{"id":37415,"date":"2025-04-16T16:39:57","date_gmt":"2025-04-16T16:39:57","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-Burundi-ce-fantome-ambulant-37415\/"},"modified":"2025-04-17T19:30:36","modified_gmt":"2025-04-17T19:30:36","slug":"Le-Burundi-ce-fantome-ambulant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-Burundi-ce-fantome-ambulant\/","title":{"rendered":"Le Burundi, ce fant\u00f4me ambulant"},"content":{"rendered":"<p>En v\u00e9rit\u00e9, le Burundi semble livr\u00e9 \u00e0 une occupation endog\u00e8ne, conduite non par des forces \u00e9trang\u00e8res mais par une \u00e9lite pr\u00e9datrice et d\u00e9li\u00e9e de toute culture d\u2019\u00c9tat, qui confond la gestion de la chose publique avec l\u2019appropriation priv\u00e9e des ressources et des leviers de commandement. <\/p>\n<p>L\u2019incomp\u00e9tence, longtemps circonstancielle et ponctuelle, s\u2019y est mu\u00e9e en doctrine tacite, en syst\u00e8me de reproduction du pouvoir o\u00f9 la m\u00e9diocrit\u00e9 se perp\u00e9tue par cooptation, et o\u00f9 l\u2019absence de projet commun se dissimule sous le vernis des discours convenus. <\/p>\n<p>Ce mode d\u2019administration par d\u00e9faut, fond\u00e9 sur la peur, le client\u00e9lisme et la confiscation des espaces de d\u00e9lib\u00e9ration, consacre l\u2019\u00e9chec de l\u2019\u00c9tat comme garant du bien commun et inaugure un r\u00e9gime o\u00f9 le pouvoir n\u2019administre plus qu\u2019au profit d\u2019une minorit\u00e9 repli\u00e9e sur ses privil\u00e8ges et aveugl\u00e9e par son cynisme. <\/p>\n<p>D\u00e8s lors, il ne s\u2019agit plus d\u2019un gouvernement au sens noble du terme, mais d\u2019une occupation dissimul\u00e9e sous les oripeaux de la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>En apparence, le d\u00e9cor institutionnel est intact : un pr\u00e9sident omnipr\u00e9sent dans les c\u00e9r\u00e9moniaux creux et les hommages convenus, un drapeau qui flotte au vent de l\u2019illusion patriotique, un hymne national entonn\u00e9 dans les stades clairsem\u00e9s et les parades officielles, des institutions aux fa\u00e7ades solennelles, et une Constitution dont la solennit\u00e9 imprim\u00e9e contraste cruellement avec son inanit\u00e9 dans les faits. <\/p>\n<p>Tout y est, ou presque, sauf l\u2019essentiel. Pourtant, derri\u00e8re cette sc\u00e9nographie r\u00e9publicaine maintenue \u00e0 grand renfort de propagande et de mises en sc\u00e8ne s\u2019esquisse une r\u00e9alit\u00e9 autrement plus sombre : celle d\u2019un \u00c9tat d\u00e9sincarn\u00e9, vid\u00e9 de sa substance souveraine, r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de coquille bureaucratique o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 n\u2019est plus qu\u2019un simulacre et o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral n\u2019a plus droit de cit\u00e9.<\/p>\n<p>Car ce que l\u2019on observe aujourd\u2019hui au Burundi ne ressemble en rien \u00e0 ce que l\u2019on serait en droit d\u2019attendre d\u2019un \u00c9tat fonctionnel. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une entit\u00e9 politique spectrale, un fant\u00f4me ambulant qui erre dans le concert des nations, porteur d\u2019une souverainet\u00e9 factice et priv\u00e9 de toute capacit\u00e9 r\u00e9gulatrice. <\/p>\n<p>Moins qu\u2019un \u00c9tat-nation, le Burundi semble s\u2019\u00eatre mu\u00e9 en un territoire occup\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur, phagocyt\u00e9 par des \u00e9lites cyniques et pr\u00e9datrices, dont l\u2019unique projet collectif se r\u00e9sume \u00e0 la pr\u00e9servation de leurs int\u00e9r\u00eats particuliers et \u00e0 la captation sans vergogne des ressources publiques.<\/p>\n<p>En observant attentivement ce petit pays enclav\u00e9, le constat s\u2019impose avec une douloureuse \u00e9vidence : la d\u00e9liquescence institutionnelle n\u2019est plus l\u2019exception, elle est devenue le mode ordinaire de gouvernement. <\/p>\n<p>Loin des discours emphatiques servis \u00e0 la tribune des forums continentaux et des c\u00e9nacles onusiens, on d\u00e9couvre une population lasse, \u00e9cras\u00e9e sous le poids d\u2019un quotidien accablant et d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e de toute perspective d\u2019avenir. La jeunesse, jadis ferment des aspirations nationales, a sombr\u00e9 dans une r\u00e9signation muette, oscillant entre exil r\u00eav\u00e9 et soumission oblig\u00e9e. <\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019administration, elle n\u2019est plus qu\u2019un agr\u00e9gat disloqu\u00e9 de client\u00e8les rivales, soumises aux caprices d\u2019un pouvoir clanique o\u00f9 l\u2019all\u00e9geance supplante la comp\u00e9tence, et o\u00f9 l\u2019improvisation fait office de doctrine de gouvernance.