{"id":37324,"date":"2025-04-07T11:14:29","date_gmt":"2025-04-07T11:14:29","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-jour-ou-tout-a-bascule-37324\/"},"modified":"2025-04-08T17:56:08","modified_gmt":"2025-04-08T17:56:08","slug":"Le-jour-ou-tout-a-bascule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-jour-ou-tout-a-bascule\/","title":{"rendered":"Le jour o\u00f9 tout a bascul\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019une des premi\u00e8res initiatives des miliciens fut de chercher un moyen d\u2019exterminer les Tutsi r\u00e9fugi\u00e9s au stade Amahoro, \u00e0 Remera \u2014 un lieu alors consid\u00e9r\u00e9 comme s\u00fbr car plac\u00e9 sous la protection des troupes de la Mission des Nations unies pour l\u2019assistance au Rwanda (MINUAR).<\/p>\n<p>Ce plan fut d\u00e9jou\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 des affrontements entre les Forces du Front Patriotique Rwandais (FPR-Inkotanyi) et les soldats de la garde pr\u00e9sidentielle, permettant ainsi \u00e0 la majorit\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s \u2014 Tutsis et autres \u2014 de survivre.<\/p>\n<p>Parmi les rescap\u00e9s figurait Fran\u00e7ois Veriter, un consultant belge en gouvernance, charg\u00e9 d\u2019\u00e9valuer des projets financ\u00e9s par le Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement (PNUD) au Rwanda.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame jour, le major Aloys Ntabakuze, commandant du bataillon des para-commandos stationn\u00e9 au camp militaire de Kanombe, donna l\u2019ordre \u00e0 ses hommes d\u2019ex\u00e9cuter tous les Tutsi et les opposants au r\u00e9gime vivant aux abords du camp, notamment dans le quartier de Kajagari.<\/p>\n<p>\u00c0 Remera, dix-sept Tutsis \u2014 parmi eux des pr\u00eatres et des religieuses \u2014 furent assassin\u00e9s au Centre Christus des P\u00e8res J\u00e9suites. Parmi les victimes figurait le P\u00e8re Chrysologue Mahame, j\u00e9suite de 67 ans, directeur du centre et cofondateur de l\u2019Association des Volontaires de la Paix (AVP), une organisation engag\u00e9e dans la d\u00e9fense des droits humains et la promotion de la paix.<\/p>\n<p>Tous furent tu\u00e9s par des militaires du r\u00e9gime, notamment des \u00e9l\u00e9ments de la garde pr\u00e9sidentielle et des para-commandos de Kanombe, assist\u00e9s des miliciens Interahamwe.<\/p>\n<p>{{L\u2019\u00e9limination des opposants politiques au projet g\u00e9nocidaire}}<\/p>\n<p>Dans le cadre du plan visant \u00e0 \u00e9liminer les figures politiques oppos\u00e9es au r\u00e9gime Habyarimana et \u00e0 son projet g\u00e9nocidaire, la premi\u00e8re cible fut la premi\u00e8re ministre Agathe Uwilingiyimana. Le 7 avril 1994, elle fut assassin\u00e9e, ainsi que les dix Casques bleus belges charg\u00e9s de sa protection. Ces derniers furent captur\u00e9s, tortur\u00e9s, puis ex\u00e9cut\u00e9s par des militaires rwandais plac\u00e9s sous le commandement du major Bernard Ntuyahaga. Ce dernier fut reconnu coupable par la justice belge en 2007 et condamn\u00e9 \u00e0 vingt ans de prison. Il a depuis purg\u00e9 sa peine et r\u00e9side actuellement au Rwanda.<\/p>\n<p>Parmi les autres personnalit\u00e9s assassin\u00e9es figuraient :<\/p>\n<p>Joseph Kavaruganda, pr\u00e9sident de la Cour constitutionnelle,<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Nzamurambaho, ministre et pr\u00e9sident du Parti social-d\u00e9mocrate (PSD),<\/p>\n<p>Me F\u00e9licien Ngango, vice-pr\u00e9sident du PSD, ainsi que son \u00e9pouse Odette Ubonabenshi,<\/p>\n<p>Faustin Rucogoza, ministre de l\u2019Information et membre du Mouvement d\u00e9mocratique r\u00e9publicain (MDR),<\/p>\n<p>Landouald Ndasingwa, cadre du Parti lib\u00e9ral (PL).<\/p>\n<p>Tous furent ex\u00e9cut\u00e9s par la garde pr\u00e9sidentielle dans le cadre d&#8217;une strat\u00e9gie d&#8217;\u00e9limination syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>La Radio Muhabura, station de radio du FPR-Inkotanyi, fut la premi\u00e8re \u00e0 \u00e9voquer ces assassinats. Le commandant en chef du FPR d\u00e9clara qu&#8217;il avait le devoir de prot\u00e9ger les civils innocents et ordonna le lancement d&#8217;une op\u00e9ration visant  \u00e0 mettre fin \u00e0 ce g\u00e9nocide qui \u00e9tait en cours.