{"id":37310,"date":"2025-04-07T10:54:33","date_gmt":"2025-04-07T10:54:33","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-7-avril-pour-la-memoire-des-morts-et-la-conscience-des-vivants-37310\/"},"modified":"2025-04-09T12:50:59","modified_gmt":"2025-04-09T12:50:59","slug":"Le-7-avril-pour-la-memoire-des-morts-et-la-conscience-des-vivants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Le-7-avril-pour-la-memoire-des-morts-et-la-conscience-des-vivants\/","title":{"rendered":"7 avril pour la m\u00e9moire des victimes du g\u00e9nocide contre les tutsi et la conscience des vivants"},"content":{"rendered":"<p>Partout, les drapeaux s\u2019inclinent, les silences s\u2019\u00e9l\u00e8vent. Sur tous les continents, des st\u00e8les de m\u00e9moire surgies de la douleur deviennent les autels d\u2019un recueillement universel. Ce n\u2019est pas seulement une date. C\u2019est un serment. Le serment que le \u201cplus jamais \u00e7a\u201d ne demeure pas une formule rh\u00e9torique, mais un engagement renouvel\u00e9 face \u00e0 la barbarie, au n\u00e9gationnisme, et \u00e0 la tentation de l\u2019oubli.<\/p>\n<p>{{Et pourtant, les ombres persistent.}}<\/p>\n<p>Car pendant que l\u2019on pleure les morts, certains s\u2019emploient \u00e0 profaner leur souvenir. A substituer \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 des faits, une fiction vici\u00e9e, r\u00e9visionniste, souvent mue par des int\u00e9r\u00eats politiques ou id\u00e9ologiques. C\u2019est pourquoi la condamnation r\u00e9cente, en France, de Charles Onana et de son \u00e9diteur pour n\u00e9gationnisme marque un tournant historique et salutaire.<\/p>\n<p>Ce jugement, au-del\u00e0 de sa port\u00e9e judiciaire, constitue un acte de civilisation. Il vient rappeler que la m\u00e9moire des victimes ne saurait \u00eatre mise en proc\u00e8s, que le g\u00e9nocide contre les tutsi n\u2019est pas un objet de d\u00e9bat, mais une r\u00e9alit\u00e9 judiciaire, historique et humaine dont la n\u00e9gation constitue une violence secondaire perverse, l\u00e2che, meurtri\u00e8re dans son essence.<\/p>\n<p>La r\u00e9cente d\u00e9cision judiciaire prononc\u00e9e en France \u00e0 l\u2019encontre de Charles Onana et de son \u00e9diteur constitue bien plus qu\u2019un simple verdict : elle fait jurisprudence. En \u00e9rigeant une digue claire et ferme contre la d\u00e9rive n\u00e9gationniste, cette sentence vient rappeler que la r\u00e9\u00e9criture insidieuse de l\u2019Histoire n\u2019est pas une opinion tol\u00e9rable, mais une agression m\u00e9morielle. <\/p>\n<p>Elle oppose, au relativisme venimeux des falsificateurs, la rigueur souveraine des faits \u00e9tablis, scell\u00e9s dans le marbre du droit international et dans la conscience universelle.<\/p>\n<p>Par cet acte, la justice fran\u00e7aise sanctuarise la v\u00e9rit\u00e9 historique et adresse un avertissement solennel aux artisans de l\u2019imposture : la libert\u00e9 d\u2019expression, socle fondamental de toute d\u00e9mocratie, ne saurait servir de paravent \u00e0 la perversion de la m\u00e9moire collective. <\/p>\n<p>Elle cesse d\u2019\u00eatre un droit d\u00e8s lors qu\u2019elle devient un outil de n\u00e9gation, d\u2019inversion du r\u00e9el, de profanation des souffrances v\u00e9cues. La m\u00e9moire des victimes ne se discute pas, elle se respecte ; elle ne s\u2019efface pas, elle s\u2019honore avec gravit\u00e9, avec fid\u00e9lit\u00e9, avec une vigilance de tous les instants.<br \/>\nMais cette victoire ne doit pas nous endormir. Car les charognards r\u00f4dent encore, dissimulant leur entreprise de d\u00e9naturation m\u00e9morielle sous des oripeaux d\u2019\u00e9rudition factice ou de bravoure d\u00e9plac\u00e9e. <\/p>\n<p>Ils ne se pr\u00e9sentent plus comme les d\u00e9tracteurs bruyants d\u2019hier, mais avancent masqu\u00e9s, insinuant avec subtilit\u00e9 leur discours vici\u00e9 dans les interstices du d\u00e9bat public. Leurs efforts ne visent pas frontalement la v\u00e9rit\u00e9, ils cherchent plut\u00f4t \u00e0 r\u00e9habiliter les bourreaux en travestissant les archives, \u00e0 r\u00e9\u00e9crire l\u2019horreur \u00e0 l\u2019encre trouble de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, \u00e0 faire vaciller les certitudes sous pr\u00e9texte de complexit\u00e9.