{"id":37651,"date":"2025-05-15T12:33:36","date_gmt":"2025-05-15T12:33:36","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/L-ombre-de-Canossa-sur-Volodymyr-Zelensky-37651\/"},"modified":"2025-05-15T12:30:49","modified_gmt":"2025-05-15T12:30:49","slug":"L-ombre-de-Canossa-sur-Volodymyr-Zelensky","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/L-ombre-de-Canossa-sur-Volodymyr-Zelensky\/","title":{"rendered":"L\u2019ombre de Canossa sur Volodymyr Zelensky"},"content":{"rendered":"<p>Ce jeudi, \u00e0 Istanbul, des \u00e9missaires sans visage ni autorit\u00e9 v\u00e9ritable se r\u00e9unissent autour d\u2019une table d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment orpheline de ceux dont la volont\u00e9 pourrait infl\u00e9chir le cours des choses. Ce ne sont point des n\u00e9gociations, mais un rituel. Non une perc\u00e9e, mais une liturgie d\u2019impuissance.<\/p>\n<p>Car l\u2019absence de Vladimir Poutine, factuelle et symbolique, \u00f4te \u00e0 cette rencontre l\u2019essentiel de sa substance. En refusant le face-\u00e0-face sollicit\u00e9 par Volodymyr Zelensky, le ma\u00eetre du Kremlin ne fait pas seulement obstacle au dialogue : il r\u00e9affirme la verticalit\u00e9 absolue de son pouvoir, et signifie au monde que l\u2019issue du conflit ne se jouera ni \u00e0 Istanbul, ni dans les salons du minist\u00e8re turc des Affaires \u00e9trang\u00e8res, mais sur les lignes de front et dans l\u2019arri\u00e8re-cour strat\u00e9gique de l\u2019Eurasie. <\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident ukrainien, quant \u00e0 lui, multiplie les appels aux puissances occidentales dans une posture qui confine \u00e0 la supplique, tandis que son arm\u00e9e s\u2019\u00e9puise dans une guerre de positions dont l\u2019issue semble s\u2019\u00e9loigner \u00e0 mesure que les mois s\u2019\u00e9gr\u00e8nent.<\/p>\n<p>Les raisons de l\u2019agression russe ne sauraient \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 une lecture conjoncturelle. Elles plongent leurs racines dans une matrice id\u00e9ologique archa\u00efque, nourrie de ressentiment imp\u00e9rial et de fantasmes de reconstitution d\u2019un espace civilisationnel pr\u00e9tendument menac\u00e9. <\/p>\n<p>L\u2019obsession poutinienne pour une Ukraine \u00ab neutralis\u00e9e \u00bb, soustraite \u00e0 l\u2019influence euro-atlantique, s\u2019arrime \u00e0 une vision de l\u2019histoire qui nie \u00e0 Kiev toute l\u00e9gitimit\u00e9 autonome. \u00c0 cela s\u2019ajoute un imp\u00e9ratif g\u00e9ostrat\u00e9gique : sanctuariser la profondeur russe en cr\u00e9ant un glacis s\u00e9curitaire, quitte \u00e0 an\u00e9antir, par le feu et le fer, un voisin dont la seule volont\u00e9 de se tourner vers l\u2019Europe constitue, aux yeux de Moscou, une provocation existentielle.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 cette agression s\u2019ajoute, en miroir, l\u2019aveu d\u2019un \u00e9chec europ\u00e9en. Car l\u2019Union europ\u00e9enne, dans son id\u00e9alisme proc\u00e9durier et sa diplomatie morcel\u00e9e, a depuis longtemps renonc\u00e9 \u00e0 penser la puissance. Incapable d\u2019\u00e9laborer une doctrine commune sur la s\u00e9curit\u00e9 du continent, elle a r\u00e9agi \u00e0 l\u2019invasion de 2022 dans l\u2019urgence, par salves de sanctions \u00e9conomiques et d\u2019aides militaires timor\u00e9es, sans jamais oser prendre la mesure strat\u00e9gique du conflit. Ce d\u00e9ficit de vision, cette paralysie conceptuelle face au tragique de l\u2019Histoire, ont laiss\u00e9 l\u2019Ukraine seule, sinon sur le terrain, du moins dans les choix existentiels qui s\u2019imposent \u00e0 elle.<\/p>\n<p>Ankara, pour sa part, joue les \u00e9quilibristes. Recep Tayyip Erdogan, figure ambivalente d\u2019un autoritarisme opportuniste, s\u2019emploie \u00e0 endosser le r\u00f4le de m\u00e9diateur entre les puissances rivales, tout en entretenant avec Moscou un partenariat \u00e9nerg\u00e9tique et militaire que nul ne peut ignorer. <\/p>\n<p>La Turquie cherche moins \u00e0 pacifier qu\u2019\u00e0 capitaliser sur le d\u00e9sordre, offrant un espace de dialogue qui n\u2019engage \u00e0 rien, mais flatte les ambitions r\u00e9gionales d\u2019un pouvoir d\u00e9sireux de r\u00e9affirmer sa centralit\u00e9 dans le concert des nations.