<\/p>\n<p>{{La propagation du g\u00e9nocide}}<\/p>\n<p>D\u00e8s la nuit du 6 avril 1994, la Radio Rwanda et la RTLM diffus\u00e8rent un communiqu\u00e9 sign\u00e9 par le colonel Th\u00e9oneste Bagosora, directeur de cabinet au minist\u00e8re de la D\u00e9fense, au nom du ministre. Le message confirmait la mort du pr\u00e9sident Habyarimana et exhortait la population \u00e0 rester chez elle. En r\u00e9alit\u00e9, cet appel visait \u00e0 emp\u00eacher les Tutsi de fuir, facilitant ainsi leur extermination.<\/p>\n<p>Imm\u00e9diatement apr\u00e8s l&#8217;annonce de la mort du pr\u00e9sident Habyarimana, les Interahamwe instaur\u00e8rent des barri\u00e8res dans plusieurs quartiers de Kigali, notamment \u00e0 Kacyiru et Kimihurura, et commenc\u00e8rent les massacres. Tr\u00e8s rapidement, les tueries s\u2019\u00e9tendirent \u00e0 l\u2019ensemble du pays, organis\u00e9es par les bourgmestres et autres responsables locaux.<\/p>\n<p>Quelques exemples parmi tant d\u2019autres :<\/p>\n<p>\u00c0 Giciye (pr\u00e9fecture de Gisenyi), de nombreux Tutsi furent tu\u00e9s, dont l\u2019\u00e9pouse de Christophe Bazivamo, employ\u00e9 dans un projet agricole local.<\/p>\n<p>\u00c0 Bicumbi (Kigali rural), le bourgmestre Juv\u00e9nal Rugambarara lan\u00e7a personnellement les massacres. Il avoua, lors de son proc\u00e8s devant le TPIR, avoir tu\u00e9 une centaine de Tutsi et fut reconnu coupable.<\/p>\n<p>\u00c0 Nyamata (Bugesera) et \u00e0 Sake (Kibungo), les tueries prirent une ampleur encore plus grande.<\/p>\n<p>\u00c0 Runda (anciennement Gitarama, aujourd\u2019hui Kamonyi), des tueries de grande ampleur eurent lieu dans plusieurs localit\u00e9s telles que Biharabuge, Ruramba, Isenga, Ruliba, Gasharara, Idongo, la station de Runda et la barri\u00e8re de Bishenyi. Les corps des victimes furent jet\u00e9s dans l\u2019\u00e9tang de Cyabariza. Parmi les premiers responsables identifi\u00e9s de ces massacres \u00e0 Runda figurent Claver Kamana, entrepreneur, P\u00e9lagie Uwimana, enseignante, et Sixbert Ndayambaje, bourgmestre de la commune.<\/p>\n<p>\u00c0 Kayenzi (Gitarama), les Tutsis furent massacr\u00e9s \u00e0 Cocobeka et Intwari, pr\u00e8s de la rivi\u00e8re Nyabarongo.<\/p>\n<p>\u00c0 Muko (anciennement Gikongoro, aujourd\u2019hui Nyamagabe), un groupe d\u2019environ 100 tueurs, sous la direction du chef de la police communale et avec la complicit\u00e9 du bourgmestre Albert Kayihura, fit irruption \u00e0 la paroisse de Mushubi, o\u00f9 ils tu\u00e8rent six Tutsis r\u00e9fugi\u00e9s, dont Michel Gacendeli, comptable communal, et sa famille.<\/p>\n<p>{{Gisenyi : massacres organis\u00e9s par les autorit\u00e9s militaires}}<\/p>\n<p>\u00c0 Gisenyi, le colonel Anatole Nsengiyumva, commandant de la garnison, convoqua une r\u00e9union avec les membres des Interahamwe, des Impuzamugambi, ainsi que des militaires et des gendarmes. Lors de cette r\u00e9union, il fut d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9tablir des barrages et d\u2019ex\u00e9cuter tous les Tutsi. Les corps des victimes furent ensuite jet\u00e9s dans des fosses communes, notamment dans un cimeti\u00e8re surnomm\u00e9 la \u201cCommune Rouge\u201d.<\/p>\n<p>Les massacres d\u00e9but\u00e8rent \u00e9galement \u00e0 Nyundo, o\u00f9 plus de 800 Tutsis \u2014 parmi lesquels de nombreuses femmes et enfants r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 la paroisse catholique \u2014 furent tu\u00e9s. Le soir du 7 avril, 50 Tutsis furent tu\u00e9s au petit s\u00e9minaire de Nyundo, tandis que 150 autres p\u00e9rirent \u00e0 la paroisse de Busasamana.<\/p>\n<p>D&#8217;autres tueries eurent lieu \u00e0 Kabasheja, au Centre Saint-Pierre, \u00e0 l&#8217;usine Rwandex, \u00e0 l\u2019\u00e9glise &#8220;Stella Maris&#8221;, ainsi qu&#8217;\u00e0 la Commune Rouge.<\/p>\n<p>Les soldats du camp militaire de Bigogwe, sous le commandement du lieutenant-colonel Alphonse Nzungize, prirent \u00e9galement part aux massacres dans les secteurs de Mutura, Rwerere, Mudende et Bigogwe.