{"id":34760,"date":"2024-05-14T10:26:35","date_gmt":"2024-05-14T10:26:35","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Entendez-Nous-Un-ecrivain-Francais-raconte-le-cri-des-veuves-du-genocide-contre-34760\/"},"modified":"2024-05-14T17:10:02","modified_gmt":"2024-05-14T17:10:02","slug":"Entendez-Nous-Un-ecrivain-Francais-raconte-le-cri-des-veuves-du-genocide-contre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/Entendez-Nous-Un-ecrivain-Francais-raconte-le-cri-des-veuves-du-genocide-contre\/","title":{"rendered":"&#8220;Entendez-Nous&#8221;, Un \u00e9crivain Fran\u00e7ais raconte le cri des veuves du g\u00e9nocide contre les Tutsi"},"content":{"rendered":"<p>Ce livre aborde le g\u00e9nocide perp\u00e9tr\u00e9 contre les Tutsi sous un angle f\u00e9minin, en se basant sur les t\u00e9moignages de treize membres fondatrices de l&#8217;Association des veuves du g\u00e9nocide, AVEGA. <\/p>\n<p>Il propose une r\u00e9flexion approfondie sur le viol en tant qu&#8217;arme du g\u00e9nocide, met en lumi\u00e8re la r\u00e9silience du Rwanda \u00e0 travers le prisme des femmes, et analyse la dynamique g\u00e9nocidaire. <\/p>\n<p>Le livre contient \u00e9galement un appel \u00e0 l&#8217;Humanit\u00e9 pour une progression r\u00e9aliste dans les domaines du droit international et du droit de veto \u00e0 l&#8217;ONU.<\/p>\n<p>Lors d&#8217;une \u00e9mission en compagnie de Jean-Claude Mugenzi, Daniel Le Scornet revient sur son livre et sur l&#8217;histoire du g\u00e9nocide contre les Tutsi perp\u00e9tr\u00e9 en 1994 au Rwanda. <\/p>\n<p>Il explique \u00e9galement sa collaboration avec ces femmes pour la r\u00e9daction de l&#8217;ouvrage.<\/p>\n<p>{Ci-dessous, vous trouverez la conversation int\u00e9grale entre le journaliste et Daniel le Scornet.}<\/p>\n<p>{{IGIHE : Bienvenue, M. Le Scornet. }} <\/p>\n<p>{{Daniel Le Scornet }} : Bonjour. <\/p>\n<p>{{Vous avez d&#8217;abord \u00e9crit sur la ville de Kigali. Qu&#8217;est-ce qui vous a attir\u00e9 pour \u00e9crire sur cette ville ? Vous en \u00eates tomb\u00e9 amoureux ? Qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est fait ? Comment cela est arriv\u00e9 ? }} <\/p>\n<p>Bien, nous \u00e9tions \u00e0 la p\u00e9riode du Covid, donc un peu bloqu\u00e9s. Et comme j&#8217;arrivais aussi \u00e0 Kigali, je connais le Rwanda depuis longtemps, mais j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;y vivre avec mon \u00e9pouse. <\/p>\n<p>Et je me suis dit, autant faire d\u00e9couvrir la ville qui est maintenant la mienne, le meilleur moyen de la d\u00e9couvrir, c&#8217;est de faire son histoire et de trouver la fa\u00e7on de la conter de fa\u00e7on la plus agr\u00e9able possible, en l&#8217;illustrant d&#8217;ailleurs avec 30 dessins d&#8217;un rescap\u00e9 rwandais. Et donc voil\u00e0, c&#8217;est une histoire simple. J&#8217;ai \u00e9crit le livre que j&#8217;aurais voulu lire. <\/p>\n<p>{{C&#8217;\u00e9tait-il votre premier livre ? }} <\/p>\n<p>Non, moi j&#8217;ai eu beaucoup de responsabilit\u00e9s syndicales, mutualistes, politiques, donc j&#8217;ai \u00e9crit plusieurs livres en France, mais \u00e0 connotation politique et sociopolitique.<\/p>\n<p>Et puis, j&#8217;ai \u00e9crit un livre avant d&#8217;arriver au Rwanda, avec Charles Habonimana, qui s&#8217;appelle \u00ab Moi, le dernier Tutsi \u00bb. <\/p>\n<p>J&#8217;ai \u00e9crit ce livre qui t\u00e9moigne de l&#8217;histoire d&#8217;un jeune gar\u00e7on de 12 ans qui a v\u00e9cu le g\u00e9nocide, avec cette id\u00e9e du chef des interahamwe qui avait d\u00e9cim\u00e9 le village, qui avait d\u00e9cim\u00e9 ses parents, ses fr\u00e8res, ses soeurs, en lui disant que lui serait le dernier Tutsi qu&#8217;on tuerait sur ses collines pour faire voir \u00e0 leurs enfants \u00e0 quoi ressemblait un Tutsi. <\/p>\n<p>Et cette proph\u00e9tie, lui \u00e0 la fois conduit \u00e0 vivre avec les g\u00e9nocidaires, l&#8217;a pr\u00e9serv\u00e9 plus ou moins, parce qu&#8217;il aurait pu mourir plusieurs fois, et donc j&#8217;ai voulu raconter cette histoire assez exceptionnelle avec ce qui est devenu notre fils, vraiment, Charles Abunimana. <\/p>\n<p>{{Impressionnant. Il semble y avoir un paradoxe ici, ou du moins quelque chose qui s&#8217;en approche. Vous \u00eates Fran\u00e7ais, vous avez exerc\u00e9 en politique en France, et vous choisissez de venir vous \u00e9tablir au Rwanda et de collaborer principalement avec les survivants du g\u00e9nocide contre les Tutsi. Charles Habonimana est devenu votre fils parce que vous avez travaill\u00e9 ensemble, parcouru le pays et visit\u00e9 son village natal. Cela peut \u00eatre difficile \u00e0 comprendre pour beaucoup, compte tenu des relations entre la France et le Rwanda, notamment en ce qui concerne le g\u00e9nocide contre les Tutsi.}}<\/p>\n<p>Vous savez, c&#8217;est une longue histoire de vie. On a tous une histoire de vie.