{"id":37575,"date":"2025-05-06T14:09:33","date_gmt":"2025-05-06T14:09:33","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Christian-Bosembe-abdique-l-honneur-au-profit-de-la-flatterie-37575\/"},"modified":"2025-05-06T14:07:55","modified_gmt":"2025-05-06T14:07:55","slug":"Christian-Bosembe-abdique-l-honneur-au-profit-de-la-flatterie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Christian-Bosembe-abdique-l-honneur-au-profit-de-la-flatterie\/","title":{"rendered":"Christian Bosembe abdique l\u2019honneur au profit de la flatterie"},"content":{"rendered":"<p>Elle dissimule sa trahison sous les oripeaux du protocole, travestit la complaisance en loyaut\u00e9, et sacrifie la lucidit\u00e9 sur l\u2019autel d\u2019un carri\u00e9risme maquill\u00e9 en fid\u00e9lit\u00e9 institutionnelle. Ce n\u2019est plus alors l\u2019homme libre qui s\u2019exprime, mais le courtisan qui s\u2019agenouille\u202f; non plus le citoyen habit\u00e9 par l\u2019\u00e9thique du verbe, mais le laudateur obs\u00e9quieux, pour qui flatter le Prince vaut mieux que servir la R\u00e9publique. <\/p>\n<p>Ainsi, sous couvert d\u2019\u00e9loquence, ce n\u2019est plus la v\u00e9rit\u00e9 qui rayonne, mais le renoncement qui s\u2019exhibe avec superbe, comme si l\u2019on pouvait maquiller la servitude en vertu civique sans offenser \u00e0 jamais l\u2019intelligence et la m\u00e9moire des justes.<\/p>\n<p>Il est des m\u00e9tamorphoses qui suscitent la stupeur, non parce qu\u2019elles \u00e9tonnent, mais parce qu\u2019elles d\u00e9\u00e7oivent au plus intime de la conscience morale. <\/p>\n<p>Jadis per\u00e7u comme une figure lucide et intransigeante du paysage m\u00e9diatique congolais, Christian Bosembe, actuel pr\u00e9sident du Conseil sup\u00e9rieur de l\u2019audiovisuel et de la communication (CSAC), s\u2019est r\u00e9cemment distingu\u00e9 par une d\u00e9claration d\u2019une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 consternante, prononc\u00e9e sans ciller devant le chef de l\u2019\u00c9tat. \u00ab\u202fSous votre mandat, aucun journaliste n\u2019a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9, aucun n\u2019a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 ni tortur\u00e9 pour ses opinions, aucune r\u00e9daction n\u2019a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e ni saccag\u00e9e\u202f\u00bb, a-t-il solennellement affirm\u00e9, livrant ainsi \u00e0 l\u2019opinion un \u00e9loge qui confine \u00e0 la pure mystification.<\/p>\n<p>Ce propos, aussit\u00f4t contredit par une r\u00e9alit\u00e9 t\u00eatue et cruellement document\u00e9e, jette une lumi\u00e8re crue sur l\u2019ab\u00eeme moral dans lequel certains intellectuels et responsables publics semblent consentir \u00e0 se noyer. Car enfin, faut-il rappeler que sous le r\u00e9gime actuel, journalistes, militants et opposants n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019\u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s, brutalis\u00e9s, r\u00e9duits au silence ou condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019exil int\u00e9rieur ? <\/p>\n<p>Les voix libres de la presse sont traqu\u00e9es, la soci\u00e9t\u00e9 civile b\u00e2illonn\u00e9e, et les coups d\u2019\u00e9clat r\u00e9pressifs se sont multipli\u00e9s dans l\u2019ombre d\u2019une fa\u00e7ade d\u00e9mocratique savamment entretenue. Que dire, par exemple, du dernier barom\u00e8tre publi\u00e9 par Reporters sans fronti\u00e8res, que la journaliste Paulette Kimuntu ne cesse d\u2019opposer, tel un miroir implacable, aux propos de Bosembe ? <\/p>\n<p>Ce rapport, froid et accablant, met en lumi\u00e8re la d\u00e9gradation persistante de la libert\u00e9 de la presse en RDC, rel\u00e9guant au rang de fable toute tentative d\u2019auto-glorification institutionnelle.