<\/p>\n<p>{{Ruhengeri : lancement du g\u00e9nocide lors d\u2019une r\u00e9union du MRND}}<\/p>\n<p>Le 7 avril 1994, Joseph Nzirorera, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du MRND, organisa une r\u00e9union \u00e0 son domicile \u00e0 Ruhengeri pour orchestrer les massacres dans la pr\u00e9fecture. \u00c0 cette r\u00e9union particip\u00e8rent notamment le colonel Ephrem Setako, le colonel Augustin Bizimungu, Casimir Bizimungu, Emmanuel Harerimana (bourgmestre de Mukingo), Dominique Gatsimbanyi (bourgmestre de Nkuli), ainsi que des membres des Interahamwe.<\/p>\n<p>Le colonel Bizimungu distribua des armes aux conseillers communaux, qui les remirent ensuite aux Interahamwe sous la direction de Kajerijeri et Esdras Baheza.<\/p>\n<p>\u00c0 Busogo, tous les Tutsi r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l\u2019Institut sup\u00e9rieur d\u2019agronomie furent massacr\u00e9s, tout comme 43 autres Tutsi qui se trouvaient \u00e0 la paroisse locale.<\/p>\n<p>Le 7 avril, vers 15 h, il ne restait plus aucun survivant tutsi \u00e0 Busogo. Les jours suivants, les Interahamwe, surnomm\u00e9s \u201cAmahindure\u201d (originaires de Mukingo), poursuivirent les massacres dans d\u2019autres secteurs, notamment au palais de justice de Ruhengeri, \u00e0 Nyabihu, \u00e0 Musumba (Nkuli) et \u00e0 Nyakinama.<\/p>\n<p>Les massacres touch\u00e8rent \u00e9galement d&#8217;autres r\u00e9gions, notamment Bugarama (Cyangugu, aujourd\u2019hui Rusizi), o\u00f9 les Tutsi furent jet\u00e9s dans les rivi\u00e8res Rusizi, Ruhwa et Rubyiro. Ces atrocit\u00e9s furent commises sous les ordres de Yussuf Munyakazi et de Marcel Sebatware, ce dernier ayant trouv\u00e9 refuge en Belgique.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame jour, Les massacres touch\u00e8rent \u00e9galement des lieux tels que Gikundamvura, Kivuruga, Musasa, Muhondo, Tare, l\u2019h\u00f4pital de Nemba, le centre de Gakenke, ainsi que Kananira (Nkungu), Hesha (Mukamira), Gisizi (Muringa), le camp militaire de Mukamira, l\u2019\u00e9glise de Rambura, le camp de Bigogwe et le secteur de Byahi (Rubavu).<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-59711 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/gen-4.jpg\" alt=\"Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, les Interahamwe, soutenus par la garde pr\u00e9sidentielle, install\u00e8rent des barrages \u00e0 Kigali, lan\u00e7ant les massacres des Tutsi\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, apr\u00e8s que l\u2019avion Falcon 50 transportant le pr\u00e9sident Juv\u00e9nal Habyarimana eut \u00e9t\u00e9 abattu, les Interahamwe, appuy\u00e9s par des \u00e9l\u00e9ments de la garde pr\u00e9sidentielle, install\u00e8rent imm\u00e9diatement des barrages routiers dans divers quartiers de Kigali, marquant ainsi le d\u00e9but des massacres syst\u00e9matiques des Tutsi.<\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000059712,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7581],"tags":[7603,7605],"byline":[7717],"hashtag":[],"class_list":["post-37324","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ideologie","tag-featured-news-home","tag-homenews","byline-igihe"],"bylines":[{"id":7717,"name":"IGIHE","slug":"igihe","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":393}],"contributors":[{"id":7717,"name":"IGIHE","slug":"igihe","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":393}],"featured_image":{"id":4000059712,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/gen_cp-6.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/gen_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/gen_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/gen_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/gen_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/gen_cp-6.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37324","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37324"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37324\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000059712"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37324"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37324"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37324"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=37324"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=37324"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}