<\/p>\n<p>Leur m\u00e9thode est d\u2019une perfidie gla\u00e7ante : ils instillent le doute l\u00e0 o\u00f9 la clart\u00e9 devrait \u00eatre inalt\u00e9rable, brouillent les rep\u00e8res fondamentaux en relativisant l\u2019irrepr\u00e9sentable, et habillent la barbarie d\u2019un vernis rh\u00e9torique fallacieux. A cette entreprise de banalisation, \u00e0 cette offensive contre la m\u00e9moire, il ne saurait \u00eatre oppos\u00e9 que la rigueur inflexible de la vigilance morale et intellectuelle. <\/p>\n<p>Car c\u00e9der un pouce \u00e0 l\u2019oubli, c\u2019est trahir les morts ; tol\u00e9rer l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, c\u2019est renoncer \u00e0 la justice. La m\u00e9moire du g\u00e9nocide contre les tutsi n\u2019a pas vocation \u00e0 \u00eatre discut\u00e9e : elle est un socle \u00e9thique, une borne ind\u00e9passable du discernement humain.<\/p>\n<p>Le 7 avril n\u2019est donc pas une comm\u00e9moration fig\u00e9e dans le pass\u00e9 : c\u2019est une injonction adress\u00e9e au pr\u00e9sent. A l\u2019\u00e9thique en politique, au courage dans la justice, \u00e0 la rigueur dans la m\u00e9moire. C\u2019est un moment de lucidit\u00e9 collective o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 regarde en face sa propre capacit\u00e9 d\u2019autodestruction, mais aussi sa responsabilit\u00e9 de r\u00e9paration et de transmission.<\/p>\n<p>Ne pas laisser le n\u00e9gationnisme s\u2019installer, c\u2019est honorer les morts et pr\u00e9server les vivants. C\u2019est affirmer que le silence des charniers ne sera jamais plus fort que la parole des justes. Et c\u2019est, en d\u00e9finitive, se rappeler que l\u2019histoire n\u2019est pas une mati\u00e8re morte, mais un combat permanent contre l\u2019oubli, le mensonge, et l\u2019indiff\u00e9rence.<\/p>\n<figure class=\"spip-document spip-document-59659 aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.igihe.com\/IMG\/jpg\/kw-6.jpg\" alt=\"Chaque ann\u00e9e, le 7 avril, le monde comm\u00e9more le g\u00e9nocide contre les Tutsis au Rwanda, un crime atroce survenu en 1994, institu\u00e9 par l&#039;ONU en 2003\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque ann\u00e9e, le 7 avril, l\u2019humanit\u00e9 se penche sur l\u2019ab\u00eeme. Ce jour-l\u00e0, institu\u00e9 en 2003 par l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies, le monde entier s\u2019arr\u00eate ou devrait s\u2019arr\u00eater pour comm\u00e9morer l\u2019un des crimes les plus vertigineux de notre temps : le g\u00e9nocide perp\u00e9tr\u00e9 contre les tutsis au Rwanda en 1994.<\/p>\n","protected":false},"author":488,"featured_media":4000059658,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7544],"tags":[7605],"byline":[9102],"hashtag":[],"class_list":["post-37310","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique","tag-homenews","byline-tite-gatabazi"],"bylines":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"contributors":[{"id":9102,"name":"Tite Gatabazi","slug":"tite-gatabazi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":472}],"featured_image":{"id":4000059658,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kw_cp-6.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kw_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kw_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kw_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kw_cp-6.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/kw_cp-6.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37310","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37310"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37310\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000059658"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37310"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37310"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37310"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=37310"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=37310"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}