<\/p>\n<p>Moi, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de Charles, \u00e0 12 ans, c&#8217;est pour \u00e7a que j&#8217;avais beaucoup raisonn\u00e9, je suis n\u00e9 \u00e0 la vie politique en France contre la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie. Et donc \u00e0 12 ans, je courais dans Paris, poursuivi par la police fran\u00e7aise, et l&#8217;Afrique m&#8217;a toujours int\u00e9ress\u00e9. Je suis une g\u00e9n\u00e9ration des premi\u00e8res ind\u00e9pendances africaines.<\/p>\n<p>Et donc quand la France a jou\u00e9 ce r\u00f4le inf\u00e2me au Rwanda, je me suis lev\u00e9 pour essayer que la France au moins assume ses responsabilit\u00e9s. <\/p>\n<p>Donc j&#8217;ai milit\u00e9 pour cela en France. Et c&#8217;est ce qui nous a conduits, voyant que la France ne bougeait pas, on s&#8217;est dit qu&#8217;il faut qu&#8217;on aille au Rwanda. <\/p>\n<p>On avait une dette. J&#8217;ai toujours consid\u00e9r\u00e9 qu&#8217;en tant que Fran\u00e7ais, j&#8217;ai une dette vis-\u00e0-vis du Rwanda. Et donc cette dette a fait que de fil en aiguille. <\/p>\n<p>\u00c7a ne s&#8217;est pas fait en un jour. Mais peu \u00e0 peu, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de vivre avec vous et de partager, pas seulement l&#8217;histoire du g\u00e9nocide, mais de partager le d\u00e9veloppement du Rwanda, le r\u00f4le qu&#8217;il joue actuellement en Afrique et dans le monde. <\/p>\n<p>Donc tout \u00e7a nous int\u00e9resse beaucoup. En tant que militant, \u00e7a m&#8217;a toujours beaucoup passionn\u00e9. <\/p>\n<p>{{Est-ce que c&#8217;est votre pass\u00e9 de syndicaliste qui vous a mis en contact avec les \u00e9v\u00e9nements au Rwanda, \u00e0 la fois avant, pendant et juste apr\u00e8s le g\u00e9nocide ? Est-ce que c&#8217;est votre nature de combattant, de militant pour les droits de l&#8217;homme ? Qu&#8217;est-ce qui vous a attir\u00e9 ?<br \/>\n}}<\/p>\n<p>Oui, c&#8217;est un engagement de toute une vie. Moi, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration des mutuelles de France dans mon pays. Donc j&#8217;ai toujours eu une activit\u00e9 pour les populations les plus d\u00e9munies, pour les populations les plus pauvres, pour des acc\u00e8s aux soins \u00e9largis. <\/p>\n<p>Donc oui, j&#8217;ai l&#8217;impression que je suis toujours le m\u00eame, que je sois en France ou au Rwanda. <\/p>\n<p>{{Avec le livre \u00ab Entendez-nous \u00bb, vous contribuez \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 porter la voix des veuves du g\u00e9nocide contre les Tutsi le plus loin possible. Est-ce que cela est en train de se r\u00e9aliser ? Est-ce que les gens commencent \u00e0 \u00e9couter ? }} <\/p>\n<p>Le titre \u00ab Entendez-vous \u00bb ne vaut pas vraiment pour le Rwanda parce que ces femmes ont jou\u00e9 un r\u00f4le, elles ont \u00e9t\u00e9 entendues dans leur pays, puisque ce sont elles qui ont les premiers reflets de soci\u00e9t\u00e9 au Rwanda apr\u00e8s le g\u00e9nocide. <\/p>\n<p>Donc elles ont jou\u00e9 un r\u00f4le, elles continuent \u00e0 jouer un r\u00f4le, y compris pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des droits des femmes et des hommes. Mais on a voulu, l\u00e0, avec les membres fondatrices, aborder deux aspects :<\/p>\n<p>Celui du g\u00e9nocide du f\u00e9minin, parce que ce g\u00e9nocide est un g\u00e9nocide qui a cibl\u00e9 particuli\u00e8rement les femmes, comme aucun autre g\u00e9nocide ne l&#8217;avait fait. Il semblait que, de fa\u00e7on universelle, on rejoint l\u00e0 la longue, trop longue histoire de domination des femmes qui a pu se&#8230; M\u00eame dans le crime des crimes, on a r\u00e9ussi \u00e0 cibler encore plus les femmes, \u00e0 faire qu&#8217;elles meurent dans des conditions effroyables, y compris apr\u00e8s le g\u00e9nocide, en les ayant infect\u00e9es du sida. <\/p>\n<p>Il y a l\u00e0, dans l&#8217;histoire universelle des femmes, quelque chose de tr\u00e8s fort.<\/p>\n<p>Et puis il y a l&#8217;aspect plus lumineux d&#8217;avoir eu ces femmes qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le vraiment pionnier pour rassembler l&#8217;enfance du g\u00e9nocide, pour mener ces jeunes gens \u00e0 ce qu&#8217;ils sont aujourd&#8217;hui, c&#8217;est-\u00e0-dire beaucoup de dirigeants du pays, beaucoup d&#8217;acteurs du pays. Donc tout cela&#8230; Et ce g\u00e9nocide qui apporte quelque chose de neuf au niveau de la connaissance humaine, il faut que ce soit l&#8217;humanit\u00e9 enti\u00e8re qui l&#8217;entendait. <\/p>\n<p>Donc c&#8217;est un livre qui est tourn\u00e9 \u00ab Entendez-nous l&#8217;humanit\u00e9 ? \u00bb, d&#8217;autant que les veuves du g\u00e9nocide prennent le flambeau, le relais, des victimes de la Shoah qui maintenant ont presque tous disparu. <\/p>\n<p>Donc c&#8217;est \u00e0 elles aujourd&#8217;hui, et on a voulu donner cette \u00e9l\u00e9vation pour que l&#8217;humanit\u00e9 en entier puisse entendre r\u00e9ellement les conditions qui peuvent se renouveler dans toutes les cultures, sur tous les territoires, de ce qu&#8217;est un g\u00e9nocide, et la fa\u00e7on, parce que ce g\u00e9nocide a aussi montr\u00e9 tout ce qui le rend possible, puisque