{"id":37567,"date":"2025-05-05T13:24:22","date_gmt":"2025-05-05T13:24:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Nicolas-Kazadi-ou-le-prix-du-reniement-37567\/"},"modified":"2025-05-05T13:22:25","modified_gmt":"2025-05-05T13:22:25","slug":"Nicolas-Kazadi-ou-le-prix-du-reniement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Nicolas-Kazadi-ou-le-prix-du-reniement\/","title":{"rendered":"Nicolas Kazadi ou le prix du reniement"},"content":{"rendered":"<p>En \u00e9ventrant m\u00e9taphoriquement le &#8220;boa&#8221; du r\u00e9gime en place cette entit\u00e9 vorace et sinueuse, symbole d\u2019un pouvoir enveloppant, constricteur et insatiable, il d\u00e9voile avec une gravit\u00e9 implacable les ressorts souterrains d\u2019une gouvernance livr\u00e9e \u00e0 l\u2019ivresse du lucre et \u00e0 la dilution du sens r\u00e9publicain. <\/p>\n<p>A travers cette prise de parole qui rel\u00e8ve moins de la confession que du r\u00e9quisitoire, Kazadi se d\u00e9solidarise in extremis d\u2019un \u00e9difice qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9difier, mais dont il d\u00e9nonce d\u00e9sormais la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence : un appareil \u00e9tatique parasit\u00e9 par des logiques de rente, organis\u00e9 pour la satisfaction d\u2019une \u00e9lite cupide et indiff\u00e9rente au d\u00e9sastre social qu\u2019elle entretient. <\/p>\n<p>Ce faisant, il ne se contente pas de livrer un constat accablant ; il exhorte, en creux, \u00e0 une forme de catharsis nationale, seule capable de purger la R\u00e9publique des forces d\u2019inertie et d\u2019impunit\u00e9 qui la condamnent \u00e0 l\u2019implosion morale.<\/p>\n<p>C\u2019est dans une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e diffus\u00e9e ce week-end, face \u00e0 la journaliste Paulette Kimuntu, que Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et haut cadre de l\u2019Union pour la D\u00e9mocratie et le Progr\u00e8s Social (UDPS), a bris\u00e9 l\u2019omerta. Avec une lucidit\u00e9 cinglante, le technocrate pass\u00e9 par les arcanes du pouvoir a livr\u00e9 un r\u00e9quisitoire implacable contre la gouvernance du r\u00e9gime de F\u00e9lix Tshisekedi, dont il fut pourtant l\u2019un des visages les plus repr\u00e9sentatifs.<\/p>\n<p>Sans fioritures, Kazadi confesse, certes de mani\u00e8re implicite, mais avec une clart\u00e9 qui ne laisse aucune \u00e9quivoque, que la gestion du pays sous la houlette de l\u2019UDPS repose sur des m\u00e9canismes structurellement vici\u00e9s : jouissance effr\u00e9n\u00e9e du pouvoir, prolif\u00e9ration des circuits de corruption, institutionnalisation des r\u00e9trocommissions et dilapidation syst\u00e9matique des deniers publics. A ses yeux, il ne s\u2019agit pas de d\u00e9rives isol\u00e9es mais d\u2019un syst\u00e8me organis\u00e9, pens\u00e9 pour servir une caste pr\u00e9datrice, au m\u00e9pris du bien commun.<\/p>\n<p>Sur la question du train de vie de l\u2019\u00c9tat, l\u2019ancien argentier du Tr\u00e9sor public va plus loin : en cinq ann\u00e9es de mandat, le Pr\u00e9sident Tshisekedi aurait m\u00e9thodiquement con\u00e7u un \u00e9difice bureaucratique tentaculaire, en multipliant sans \u00e9tude d\u2019impact ni \u00e9valuation pr\u00e9alable des structures \u00e9tatiques redondantes, inefficaces et budg\u00e9tivores. <\/p>\n<p>Ce maillage abscons d\u2019agences, de hauts conseils et de cellules dites \u00ab strat\u00e9giques \u00bb v\u00e9ritables gouffres financiers n\u2019aurait eu d\u2019autre vocation que de fournir rentes et sin\u00e9cures \u00e0 une \u00e9lite compradore, soumise mais repue.<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence est tragiquement limpide : le mot d\u2019ordre fondateur du projet pr\u00e9sidentiel, \u00ab Le peuple d\u2019abord \u00bb, s\u2019est d\u00e9lit\u00e9 en slogan creux, vid\u00e9 de sa substance, rel\u00e9gu\u00e9 dans les limbes des promesses \u00e9lectorales oubli\u00e9es. Le disque, autrefois porteur d\u2019espoirs, tourne d\u00e9sormais \u00e0 vide, \u00e9raill\u00e9 par l\u2019usure du mensonge.<\/p>\n<p>Par cette prise de parole audacieuse, Nicolas Kazadi rejoint, sans d\u00e9tours, la posture critique adopt\u00e9e par Augustin Kabuya, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UDPS, qui d\u00e9clarait en ao\u00fbt dernier : \u00ab La population avait espoir en l\u2019UDPS, croyant que la souffrance prendrait fin avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de cette formation. Aujourd\u2019hui, l\u2019UDPS au pouvoir ne s\u2019int\u00e9resse plus au peuple, mais \u00e0 ses propres int\u00e9r\u00eats et avantages. \u00bb<\/p>\n<p>Il est des moments o\u00f9 les silences s\u2019\u00e9ventrent sous le poids de l\u2019indicible, o\u00f9 les murs de la connivence finissent par laisser \u00e9chapper des aveux que l\u2019histoire attendait. La sortie de Nicolas Kazadi, ancien grand argentier du r\u00e9gime Tshisekedi, s\u2019inscrit dans cette dramaturgie du r\u00e9veil tardif, mais salutaire.