<\/p>\n<p>Comment expliquer alors cette volte-face d\u2019un homme qui, il n\u2019y a pas si longtemps, pr\u00e9tendait instruire la jeunesse aux vertus de l\u2019\u00e9thique, \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance d\u2019esprit, \u00e0 la droiture civique ? Comment comprendre que celui qui se faisait jadis chantre de la v\u00e9rit\u00e9 se mue d\u00e9sormais en thurif\u00e9raire z\u00e9l\u00e9, pr\u00eat \u00e0 pi\u00e9tiner l\u2019\u00e9vidence pour quelques instants de faveur aupr\u00e8s du tr\u00f4ne pr\u00e9sidentiel ? Le flatteur, disait La Bruy\u00e8re, \u00ab n\u2019a point d\u2019amis \u00bb, car il trahit tous les liens, y compris celui qui le rattache \u00e0 la m\u00e9moire de ses propres convictions.<\/p>\n<p>Ce reniement spectaculaire est d\u2019autant plus affligeant qu\u2019il ne s\u2019inscrit pas dans une strat\u00e9gie id\u00e9ologique, mais bien dans une servilit\u00e9 tactique, un abaissement de soi devant la puissance, devenu trop commun dans les all\u00e9es du pouvoir congolais. En se faisant le chantre d\u2019un r\u00e9gime dont les exactions \u00e0 l\u2019endroit des journalistes et des opposants sont non seulement r\u00e9elles mais r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, Christian Bosembe ne se contente pas de nier les faits\u202f: il leur inflige une seconde violence, celle du d\u00e9ni public, celle de l\u2019effacement symbolique des victimes, dont les noms, les blessures et les deuils sont ray\u00e9s au profit d\u2019un r\u00e9cit r\u00e9\u00e9crit \u00e0 la gloire du Prince.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas interdit de changer d\u2019opinion. Il n\u2019est pas m\u00eame interdit de se tromper. Mais il est des mensonges qui ne rel\u00e8vent pas de l\u2019erreur intellectuelle\u202f: ils rel\u00e8vent de la compromission morale. Et quand ils \u00e9manent d\u2019un homme charg\u00e9 d\u2019arbitrer le destin \u00e9thique de la parole publique, ils prennent une dimension tragique. <\/p>\n<p>A l\u2019heure o\u00f9 la RDC a besoin de lucidit\u00e9, de courage, et d\u2019authenticit\u00e9 pour affronter ses d\u00e9mons, le silence complice ou la parole int\u00e9ress\u00e9e deviennent des crimes contre la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Il est grand temps de rappeler que l\u2019honneur ne se n\u00e9gocie pas, que la libert\u00e9 de la presse ne se confisque pas \u00e0 coups d\u2019hommages vides, et que la m\u00e9moire des victimes ne se dissout pas dans les vapeurs de la flatterie. <\/p>\n<p>Le peuple congolais n\u2019a que faire des pan\u00e9gyristes. Il r\u00e9clame des vigiles de la conscience, des t\u00e9moins droits, et des voix qui refusent de courber l\u2019\u00e9chine devant les puissances du jour.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-60733 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/cb-3.jpg\" alt=\"Christian Bosembe, pr\u00e9sident du Conseil Sup\u00e9rieur de l\u2019Audiovisuel et de la Communication de la RDC\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9loquence de la servitude n\u2019est pas une simple d\u00e9faillance de jugement\u202f: elle est cette liturgie perverse par laquelle l\u2019intelligence abdique devant le pouvoir, et la parole, jadis arme de v\u00e9rit\u00e9, devient l\u2019instrument raffin\u00e9 de l\u2019assujettissement. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000060732,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-37575","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000060732,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cb_cp-4.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cb_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cb_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cb_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cb_cp-4.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/cb_cp-4.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37575","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37575"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37575\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000060732"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37575"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37575"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37575"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=37575"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=37575"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}