c&#8217;\u00e9tait un g\u00e9nocide au vu et au su de tous. <\/p>\n<p>Et donc qu&#8217;est-ce qu&#8217;on doit changer au niveau de l&#8217;ordre international ? <\/p>\n<p>Et donc on fait un appel pour modifier, y compris, la convention de 1948, qui a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9chec par ce g\u00e9nocide, et pour faire un pas, alors que le monde est dans une situation&#8230; <\/p>\n<p>Toutes les r\u00e8gles internationales sont foul\u00e9es du pied depuis 1994, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le signal aussi d&#8217;une vision d\u00e9l\u00e9t\u00e8re du droit international, donc qu&#8217;est-ce qu&#8217;on peut faire aujourd&#8217;hui pour faire un pas, pour redonner un sens \u00e0 l&#8217;ordre international ? <\/p>\n<p>{{Vous \u00e9crivez avec des femmes pour raconter le g\u00e9nocide f\u00e9minin, ce qui n&#8217;\u00e9tait pas facile, m\u00eame avant la publication du livre. Esther, ayant \u00e9crit de nombreux ouvrages, a parl\u00e9 \u00e0 beaucoup de femmes, mais cela n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 ais\u00e9, surtout durant les premi\u00e8res ann\u00e9es apr\u00e8s le g\u00e9nocide, de partager leur v\u00e9cu, de raconter l&#8217;horreur subie. Et maintenant, en tant qu&#8217;homme, vous collaborez avec ces femmes pour \u00e9couter, raconter et transcrire le g\u00e9nocide f\u00e9minin.<br \/>\n}}<\/p>\n<p>Vous savez, la litt\u00e9rature sert aussi \u00e0 \u00e7a, elle permet d&#8217;\u00eatre&#8230; Moi, je suis une veuve dans ce livre, je suis une veuve, elle permet justement d&#8217;approfondir toutes les connaissances qu&#8217;on a, et un homme peut le faire, je pense que je pouvais le faire.<\/p>\n<p>Et puis, comment dire ? Les hommes aujourd&#8217;hui&#8230; Il y a quelque chose dans ce g\u00e9nocide, qui a cibl\u00e9 sp\u00e9cifiquement les femmes, qui en dit beaucoup sur l&#8217;histoire de l&#8217;humanit\u00e9, et des violences, de cette longue histoire des violences faites aux femmes, et qui redonne une vision un peu diff\u00e9rente, m\u00eame de l&#8217;histoire des g\u00e9nocides en g\u00e9n\u00e9ral. <\/p>\n<p>Parce que souvent, on a vu le g\u00e9nocide comme \u00e9tant&#8230; qu&#8217;on ciblait un groupe humain en tant que tel, avec la race, avec la langue, avec la religion. \u00c7a n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 le cas au Rwanda, puisque les gens avaient les m\u00eames caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p>\u00c7a nous fait dire que les violences faites aux femmes sont au c\u0153ur structurellement de la violence, et que toute l&#8217;ordre de la masculinit\u00e9, toute l&#8217;ordre de la domination des hommes, toute la vision viriliste, toute la vision violente de l&#8217;humanit\u00e9 est la mise \u00e0 jour. <\/p>\n<p>Et donc, ce g\u00e9nocide apporte vraiment des choses tr\u00e8s neuves, y compris pour la compr\u00e9hension des g\u00e9nocides et des violences de masse en g\u00e9n\u00e9ral. Et c&#8217;est une affaire d&#8217;hommes, je l&#8217;esp\u00e8re, vraiment, parce que ce g\u00e9nocide donne aussi la honte un peu d&#8217;\u00eatre n\u00e9 homme.<\/p>\n<p>Je pense qu&#8217;il \u00e9tait dans le foie assez naturel que ce soit un homme qui \u00e9crive cette histoire. <\/p>\n<p>{{C&#8217;est vraiment important ce que vous avez fait, parce que moi, j&#8217;ai fait un film sur la violence aussi. Ce n&#8217;\u00e9tait pas facile. Je passais des nuits blanches apr\u00e8s le tournage. Comment est-ce que vous avez v\u00e9cu cette p\u00e9riode pendant l&#8217;\u00e9criture ? }} <\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, il faut bien voir que les femmes ont parl\u00e9 du viol. Elles ont parl\u00e9 du viol de fa\u00e7on frontale, en particulier lors des proc\u00e8s, o\u00f9 il fallait, devant des cours enti\u00e8res, dire. Et elles l&#8217;ont fait. Elles ont eu ce courage de le faire. <\/p>\n<p>Souvent, on dit qu&#8217;on n&#8217;a pas parl\u00e9 du viol. Je pense que les femmes ont parl\u00e9 du viol. Il a fallu prendre la dimension que c&#8217;\u00e9tait des viols g\u00e9nocidaires, c&#8217;est-\u00e0-dire des viols dont l&#8217;intention et la programmation, ce n&#8217;\u00e9taient pas des hommes en ruite. <\/p>\n<p>Non, c&#8217;\u00e9tait un programme pour d\u00e9truire r\u00e9ellement les Tutsi et pour d\u00e9truire toute capacit\u00e9 de production. Tout \u00e9tait sur la base sexuelle. <\/p>\n<p>On ne peut pas parler du g\u00e9nocide sans parler du viol, et du viol de masse. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une arme du g\u00e9nocide. