{"id":37669,"date":"2025-05-16T14:01:09","date_gmt":"2025-05-16T14:01:09","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-diplomatie-feutree-du-President-Angolais-37669\/"},"modified":"2025-05-16T14:01:05","modified_gmt":"2025-05-16T14:01:05","slug":"La-diplomatie-feutree-du-President-Angolais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/La-diplomatie-feutree-du-President-Angolais\/","title":{"rendered":"La diplomatie feutr\u00e9e du Pr\u00e9sident Angolais"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019accueil, en Angola, de l\u2019ex-pr\u00e9sident gabonais Ali Bongo Ondimba et de sa famille, apr\u00e8s leur lib\u00e9ration par les nouvelles autorit\u00e9s de Libreville, constitue un de ces actes \u00e0 la fois feutr\u00e9s et profond\u00e9ment signifiants, o\u00f9 la symbolique diplomatique se double d\u2019une man\u0153uvre politique \u00e0 la port\u00e9e continentale.<\/p>\n<p>Il faut d\u2019abord saluer, sans na\u00efvet\u00e9 mais avec lucidit\u00e9, l\u2019initiative du pr\u00e9sident Jo\u00e3o Louren\u00e7o, chef d\u2019\u00c9tat angolais et pr\u00e9sident en exercice de l\u2019Union africaine, dont l\u2019entregent discret a permis de desserrer le carcan dans lequel \u00e9tait maintenue la famille Bongo depuis le coup d\u2019\u00c9tat du 30 ao\u00fbt 2023. <\/p>\n<p>Car il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019un simple geste humanitaire : il est, en v\u00e9rit\u00e9, l\u2019expression d\u2019une diplomatie de conciliation, men\u00e9e avec le tact des vieilles \u00e9coles, dans une Afrique que l\u2019on dit souvent impulsive mais o\u00f9 se dessinent, en sourdine, des \u00e9quilibres d\u2019une rare subtilit\u00e9.<\/p>\n<p>{{Une sortie par le velours}}<\/p>\n<p>La figure d\u2019Ali Bongo, d\u00e9chu apr\u00e8s pr\u00e8s de quatorze ann\u00e9es de r\u00e8gne, semblait promise \u00e0 l\u2019oubli ou \u00e0 l\u2019humiliation d\u2019une justice expiatoire. L\u2019homme, diminu\u00e9 par un AVC, confin\u00e9 dans les palais et les non-dits, \u00e9tait devenu le spectre de sa propre puissance. <\/p>\n<p>Sa lib\u00e9ration, qui co\u00efncide avec une volont\u00e9 manifeste des nouvelles autorit\u00e9s gabonaises de tourner la page sans trop en froisser les feuillets, sugg\u00e8re que le g\u00e9n\u00e9ral-pr\u00e9sident Brice Oligui Nguema entend gouverner dans l\u2019\u00e9quilibre plus que dans la revanche.<\/p>\n<p>En Angola, terre d\u2019exil paradoxale, car longtemps elle-m\u00eame ravag\u00e9e par la guerre civile, le choix de Luanda n\u2019est pas fortuit. C\u2019est une capitale o\u00f9 se brassent les influences, les ambitions et les m\u00e9moires crois\u00e9es. En accueillant la famille Bongo, le pouvoir angolais s\u2019offre non seulement en garant d\u2019une certaine paix post-transitionnelle, mais aussi en m\u00e9diateur cr\u00e9dible dans les querelles intestines des r\u00e9gimes francophones d\u2019Afrique centrale. Jo\u00e3o Louren\u00e7o, en fin strat\u00e8ge, s\u2019\u00e9rige ainsi en acteur pond\u00e9rateur, soucieux de pr\u00e9server les formes sans entraver les r\u00e9formes.<\/p>\n<p>{{La fin d\u2019un cycle dynastique}}<\/p>\n<p>Il serait illusoire de croire que cette expatriation volontariste signe une quelconque r\u00e9habilitation morale de l\u2019ex-pr\u00e9sident gabonais. Le legs de la dynastie Bongo, entam\u00e9e en 1967 avec l\u2019av\u00e8nement d\u2019Omar Bongo, p\u00e8re fondateur du &#8220;syst\u00e8me&#8221;, reste entach\u00e9 d\u2019une gestion patrimoniale de l\u2019\u00c9tat, d\u2019un n\u00e9potisme structurel et d\u2019une propension presque baroque \u00e0 la confusion des genres entre biens publics et int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. <\/p>\n<p>Mais c\u2019est justement parce que ce cycle est clos que la transition gabonaise semble pouvoir s\u2019op\u00e9rer sans la vengeance ni le tumulte.