{"id":37661,"date":"2025-05-16T11:08:31","date_gmt":"2025-05-16T11:08:31","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Quand-la-violence-se-derobe-a-l-uniforme-en-RDC-37661\/"},"modified":"2025-05-16T11:05:29","modified_gmt":"2025-05-16T11:05:29","slug":"Quand-la-violence-se-derobe-a-l-uniforme-en-RDC","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Quand-la-violence-se-derobe-a-l-uniforme-en-RDC\/","title":{"rendered":"Quand la violence se d\u00e9robe \u00e0 l\u2019uniforme en RDC"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019\u00c9tat militaire congolais, jadis colonne vert\u00e9brale de l\u2019\u00e9difice r\u00e9publicain, semble aujourd\u2019hui s\u2019engager dans une lente mais inexorable d\u00e9sagr\u00e9gation, dont les spasmes meurtriers, tels que ce triple homicide entre fr\u00e8res d\u2019armes, ne sont que l\u2019expression la plus brutale et la plus symptomatique. <\/p>\n<p>\u00c0 mesure que se brouille la ligne entre l\u2019ordre institu\u00e9 et l\u2019anarchie rampante, entre la souverainet\u00e9 l\u00e9gitime et la pr\u00e9dation en uniforme, se dessine un th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres o\u00f9 la R\u00e9publique, d\u00e9pouill\u00e9e de sa majest\u00e9, vacille dans les reflets de ses propres armes retourn\u00e9es contre elle. Ce n\u2019est plus seulement la hi\u00e9rarchie militaire qui s\u2019effondre, mais le principe m\u00eame d\u2019une verticalit\u00e9 morale cens\u00e9e ordonner la force et en canaliser l\u2019usage. <\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 l\u2019uniforme \u00e9tait le sceau du devoir et de l\u2019abn\u00e9gation, il devient l\u2019apparat sinistre d\u2019une d\u00e9rive, le masque d\u2019une violence sans transcendance ni finalit\u00e9 autre que sa propre reproduction.<br \/>\nAinsi, aux confins de l\u2019Ordre, l\u00e0 o\u00f9 le chaos s\u2019insinue dans les pores de l\u2019institution, c\u2019est l\u2019ombre port\u00e9e de la R\u00e9publique que l\u2019on aper\u00e7oit, longue, tremblante, fun\u00e8bre, projet\u00e9e par les flamm\u00e8ches de l\u2019autorit\u00e9 vacillante, comme une ant\u00e9figure du naufrage qui menace de se faire total.<\/p>\n<p>Aux premi\u00e8res lueurs du jour de ce 15 mai 2025, avant que ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve le tumulte des art\u00e8res de Kinshasa, une rumeur sinistre a travers\u00e9 la cit\u00e9 : celle d\u2019un carnage fratricide perp\u00e9tr\u00e9 dans le silence de la nuit, au sein m\u00eame de l\u2019institution cens\u00e9e incarner la discipline, la loyaut\u00e9 et la d\u00e9fense de la R\u00e9publique. <\/p>\n<p>Trois soldats de la Police militaire sont tomb\u00e9s sous les balles d\u2019un militaire de la Garde r\u00e9publicaine, bras arm\u00e9 du pouvoir, pourtant aujourd\u2019hui bras meurtrier d\u2019une R\u00e9publique qui semble se consumer par ses propres nerfs.<\/p>\n<p>Que faut-il entendre dans le fracas de cette d\u00e9tonation survenue au camp Babylone, dans la commune de Kitambo ? Que signifie ce geste insens\u00e9, cette irruption de la mort au c\u0153ur m\u00eame de l&#8217;appareil s\u00e9curitaire ? Il serait vain de le r\u00e9duire \u00e0 un simple &#8220;incident&#8221;, comme le jargon militaire voudrait nous y accoutumer. <\/p>\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un signe plus profond, plus grave, d\u2019une d\u00e9liquescence qui ne dit pas son nom mais dont les sympt\u00f4mes se r\u00e9p\u00e8tent, de Kinshasa \u00e0 Lubumbashi, de Kasumbalesa et ailleurs.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est plus seulement l\u2019indiscipline qui mine nos corps en uniforme. C\u2019est l\u2019\u00e9rosion du sens m\u00eame de leur mission. Le soldat, au lieu d\u2019\u00eatre gardien de l\u2019ordre, devient son fossoyeur ; l\u2019homme en treillis, cens\u00e9 incarner l\u2019autorit\u00e9 l\u00e9gitime, se mue en pr\u00e9dateur nocturne. <\/p>\n<p>La violence qui gangr\u00e8ne la soci\u00e9t\u00e9 congolaise n\u2019\u00e9pargne plus ceux qui, jadis, en \u00e9taient les remparts. Kulunas ou militaires : les figures de l\u2019arbitraire se confondent d\u00e9sormais dans une indistinction d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. L\u2019uniforme ne prot\u00e8ge plus la R\u00e9publique, il la trahit, parfois \u00e0 chaque coin de rue.