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 l&#8217;arme principale pour les femmes du g\u00e9nocide. <\/p>\n<p>Donc, je pense qu&#8217;elles-m\u00eames ont eu le courage de le faire. Et je pense qu&#8217;il faut avoir le courage de les entendre, le courage de d\u00e9crire exactement ce qu&#8217;il en a \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Et je n&#8217;ai pas trouv\u00e9 de difficult\u00e9s particuli\u00e8res. Immacul\u00e9e, par exemple, dans notre livre, parle tout \u00e0 fait du viol. Elle n&#8217;en a jamais parl\u00e9 \u00e0 sa fille, par exemple. C&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;elle l&#8217;exprime de fa\u00e7on&#8230; Mais, elle me dit, ma fille le sait. Parce que m\u00eame les silences sont parlantes. <\/p>\n<p>Je pense qu&#8217;on ne peut pas aborder, \u00e9videmment, cette phase tragique de l&#8217;humanit\u00e9, sans aborder cette question du viol, et du viol syst\u00e9matique des femmes, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>{{C&#8217;est la 30e comm\u00e9moration du g\u00e9nocide contre les Tutsis, et je crois que vous saluez le courage de ces femmes dans la gestion de l&#8217;apr\u00e8s-g\u00e9nocide pour recouvrir la vie, r\u00e9embrasser la vie, se refaire un toit et prendre soin des orphelins, malgr\u00e9 leurs propres manques. Mais, pendant ces conversations, ces entretiens, qu&#8217;est-ce qui vous a le plus frapp\u00e9 dans leurs luttes, compte tenu de ce qu&#8217;elles ont accompli au cours de ces 30 derni\u00e8res ann\u00e9es ? }} <\/p>\n<p>Vous savez, c&#8217;est un livre dont on a essay\u00e9 de l&#8217;\u00e9lever au niveau des grandes trag\u00e9dies humaines.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas seulement un livre qui agglom\u00e8re des t\u00e9moignages. C&#8217;est un livre qui essaie de faire un r\u00e9cit au plus haut niveau possible. Et ce qui est le plus frappant, c&#8217;est comment elles-m\u00eames, d\u00e8s le d\u00e9but, s&#8217;autod\u00e9terminent pour d\u00e9j\u00e0 revenir \u00e0 nous.<\/p>\n<p>C&#8217;est-\u00e0-dire une communaut\u00e9 de femmes, d\u00e9j\u00e0 une communaut\u00e9 de larmes, d\u00e9j\u00e0 une communaut\u00e9 de gestes, une communaut\u00e9 de r\u00e9cits. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;on voit que le r\u00e9cit devient&#8230; <\/p>\n<p>C&#8217;est au-del\u00e0 du t\u00e9moignage, parce que souvent on a une vision du t\u00e9moignage un peu juridique. Mais non, c&#8217;est la facult\u00e9&#8230; Nous sommes des \u00eatres de parole.<\/p>\n<p>C&#8217;est la facult\u00e9 de revenir en humanit\u00e9. Parce que m\u00eame si chacune d&#8217;entre elles ne pouvait plus esp\u00e9rer pour elle-m\u00eame, c&#8217;\u00e9tait la d\u00e9solation totale, elles avaient perdu leurs enfants, elles avaient perdu leurs parents, elles \u00e9taient orphelines, elles n&#8217;\u00e9taient pas seulement veuves, c&#8217;\u00e9tait des jeunes, veuves de 20 ans. <\/p>\n<p>Elles avaient mis au monde des enfants, parfois le jour m\u00eame du d\u00e9clenchement du g\u00e9nocide, ou durant le g\u00e9nocide, ou un mois avant.<\/p>\n<p>Elles avaient tout perdu, elles n&#8217;avaient plus rien. Mais au moins, elles n&#8217;avaient plus d&#8217;espoir pour elles-m\u00eames. Et ce qui les guidait, ce qui pouvait arriver, c&#8217;\u00e9tait la folie, tout simplement.<\/p>\n<p>Certaines, d&#8217;ailleurs, ont bascul\u00e9 dans la folie, bien s\u00fbr. Mais pouvoir esp\u00e9rer pour l&#8217;autre, que vous avez devant vous, qui elle-m\u00eame vous dit son exp\u00e9rience, permet justement de retourner en humanit\u00e9. Et c&#8217;est ce jeu, justement.<\/p>\n<p>Elles ont cr\u00e9\u00e9 une int\u00e9riorit\u00e9 commune. C&#8217;est-\u00e0-dire, devient tout de suite une communaut\u00e9 de sant\u00e9 mentale. Il n&#8217;y a pas besoin de th\u00e9rapeutes, c&#8217;est elles qui permettent de ne pas basculer dans la folie.<\/p>\n<p>Chaque compagne permet de revenir \u00e0 elle-m\u00eame. Et quand on commence \u00e0 avoir un espoir pour l&#8217;autre, l&#8217;humanit\u00e9 recommence. <\/p>\n<p>{{C&#8217;est cette th\u00e9rapie collective dont je vous parlais pr\u00e9c\u00e9demment, peut-\u00eatre \u00e9tait-elle la plus efficace, je ne sais pas, m\u00eame si l&#8217;intervention de professionnels s&#8217;est av\u00e9r\u00e9e n\u00e9cessaire. Mais les femmes avaient d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 ce travail par elles-m\u00eames, bien avant. Retrouvez-vous le m\u00eame processus chez les veuves, un peu partout dans le pays ? Est-ce uniquement dans la ville de Kigali ou aussi dans d&#8217;autres villes ? Est-ce un ph\u00e9nom\u00e8ne national que vous avez observ\u00e9 ?}}<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, les premi\u00e8res fondatrices m&#8217;ont dit que, ici ou l\u00e0, ce n&#8217;est pas venu seulement de ce noyau-l\u00e0. Ici ou l\u00e0, d&#8217;autres femmes avaient commenc\u00e9 spontan\u00e9ment.