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un ancien ministre rompt avec le langage de bois pour d\u00e9noncer, m\u00eame a posteriori, la d\u00e9cadence d\u2019un syst\u00e8me dont il fut partie int\u00e9grante, ce n\u2019est pas tant le cynisme qu\u2019il faut interroger que le d\u00e9sastre moral qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le. Car ce que Kazadi met en lumi\u00e8re, c\u2019est l\u2019\u00e9chec patent d\u2019un pouvoir qui, port\u00e9 par les esp\u00e9rances du peuple, s\u2019est vautr\u00e9 dans l\u2019orgie bureaucratique, le n\u00e9potisme rampant et la d\u00e9sinvolture \u00e9thique.<\/p>\n<p>L\u2019UDPS, jadis symbole de la r\u00e9sistance d\u00e9mocratique, s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9e en appareil pr\u00e9dateur, usant du pouvoir non pour lib\u00e9rer, mais pour capturer. Au lieu de r\u00e9parer l\u2019\u00c9tat, elle l\u2019a colonis\u00e9. Au lieu d\u2019\u00e9manciper le citoyen, elle l\u2019a infantilis\u00e9, noy\u00e9 sous un flot de promesses non tenues, tout en nourrissant une oligarchie ventripotente.<\/p>\n<p>Ce qui transpara\u00eet \u00e0 travers les propos de Kazadi et de Kabuya, c\u2019est un double d\u00e9senchantement : celui des cadres du pouvoir eux-m\u00eames, qui constatent le naufrage id\u00e9ologique de leur parti ; et celui, plus poignant encore, d\u2019un peuple trahi, une fois de plus, par ceux qui pr\u00e9tendaient parler en son nom.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 qui revient la responsabilit\u00e9 de ce d\u00e9sastre ? Aux hommes ou \u00e0 la structure ? \u00c0 la logique du pouvoir ou \u00e0 la culture politique congolaise, rong\u00e9e depuis des d\u00e9cennies par le client\u00e9lisme, la pr\u00e9dation et l\u2019impunit\u00e9 ? Peut-on encore esp\u00e9rer une refondation morale dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la corruption devient une norme implicite, et le service public un moyen d\u2019ascension priv\u00e9e ?<\/p>\n<p>L\u2019heure n\u2019est plus \u00e0 la lamentation mais \u00e0 la r\u00e9clamation : r\u00e9clamation de comptes, de justice et de v\u00e9rit\u00e9. Si les Kazadi d\u2019aujourd\u2019hui veulent \u00eatre cr\u00e9dibles, ils devront non seulement d\u00e9noncer, mais aussi r\u00e9parer. Non seulement parler, mais aussi agir. Car chaque reniement a un prix, et le peuple, lui, l\u2019a d\u00e9j\u00e0 trop pay\u00e9.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-60716 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/nkz.jpg\" alt=\"Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances et figure de proue de l\u2019appareil \u00e9tatique congolais\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une fulgurance verbale rare au sein d\u2019un champ politique souvent gangren\u00e9 par la langue de bois et l\u2019autojustification, Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances et figure de proue de l\u2019appareil \u00e9tatique congolais, s\u2019est r\u00e9cemment mu\u00e9 en Cassandre lucide, osant enfin porter la lumi\u00e8re sur les abysses d\u2019un syst\u00e8me min\u00e9 par la malversation chronique, la corruption tentaculaire et la pr\u00e9dation institutionnalis\u00e9e. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000060715,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-37567","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000060715,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nkz_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nkz_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nkz_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nkz_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nkz_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nkz_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37567","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37567"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37567\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000060715"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37567"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37567"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37567"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=37567"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=37567"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}