<\/p>\n<p>L\u2019ampleur de la r\u00e9ponse s\u00e9curitaire, cinq heures de quadrillage, tirs nourris, dispositif exceptionnel, ne saurait occulter la faillite morale qui se profile. L\u2019homme arr\u00eat\u00e9, retranch\u00e9 dans un chantier abandonn\u00e9, n\u2019est pas qu\u2019un soldat \u00e9gar\u00e9 : il est le r\u00e9v\u00e9lateur tragique d\u2019un ordre militaire dont les fondements vacillent. <\/p>\n<p>Ce triple homicide n\u2019est pas un accident, c\u2019est un sympt\u00f4me. Le sympt\u00f4me d\u2019un corps arm\u00e9 qui, rong\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur, devient source de chaos plut\u00f4t que de stabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans un pays o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e et la police sont d\u00e9j\u00e0 per\u00e7ues par les populations comme des agents d\u2019oppression plus que de protection, ces faits ne sont pas anodins. Ils participent d\u2019un climat de m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, d\u2019une d\u00e9sagr\u00e9gation du lien civilo-militaire, d\u2019une brutalisation rampante du tissu social. <\/p>\n<p>Quand le citoyen redoute autant l\u2019homme en arme que le d\u00e9linquant de rue, c\u2019est que l\u2019\u00c9tat a perdu le monopole l\u00e9gitime de la violence ou pire, qu\u2019il l\u2019a perverti.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo ne peut plus se permettre d\u2019ignorer ces signaux d\u2019alarme. Une enqu\u00eate militaire, aussi scrupuleuse soit-elle, ne suffira pas \u00e0 restaurer la confiance. Il faut une r\u00e9forme en profondeur, une introspection institutionnelle, une r\u00e9habilitation du sens de l\u2019uniforme. Il faut redonner \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et \u00e0 la police non seulement des moyens, mais un ethos, une \u00e9thique, une conscience, un honneur.<\/p>\n<p>Car \u00e0 d\u00e9faut d\u2019un sursaut de lucidit\u00e9 et de rigueur, les armes continueront \u00e0 se retourner non pas contre les ennemis de la R\u00e9publique, mais contre ses propres enfants. Et dans cette inversion fatale, c\u2019est la promesse r\u00e9publicaine elle-m\u00eame qui se dissout dans le sang, le silence et l\u2019oubli.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-61088 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/mk-2.jpg\" alt=\"L\u2019\u00c9tat militaire congolais, jadis colonne vert\u00e9brale de l\u2019\u00e9difice r\u00e9publicain, semble aujourd\u2019hui s\u2019engager dans une lente mais inexorable d\u00e9sagr\u00e9gation\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le tumulte assourdi des nations vacillantes, lorsque les institutions cens\u00e9es incarner l\u2019autorit\u00e9 supr\u00eame se fissurent sous le poids de leur propre abandon, c\u2019est \u00e0 l\u2019observateur attentif qu\u2019il revient de lire, dans les interstices du r\u00e9el, les signes pr\u00e9curseurs de l\u2019ab\u00eeme. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000061087,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-37661","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000061087,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mk_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mk_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mk_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mk_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mk_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/mk_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37661","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37661"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37661\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000061087"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37661"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37661"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37661"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=37661"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=37661"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}