<\/p>\n<p>C&#8217;est tr\u00e8s diff\u00e9rent de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 dans tous les autres g\u00e9nocides. Dans les autres g\u00e9nocides ou dans les massacres de masse qu&#8217;on a connus dans l&#8217;humanit\u00e9, les victimes, souvent, deviennent un groupe le plus pauvre, le plus stigmatis\u00e9 de la population, etc. <\/p>\n<p>Moi, j&#8217;ai beaucoup travaill\u00e9 avec mes amis japonais, apr\u00e8s l&#8217;irradiation d&#8217;Hiroshima et Nagasaki, qui a des effets qui se mesurent encore aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>Au Japon, ce groupe-l\u00e0 a \u00e9t\u00e9 stigmatis\u00e9. L\u00e0, c&#8217;est l&#8217;inverse qui s&#8217;est pass\u00e9. C&#8217;est elles qui ont refait soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Elles ne se sont pas senties comme victimes. Elles \u00e9taient victimes, bien s\u00fbr. Mais elles ont reconstruit les liens et reconstruit le pays.<\/p>\n<p>Donc, c&#8217;est quelque chose qui a bascul\u00e9. Et \u00e7a, \u00e7a s&#8217;est fait. Certes, les premi\u00e8res se sont organis\u00e9es \u00e0 Kigali, mais elles ont tout de suite d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;aller sur les collines.<\/p>\n<p>Et \u00e7a n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 une association centralis\u00e9e. La premi\u00e8re demande qu&#8217;elles ont faite, quand elles ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7ues par le vice-pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Paul Kigam\u00e9, \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0, c&#8217;est de lui dire, quand le vice-pr\u00e9sident demande \u00ab qu&#8217;est-ce que je peux faire pour vous aider ? \u00bb<\/p>\n<p> On raconte dans le livre ces premi\u00e8res rencontres entre ces femmes et le couple, aujourd&#8217;hui pr\u00e9sidentiel. Et le vice-pr\u00e9sident leur demande \u00ab mais qu&#8217;est-ce que je peux faire pour vous ? \u00bb Et la premi\u00e8re r\u00e9ponse, elle dit \u00ab il faut qu&#8217;on ait les moyens d&#8217;aller sur les collines partout, parce qu&#8217;elles sont l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>Nos s\u0153urs, nos s\u0153urs d\u00e9munies, isol\u00e9es, etc., sont l\u00e0-bas. \u00bb Et donc, la premi\u00e8re chose, \u00e7a va \u00eatre une camionnette. Et \u00e7a va \u00eatre la possibilit\u00e9 d&#8217;aller dans tout le Rwanda.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas une organisation centralis\u00e9e qui va faire des actions d&#8217;aide aux populations. C&#8217;est une organisation qui va auto-organiser partout la relation, la communaut\u00e9 de sant\u00e9 mentale, partout, sur l&#8217;ensemble des collines. Et c&#8217;est \u00e7a qui est admirable, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>{{De nombreuses femmes ont \u00e9t\u00e9 infect\u00e9es par le VIH et ont mis du temps \u00e0 obtenir des traitements ad\u00e9quats. Cette situation repr\u00e9sente-t-elle une partie importante de votre livre, dans les recherches que vous avez effectu\u00e9es ? Quel \u00e9tait le combat ? Pouvez-vous nous parler de ce combat contre la maladie, alors que ces femmes manquaient de tout et luttaient pour leur survie ? }} <\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs, celles qui t\u00e9moignaient dans les premiers proc\u00e8s, y compris au tribunal p\u00e9nal international, t\u00e9moignaient et en m\u00eame temps n&#8217;avaient pas les th\u00e9rapies.<\/p>\n<p>Le TPIR ne leur a pas permis, y compris d&#8217;avoir les m\u00e9dicaments. Certaines ont t\u00e9moign\u00e9 et sont mortes dans des souffrances terribles apr\u00e8s leur propre t\u00e9moignage, etc. Et l&#8217;association a tout de suite essay\u00e9 de faire un travail de recherche sur ces probl\u00e8mes-l\u00e0.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re enqu\u00eate faite par les femmes d&#8217;Avega porte justement sur cette&#8230; Pour prendre la dimension d\u00e9j\u00e0 de ce qu&#8217;\u00e9taient les viols collectifs, les viols g\u00e9nocidaires, il y a donc une enqu\u00eate qui est faite en 1999 qui permet justement de qualifier et d&#8217;avoir une vision assez claire de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 dans le pays, partout. <\/p>\n<p>Avec cette dimension qui, moi, m&#8217;a beaucoup frapp\u00e9, de ne pas rester seulement sur ces aspects-l\u00e0, mais de prendre en compte toutes les violences faites aux femmes, y compris les violences intrafamiliales, parce que \u00e7a leur a permis, et \u00e7a a permis d&#8217;ailleurs au Rwanda, d&#8217;avoir une l\u00e9gislation d&#8217;\u00e9galit\u00e9, de lutte contre les violences faites aux femmes, quelles qu&#8217;elles soient dans tous les milieux sociaux, et d&#8217;avoir une l\u00e9gislation tout \u00e0 fait en avance. <\/p>\n<p>Ce sont des femmes qui, en quelques ann\u00e9es, ont fait basculer une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s patriarcale dans l&#8217;\u00e9galit\u00e9 femmes-hommes, en Afrique, ce qui \u00e9tait quand m\u00eame assez&#8230; Alors que ce combat, sur d&#8217;autres continents, sur d&#8217;autres cultures, a mis des si\u00e8cles \u00e0 se&#8230; <\/p>\n<p>Et l\u00e0, elles l&#8217;ont fait en 30 ans, puisqu&#8217;aujourd&#8217;hui, on voit les r\u00e9sultats, on voit la place qu&#8217;ont les femmes au Rwanda, on peut parler d&#8217;\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c7a ne veut pas