<\/p>\n<p>Et pourtant, derri\u00e8re les vitres blind\u00e9es des h\u00f4tels d\u2019Istanbul, les chances de succ\u00e8s de ces pourparlers restent infimes. Non que la paix soit illusoire par essence mais parce qu\u2019aucune des conditions objectives ne semble r\u00e9unie pour qu\u2019un compromis \u00e9merge. <\/p>\n<p>Kiev ne peut c\u00e9der sur son int\u00e9grit\u00e9 territoriale sans trahir les morts de Boutcha, Marioupol ou Kharkiv. Moscou, aur\u00e9ol\u00e9 de ses avanc\u00e9es tactiques et prisonni\u00e8re de sa propre propagande, ne reculera que si la pression devient intenable ce qu\u2019aucune puissance n\u2019ose aujourd\u2019hui garantir. Les \u00c9tats-Unis, tourn\u00e9s vers leurs \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales et tiraill\u00e9s par une ligne strat\u00e9gique h\u00e9sitante, envoient des signaux contradictoires. <\/p>\n<p>L\u2019Europe, quant \u00e0 elle, menace, sanctionne, mais tarde \u00e0 comprendre que sa cr\u00e9dibilit\u00e9 se joue d\u00e9sormais non dans les d\u00e9clarations, mais dans les actes d\u00e9cisifs.<\/p>\n<p>Ainsi, la rencontre d\u2019Istanbul s\u2019apparente davantage \u00e0 une suspension du conflit dans les mots qu\u2019\u00e0 une avanc\u00e9e vers la paix. Elle sera, au mieux, un th\u00e9\u00e2tre d\u2019\u00e9nonciations prudentes, un r\u00e9ceptacle de griefs, un lieu d\u2019usure diplomatique suppl\u00e9mentaire. Les vraies n\u00e9gociations, si elles doivent advenir, ne pourront avoir lieu que lorsqu\u2019une transformation profonde des \u00e9quilibres militaires, politiques, narratifs aura eu lieu. <\/p>\n<p>Lorsque l\u2019un des protagonistes, ou plusieurs, auront renonc\u00e9 \u00e0 leurs certitudes de victoire. Lorsque le tragique aura cess\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u2019unique langage de la g\u00e9opolitique europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>D\u2019ici l\u00e0, Istanbul ne sera pas Yalta. Et la paix, h\u00e9las, restera un mirage, sacralis\u00e9 dans les chancelleries, trahi sur les champs de bataille.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-61064 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/vz.jpg\" alt=\"Un mill\u00e9naire apr\u00e8s Canossa, une nouvelle sc\u00e8ne de diplomatie d\u00e9faillante se joue \u00e0 Istanbul, o\u00f9 l\u2019Ukraine attend en vain des signes de paix d\u2019une Russie absente et inflexible\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e8s d\u2019un mill\u00e9naire apr\u00e8s l\u2019humiliation de Canossa, c\u2019est sur les rives du Bosphore que se rejoue, dans un d\u00e9cor feutr\u00e9 et une atmosph\u00e8re satur\u00e9e de faux-semblants, une sc\u00e8ne de diplomatie sinistr\u00e9e o\u00f9 l\u2019Ukraine, transie d\u2019attente, implore des gages de paix \u00e0 une Russie absente, cynique et inflexible. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000061063,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-37651","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000061063,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/vz_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/vz_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/vz_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/vz_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/vz_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/vz_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37651","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37651"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37651\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000061063"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37651"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37651"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37651"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=37651"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=37651"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}