanganyika-en-colere-37772\/"},"modified":"2025-05-28T13:22:09","modified_gmt":"2025-05-28T13:22:09","slug":"Le-lac-Tanganyika-en-colere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-lac-Tanganyika-en-colere\/","title":{"rendered":"Le lac Tanganyika en col\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>Le Burundi, en particulier, se trouve au c\u0153ur de ce drame lent, o\u00f9 les eaux jadis nourrici\u00e8res du deuxi\u00e8me plus grand lac africain par la superficie et le volume, se muent en flots ravageurs. La nature, longtemps bless\u00e9e, semble avoir rompu le pacte silencieux qui la liait aux hommes. Le Tanganyika d\u00e9borde litt\u00e9ralement et symboliquement de la n\u00e9gligence, de l\u2019insouciance et de l\u2019arrogance des politiques humaines.<\/p>\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, la mont\u00e9e inexorable des eaux du lac, persistante, bouleverse l\u2019ordre naturel et social du littoral burundais. Le r\u00e9chauffement climatique, certes, est l\u2019un des catalyseurs majeurs de cette trag\u00e9die. Mais il serait d\u2019une coupable na\u00efvet\u00e9 d\u2019en faire le seul responsable. Ce que l\u2019on observe sur les rivages du Tanganyika rel\u00e8ve moins de la fatalit\u00e9 que de l\u2019imprudence syst\u00e9mique. <\/p>\n<p>A force de constructions hasardeuses, d\u2019urbanisme anarchique et de grignotage ill\u00e9gal des berges, les autorit\u00e9s comme les particuliers ont creus\u00e9 leur propre tombe aquatique. Des lotissements entiers ont surgi l\u00e0 o\u00f9 jadis les eaux coulaient librement, entravant les voies naturelles d\u2019\u00e9coulement, provoquant un d\u00e9s\u00e9quilibre hydrologique dont les cons\u00e9quences sont d\u00e9sormais irr\u00e9versibles.<\/p>\n<p>\u00c0 Gatumba, cette ancienne bourgade jadis synonyme de vill\u00e9giature et de prosp\u00e9rit\u00e9 lacustre, ne subsistent aujourd\u2019hui que des vestiges \u00e9l\u00e9giaques, traces fan\u00e9es d\u2019un pass\u00e9 englouti. Les maisons s\u2019effondrent, les rues se transforment en mar\u00e9cages et la vie semble suspendue, dans une attente morne et r\u00e9sign\u00e9e des prochaines crues. <\/p>\n<p>L\u2019eau, implacable, grignote le territoire comme pour le rappeler \u00e0 l\u2019ordre. \u00c0 chaque saison des pluies, les m\u00eames sc\u00e8nes se r\u00e9p\u00e8tent : familles d\u00e9plac\u00e9es, terres agricoles submerg\u00e9es, r\u00e9seaux routiers rompus, \u00e9coles d\u00e9sert\u00e9es.<\/p>\n<p>Les faits sont accablants : depuis quelques ann\u00e9es, des intemp\u00e9ries d\u2019une rare intensit\u00e9 ont contraint des milliers de citoyens \u00e0 fuir leurs habitations pour trouver refuge dans des sites de fortune, eux-m\u00eames engloutis quelques mois plus tard. Il ne s\u2019agit plus d\u2019urgences ponctuelles, mais bien d\u2019une transformation durable du territoire, d\u2019une crise chronique qui appelle des r\u00e9ponses structurelles et strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Or, face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 alarmante, le silence ou l\u2019approximation des autorit\u00e9s tient lieu de politique. Pire encore, certaines initiatives officielles ont contribu\u00e9 \u00e0 aggraver la situation : assainissements mal con\u00e7us, permis de construire octroy\u00e9s dans des zones inondables, voire accaparement ill\u00e9gal des rives par des figures influentes du pouvoir. L\u2019\u00c9tat, qui devrait \u00eatre le garant du bien commun et le rempart contre les p\u00e9rils collectifs, s\u2019\u00e9rige trop souvent en complice passif, voire actif, de la d\u00e9gradation en cours.<\/p>\n<p>Et ce mal ne s\u2019arr\u00eate pas aux fronti\u00e8res. En face, la ville d\u2019Uvira, en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, subit les assauts du m\u00eame fl\u00e9au. L\u00e0 aussi, les eaux du Tanganyika d\u00e9bordent avec une fureur croissante, l\u00e0 aussi l\u2019urbanisation sauvage a scell\u00e9 le destin de quartiers entiers. Le lac, partag\u00e9 entre peuples et nations, exige une solidarit\u00e9 inter\u00e9tatique \u00e0 la hauteur de la menace qu\u2019il incarne d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>Il ne suffit plus de constater, ni de se lamenter. Le temps est venu d\u2019un sursaut responsable. Il faut, en urgence, adopter une planification rigoureuse de l\u2019occupation du sol, restaurer les \u00e9cosyst\u00e8mes riverains, r\u00e9habiliter les zones tampons naturelles et instaurer un moratoire strict sur toute nouvelle construction dans les zones \u00e0 risque. <\/p>\n<p>Les eaux doivent retrouver leurs droits, car il n\u2019y aura pas de paix humaine sans respect de l\u2019ordre naturel.<\/p>\n<p>Ceci se veut donc autant un cri d\u2019alerte qu\u2019un appel \u00e0 la lucidit\u00e9 politique. Le lac Tanganyika, miroir fragile de notre avenir, nous regarde. Et dans ses reflets agit\u00e9s, c\u2019est notre propre image que nous voyons se dissoudre. Puissent les gouvernants comprendre que l\u2019on ne gouverne pas contre la nature. Car lorsqu\u2019elle se rebelle, elle n\u2019offre ni dialogue ni r\u00e9pit seulement la sentence muette d\u2019un monde que l\u2019on n\u2019a pas\u00a0su\u00a0respecter.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-61598 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/lt.jpg\" alt=\"Au sud de la vall\u00e9e du Grand Rift, le lac Tanganyika s\u2019\u00e9tend entre quatre pays, t\u00e9moignant aujourd\u2019hui d\u2019un d\u00e9sastre imminent\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aux confins m\u00e9ridionaux de la vall\u00e9e du Grand Rift, o\u00f9 le lac Tanganyika \u00e9tire son immensit\u00e9 azur\u00e9e entre les berges de quatre nations, se dessine aujourd\u2019hui le visage d\u00e9sol\u00e9 d\u2019un cataclysme annonc\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000061597,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7565],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-37772","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-environnement","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000061597,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/lt_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/lt_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/lt_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/lt_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/lt_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/lt_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37772","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37772"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37772\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000061597"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37772"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37772"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37772"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=37772"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=37772"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}