dire qu&#8217;il n&#8217;y a plus de violences faites aux femmes, y compris dans la cellule familiale ou dans d&#8217;autres domaines. <\/p>\n<p>\u00c7a veut dire que le niveau de lutte contre les violences faites aux femmes ne s&#8217;est pas arr\u00eat\u00e9 seulement aux violences g\u00e9nocidaires. <\/p>\n<p>Quand je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 ce parcours, je per\u00e7ois deux facteurs cl\u00e9s : l&#8217;activisme des femmes, incluant Esther, les cofondatrices d&#8217;AVEGA, et d&#8217;autres encore, actives dans les ONG et divers milieux. Il y a aussi la volont\u00e9 politique de soutenir ces femmes, de les \u00e9lever et de les accompagner. <\/p>\n<p>{{Au cours de ces 30 derni\u00e8res ann\u00e9es, avez-vous observ\u00e9 que le r\u00f4le de ces femmes activistes a pris de plus en plus d&#8217;importance pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 de leurs actions, \u00e9tant donn\u00e9 que ce n&#8217;est pas le gouvernement qui se charge d&#8217;aider une cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique mais pas une autre ? <\/p>\n<p>Sont-elles devenues plus autonomes dans la conduite d&#8217;actions en faveur de ces veuves \u00e0 travers le pays ? Y a-t-il des exemples de cette exp\u00e9rience dans leur lutte ?}}<\/p>\n<p>Oui. Encore une fois, on est dans une situation tr\u00e8s originale, parce qu&#8217;aucun g\u00e9nocide n&#8217;a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par les enfants du groupe humain cibl\u00e9 en tant que tel.<\/p>\n<p>C&#8217;est la premi\u00e8re fois que \u00e7a arrive dans l&#8217;histoire humaine. Et donc, ces femmes et les soldats du Front Patriotique Rwandais, c&#8217;\u00e9taient leurs fr\u00e8res, c&#8217;\u00e9taient leurs s\u0153urs. <\/p>\n<p>Donc, l&#8217;harmonie, l&#8217;aide r\u00e9ciproque, il y a eu une aide, bien s\u00fbr, au niveau politique, au niveau de l&#8217;institution politique, mais il y a eu une aide des femmes pour l&#8217;institution politique aussi.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;\u00e9tait pas ascensionnique, ce n&#8217;\u00e9taient pas des politiques publiques qui tombaient sur les populations, c&#8217;\u00e9tait la population elle-m\u00eame qui s&#8217;\u00e9tait saisie de sa propre autonomie pour progresser dans le sens que vous dites. <\/p>\n<p>C&#8217;est tr\u00e8s important, y compris pour aujourd&#8217;hui, parce que souvent, je vois les titres en Occident qui disent le miracle rwandais. Certes, Imana est avec nous, est avec vous, mais ce sont des activit\u00e9s humaines.<\/p>\n<p>Par contre, on dit, oui, mais c&#8217;est un syst\u00e8me coercitif, autoritaire, etc. Venez au Rwanda voir comment cela se passe, parce que justement, cette liaison entre populations et ceux qui ont arr\u00eat\u00e9 le g\u00e9nocide \u00e9tait une liaison active, proactive. Les populations se sont prises en main pour aboutir \u00e0 ces politiques-l\u00e0.<\/p>\n<p>Donc, ce n&#8217;est pas quelque chose qui tombe dehors, c&#8217;est quelque chose qui monte en haut. Donc, il y a une r\u00e9ciprocit\u00e9 entre les politiques publiques et l&#8217;autod\u00e9termination des populations. <\/p>\n<p>{{Cela me ram\u00e8ne \u00e0 ce que vous disiez pr\u00e9c\u00e9demment, \u00e0 savoir que le livre \u00ab Entendez-nous \u00bb ne s&#8217;adresse pas sp\u00e9cifiquement aux Rwandais, encore moins au gouvernement, puisque, selon vos explications, le gouvernement a d\u00e9j\u00e0 pris conscience et continue d&#8217;\u00eatre \u00e0 l&#8217;\u00e9coute.<\/p>\n<p>Ainsi, s&#8217;agit-il de la communaut\u00e9 internationale qui, n&#8217;ayant pas encore pris pleinement conscience, ne pr\u00eate pas encore l&#8217;oreille, alors que des conflits \u00e9clatent un peu partout et que des femmes sont toujours victimes de violences ? Avez-vous l&#8217;espoir que ce livre puisse r\u00e9veiller ces consciences ?}}<\/p>\n<p>\u00c9coutez, un livre ne fait pas le printemps, h\u00e9las ! Mais pourquoi pas ? Tout va d\u00e9pendre des lecteurs. Moi, quand je l&#8217;ai pr\u00e9sent\u00e9 lors du colloque international, j&#8217;ai dit que la responsabilit\u00e9 maintenant n&#8217;\u00e9tait plus la n\u00f4tre, elle \u00e9tait celle des lecteurs.<\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s important, et s&#8217;adresse aux Rwandais aussi, dans le sens que l&#8217;un des risques de la situation actuelle, et bien s\u00fbr c&#8217;est la poursuite de l&#8217;id\u00e9ologie g\u00e9nocidaire, y compris en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, mais il y a un risque majeur pour moi, et \u00e7a c&#8217;est une fois que la responsabilit\u00e9 des pays aura \u00e9t\u00e9 dite, de dire, bon, c&#8217;est un g\u00e9nocide de plus. <\/p>\n<p>Or, ce n&#8217;est pas seulement un g\u00e9nocide qui s&#8217;est additionn\u00e9 au g\u00e9nocide pr\u00e9c\u00e9dent, ce g\u00e9nocide apporte des connaissances neuves. Il apporte des connaissances neuves dans le processus g\u00e9nocidaire lui-m\u00eame, et il apporte des connaissances neuves dans la capacit\u00e9 de refaire soci\u00e9t\u00e9 apr\u00e8s un g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Donc cette id\u00e9e de porter cette&#8230; C&#8217;est pour \u00e7a qu&#8217;il y a un tr\u00e8s gros effort d&#8217;\u00e9criture, un tr\u00e8s gros effort de retrouver, y compris, l&#8217;\u00e2me de la po\u00e9sie rwandaise, pour que le message soit universel, effectivement. <\/p>\n<p>Donc il y a une possibilit\u00e9 d&#8217;avancer au niveau international, pas sur tous les aspects du droit international, mais sur celui du g\u00e9nocide, il y a une possibilit\u00e9 de le faire. \u00c0 condition qu&#8217;on prenne certaines mesures neuves dans la Convention de 48.