<\/p>\n<p>Il n\u2019est gu\u00e8re exag\u00e9r\u00e9 d\u2019affirmer que l\u2019amateurisme, jadis accidentelle ou circonstancielle, s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9e en syst\u00e8me. Pire : elle est d\u00e9sormais revendiqu\u00e9e comme mode op\u00e9ratoire, sanctuaris\u00e9e par une culture politique de la m\u00e9diocrit\u00e9 o\u00f9 toute expertise est suspecte et o\u00f9 toute vell\u00e9it\u00e9 r\u00e9formatrice est imm\u00e9diatement per\u00e7ue comme un acte s\u00e9ditieux. <\/p>\n<p>Le Burundi vit ainsi sous le joug d\u2019une oligarchie arm\u00e9e, d\u00e9tentrice exclusive du monopole de la violence et des pr\u00e9bendes, qui administre le pays non selon un projet de soci\u00e9t\u00e9 mais au gr\u00e9 de ses int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats et de ses strat\u00e9gies de survie.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9litement structurel trouve son expression la plus \u00e9loquente dans la vacuit\u00e9 des politiques publiques. Loin d\u2019\u00eatre con\u00e7ues en fonction des besoins r\u00e9els de la population ou des exigences du d\u00e9veloppement, les d\u00e9cisions se prennent dans l\u2019entre-soi de c\u00e9nacles opaques, o\u00f9 pr\u00e9dominent l\u2019arbitraire, l\u2019opacit\u00e9 et le n\u00e9potisme. <\/p>\n<p>Les secteurs vitaux \u00e9ducation, sant\u00e9, infrastructures sont laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon, tandis que la r\u00e9pression polici\u00e8re et la surveillance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e se renforcent pour \u00e9touffer toute contestation embryonnaire.<\/p>\n<p>Dans ce contexte de d\u00e9sinstitutionnalisation avanc\u00e9e, o\u00f9 la forme \u00e9tatique subsiste mais o\u00f9 la fonction a disparu, une interrogation lancinante s\u2019impose : le Burundi est-il encore gouvern\u00e9 ?<br \/>\nNon pas par une puissance \u00e9trang\u00e8re, mais par ses propres \u00e9lites, dans un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019occupation endog\u00e8ne, o\u00f9 la d\u00e9possession du peuple se double d\u2019un accaparement syst\u00e9matique des leviers de pouvoir et des ressources nationales.<\/p>\n<p>Ainsi va ce pays-fant\u00f4me, survivant \u00e0 lui-m\u00eame, perp\u00e9tuant les rituels d\u2019une souverainet\u00e9 en trompe-l\u2019\u0153il, dans l\u2019indiff\u00e9rence feutr\u00e9e des chancelleries et sous le regard r\u00e9sign\u00e9 d\u2019un peuple prisonnier d\u2019un \u00c9tat devenu \u00e9tranger \u00e0 sa propre vocation. <\/p>\n<p>A moins d\u2019un sursaut historique, port\u00e9 par une g\u00e9n\u00e9ration capable de r\u00e9inventer un projet national f\u00e9d\u00e9rateur, le Burundi risque de demeurer cet inqui\u00e9tant oxymore : une nation sans \u00c9tat, un territoire sans gouvernance, un nom sans substance.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-60187 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/nv.jpg\" alt=\"Evariste Ndayishimiye, pr\u00e9sident du Burundi\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Burundi est-il v\u00e9ritablement gouvern\u00e9 ? Telle est la question lancinante que soul\u00e8ve l\u2019observation attentive du Burundi contemporain, o\u00f9 l\u2019apparence du pouvoir dissimule mal la vacuit\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9. Car ce que l\u2019on nomme ici \u00ab gouvernance \u00bb n\u2019est plus qu\u2019une fiction administrative, un th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres o\u00f9 des figures install\u00e9es au sommet des institutions exercent moins un mandat qu\u2019elles n\u2019occupent des postes. <\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000060186,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-37415","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000060186,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/nv_cp.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37415","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37415"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37415\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000060186"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37415"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37415"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37415"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=37415"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=37415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}