<\/p>\n<p>Le geste angolais s\u2019inscrit donc dans une logique de d\u00e9sescalade symbolique, une mani\u00e8re de pr\u00e9server, pour demain, les possibilit\u00e9s d\u2019un dialogue national apais\u00e9. En cela, cette lib\u00e9ration et cet accueil r\u00e9v\u00e8lent que, dans l\u2019Afrique contemporaine, les mutations politiques n\u2019ob\u00e9issent plus n\u00e9cessairement au seul prisme des ruptures brutales. Elles peuvent d\u00e9sormais emprunter le chemin plus incertain, mais \u00f4 combien plus f\u00e9cond, des reconfigurations patientes, sous le regard vigilant mais discret des pairs du continent.<\/p>\n<p>{{Vers une diplomatie des \u00e9quilibres}}<\/p>\n<p>Ce moment, qui pourrait sembler anodin pour les observateurs press\u00e9s, incarne en r\u00e9alit\u00e9 une inflexion notable dans la mani\u00e8re dont les crises post-coup d\u2019\u00c9tat sont g\u00e9r\u00e9es sur le continent africain. Moins de condamnations tonitruantes, plus de canaux de m\u00e9diation. Moins d\u2019excommunications politiques, plus de passerelles discr\u00e8tes. L\u2019Union africaine, souvent tax\u00e9e d\u2019inaction, retrouve ici, par la volont\u00e9 de l\u2019un de ses dirigeants les plus avis\u00e9s, une posture de r\u00e9gulation douce, qui ne juge pas mais pr\u00e9vient, qui n\u2019incrimine pas mais pacifie.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Ali Bongo en Angola marque moins une fuite qu\u2019un arrachement symbolique \u00e0 un syst\u00e8me r\u00e9volu. Le geste de Luanda est \u00e0 lire comme l\u2019un de ces signaux faibles, porteurs d\u2019un continent qui s\u2019\u00e9mancipe peu \u00e0 peu des logiques binaires de la force et de la faiblesse, de la fid\u00e9lit\u00e9 et de la trahison. <\/p>\n<p>C\u2019est un continent o\u00f9 les exils dor\u00e9s peuvent parfois valoir mieux que les proc\u00e8s spectaculaires ; o\u00f9 la discr\u00e9tion peut \u00eatre plus f\u00e9conde que la surench\u00e8re.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 l\u2019ombre des capitales o\u00f9 se d\u00e9cident encore trop souvent les destins des peuples sans leur consentement, un autre r\u00e9cit s\u2019\u00e9crit, celui d\u2019une Afrique qui, lentement, s\u2019enseigne la sagesse du long terme.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-61104 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/ab-3.jpg\" alt=\"L\u2019accueil d\u2019Ali Bongo en Angola, apr\u00e8s sa lib\u00e9ration, m\u00eale geste diplomatique discret et man\u0153uvre politique \u00e0 port\u00e9e continentale\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le th\u00e9\u00e2tre instable des transitions post-autoritaires, o\u00f9 le vacarme des armes succ\u00e8de \u00e0 celui des harangues pr\u00e9sidentielles, rares sont les gestes empreints d\u2019une gravit\u00e9 digne des \u00e2ges classiques du droit des gens. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000061103,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-37669","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000061103,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ab_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ab_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ab_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ab_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ab_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/ab_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37669","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37669"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37669\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000061103"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37669"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37669"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37669"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=37669"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=37669"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}