<\/p>\n<p>C&#8217;est pour \u00e7a que nous faisons des propositions de modifier la Convention de 48, qui n&#8217;a pas permis, contrairement \u00e0 ce qu&#8217;on avait dit en 48, on avait dit plus jamais \u00e7a. Or, 50 ans apr\u00e8s, il y a eu \u00e7a.<\/p>\n<p>Donc il y a une possibilit\u00e9 d&#8217;avancer au niveau international, pas sur tous les aspects du droit international, mais sur celui du g\u00e9nocide, il y a une possibilit\u00e9 de le faire, \u00e0 condition qu&#8217;on prenne certaines mesures neuves dans la Convention de 48. <\/p>\n<p>C&#8217;est pour \u00e7a que nous faisons des propositions de modifier la Convention de 48, qui n&#8217;a pas permis, contrairement \u00e0 ce qu&#8217;on avait dit en 48, on avait dit \u00ab plus jamais \u00e7a \u00bb. Or, 50 ans apr\u00e8s, il y a eu \u00e7a. C&#8217;est donc que la Convention internationale n&#8217;est pas adapt\u00e9e \u00e0 la situation.<\/p>\n<p>Il y a une possibilit\u00e9 de rassemblement de l&#8217;opinion internationale, pas sur l&#8217;ensemble des guerres actuelles, on le voit bien, elle est d\u00e9chir\u00e9e compl\u00e8tement, mais sur les aspects du g\u00e9nocide, c&#8217;est-\u00e0-dire sur quelque chose qui est pr\u00e9visible, parce qu&#8217;un g\u00e9nocide est toujours pr\u00e9visible. <\/p>\n<p>C&#8217;est un long processus de pr\u00e9paration. Ce n&#8217;est pas le cas pour les crimes de guerre qui ne sont pas pr\u00e9visibles. Les g\u00e9nocides sont pr\u00e9visibles. <\/p>\n<p>Donc il est possible de faire un petit pas d&#8217;am\u00e9lioration du droit international, et on aurait tr\u00e8s besoin d&#8217;un petit pas d&#8217;am\u00e9lioration du droit international pour redonner espoir dans ce droit international qui aujourd&#8217;hui est compl\u00e8tement d\u00e9lit\u00e9. <\/p>\n<p>Donc oui, c&#8217;est un message que nous voulons porter avec des propositions tr\u00e8s concr\u00e8tes, y compris sur l&#8217;abandon du droit de veto en cas de processus g\u00e9nocidaire, puisqu&#8217;on s&#8217;est aper\u00e7u, y compris avec ce g\u00e9nocide, que pour qu&#8217;un g\u00e9nocide puisse se mener, il faut toujours des complicit\u00e9s d&#8217;autres \u00c9tats, et en particulier d&#8217;\u00c9tats qui ont le si\u00e8ge permanent au Conseil de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c7a a \u00e9t\u00e9 vrai du g\u00e9nocide arm\u00e9nien, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 vrai y compris du g\u00e9nocide des Juifs, et donc il faut que ce soit vrai pour bouger, y compris cette histoire du droit de veto. Moi j&#8217;ai espoir qu&#8217;avec ce livre, avec des relations internationales qui nous am\u00e8nent \u00e0 amplifier le mouvement, nous puissions d\u00e9poser \u00e0 l&#8217;ONU ces propositions. <\/p>\n<p>{{Le g\u00e9nocide a pris fin, mais le n\u00e9gationnisme, le d\u00e9ni du g\u00e9nocide, n&#8217;a fait que commencer, causant encore des dommages aujourd&#8217;hui. Est-ce que cet aspect est apparu dans votre travail sur ce livre ? Je veux dire, dans quelle mesure ce n\u00e9gationnisme a-t-il affect\u00e9 ces veuves, ces survivantes, ces femmes ? D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, il y a ce n\u00e9gationnisme, surtout pr\u00e9sent dans les pays \u00e9trangers et en Occident, et de l&#8217;autre, vous avez mentionn\u00e9 les proc\u00e8s o\u00f9 les femmes t\u00e9moins ont \u00e9t\u00e9 humili\u00e9es. <\/p>\n<p>Comment cela a-t-il frein\u00e9 le progr\u00e8s de ces femmes au cours de ces 30 derni\u00e8res ann\u00e9es ? Comment ont-elles fait face \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne ?}}<\/p>\n<p>Le n\u00e9gationnisme, \u00e9videmment, est combattu, mais je pense que ce livre ne peut pas aborder et r\u00e9gler tous les probl\u00e8mes, \u00e9videmment. Et d&#8217;autres acteurs, on l&#8217;a vu lors du colloque international, on a vu beaucoup de livres sortir \u00e0 la fin de ce 30e anniversaire.<\/p>\n<p>Donc on s&#8217;est moins accroch\u00e9 au n\u00e9gationnisme, parce que les choses sont tellement \u00e9videntes sur ce probl\u00e8me qu&#8217;il faut combattre le n\u00e9gationnisme. C&#8217;est un d\u00e9lit maintenant, il faut le r\u00e9primer tout simplement. <\/p>\n<p>Ce qu&#8217;on a plut\u00f4t mis en avant, c&#8217;est cette id\u00e9e que dans le fond, ce g\u00e9nocide n&#8217;int\u00e9resserait que le Rwanda.<\/p>\n<p>Or, c&#8217;est lui donner cette dimension universelle. Ce livre travaille cet aspect-l\u00e0, et le travail y compris dans la langue. C&#8217;est un travail d&#8217;\u00e9criture, j&#8217;ai \u00e9crit ce livre \u00e0 partir des t\u00e9moignages, mais je l&#8217;ai \u00e9crit pour lui donner un peu le niveau d&#8217;\u00e9criture des grandes trag\u00e9dies de nos anc\u00eatres. <\/p>\n<p>Parce qu&#8217;il faut toucher la population, il ne faut pas seulement d\u00e9crire, il faut avoir des mots, des paroles, des images, une po\u00e9sie m\u00eame. <\/p>\n<p>J&#8217;ai cit\u00e9 un philosophe allemand, Walter Benjamin, qui disait que tous les actes de culture ont \u00e9t\u00e9 en m\u00eame temps des actes de barbarie, qui mettaient en cause une vision un peu ir\u00e9nique de la culture. Vous savez bien qu&#8217;on peut aussi opposer les cultures, et \u00e7a peut \u00eatre ind\u00e9fermant aussi, de l&#8217;isolement de groupes humains.<\/p>\n<p>Donc la culture, souvent, on lui donne un c\u00f4t\u00e9 uniquement positif, or elle charrie aussi la barbarie. Il dit \u00e7a. Et ce livre tente d&#8217;inverser aussi la formule, et dire que tout acte de barbarie doit devenir aussi un acte de culture.<\/p>\n<p>Elle doit permettre \u00e0 l&#8217;humanit\u00e9 de se saisir des plus hautes fa\u00e7ons d&#8217;\u00eatre humain aujourd&#8217;hui. <\/p>\n<p>{{Aujourd&#8217;hui, le monde entier a les yeux braqu\u00e9s sur la 30e comm\u00e9moration du g\u00e9nocide contre les Tutsi. La France aussi porte son regard ici. Depuis quelques ann\u00e9es, les pr\u00e9sidents fran\u00e7ais reconnaissent les responsabilit\u00e9s de la France dans le g\u00e9nocide contre les Tutsi. Sarkozy a notamment beaucoup \u0153uvr\u00e9 dans cette direction. }}<\/p>\n<p>Beaucoup. Il a morc\u00e9, oui. Un peu. C&#8217;est bien dit. Un peu. C&#8217;est bien dit. N&#8217;exag\u00e9rons pas.<\/p>\n<p>{{Le pr\u00e9sident Macron a franchi une nouvelle \u00e9tape. Il a d\u00e9clar\u00e9 que la France aurait pu arr\u00eater le g\u00e9nocide, mais qu&#8217;elle n&#8217;en avait pas la volont\u00e9. Ces propos sont significatifs, surtout venant du pr\u00e9sident fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Comment ces d\u00e9clarations sont-elles per\u00e7ues en France ? Je sais que vous \u00eates ici, mais en tant que Fran\u00e7ais, vous suivez certainement les \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent en France. }}<\/p>\n<p>Oui. Vous savez, j&#8217;ai eu l&#8217;occasion d&#8217;ailleurs de dialoguer un peu \u00e0 l&#8217;Institut fran\u00e7ais de Kigali avec Vincent Duclerc.<\/p>\n<p>Il y a l\u00e0 des jeux politiques, mais bon, il n&#8217;\u00e9chappe \u00e0 personne que la France a \u00e9t\u00e9 complice du g\u00e9nocide. Ce n&#8217;est pas vouloir faire de la pol\u00e9mique ou de vouloir mettre mon pays au bord de la soci\u00e9t\u00e9. \u00c9videmment, il y a une complicit\u00e9, \u00e9videmment.<\/p>\n<p>Il n&#8217;y a m\u00eame pas d\u00e9bat pour moi sur cette question. Donc voil\u00e0 les petits pas. Non, en reconnaissant tout simplement ce qu&#8217;il y a. C&#8217;est moins important pour le pass\u00e9, parce que malheureusement, le pass\u00e9 a \u00e9t\u00e9 fait.<\/p>\n<p>Voil\u00e0. C&#8217;est tr\u00e8s important pour l&#8217;avenir, parce qu&#8217;encore une fois, tout g\u00e9nocide, qui est un crime d&#8217;\u00c9tat, le g\u00e9nocide est un crime d&#8217;\u00c9tat, aucune autre structure ne peut mener un g\u00e9nocide qu&#8217;un \u00c9tat, tout g\u00e9nocide peut se d\u00e9velopper sur des dizaines d&#8217;ann\u00e9es, le processus g\u00e9nocidaire peut se d\u00e9velopper, \u00e0 condition qu&#8217;il y ait des complicit\u00e9s d&#8217;autres \u00c9tats. C&#8217;est en cela que c&#8217;est important de relire les ph\u00e9nom\u00e8nes de complicit\u00e9, que ce soit de la France ou quelqu&#8217;un d&#8217;autre.<\/p>\n<p>L&#8217;Allemagne a reconnu en 2016, ce n&#8217;est pas assez connu dans l&#8217;histoire, qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 complice du g\u00e9nocide arm\u00e9nien. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique allemande a d\u00e9clar\u00e9 que l&#8217;Allemagne \u00e9tait complice du g\u00e9nocide arm\u00e9nien. Si vous relisez le g\u00e9nocide des Juifs en Europe, vous vous apercevez que les alli\u00e9s qui combattaient le r\u00e9gime nazi savaient depuis 1942 qu&#8217;il y avait le g\u00e9nocide des Juifs.<\/p>\n<p>Ils n&#8217;ont pris aucune disposition pour bloquer le g\u00e9nocide des Juifs. Ils ont fait la guerre, bien s\u00fbr, ils ont lib\u00e9r\u00e9 les pays, mais aucune disposition sp\u00e9cifique pour bloquer le g\u00e9nocide. La France, le rapport Muses le dit dans une formule simple, la France a rendu possible un g\u00e9nocide pr\u00e9visible.<\/p>\n<p>Je pense que c&#8217;est tr\u00e8s clair. Les probl\u00e8mes de complicit\u00e9, pour moi, c&#8217;est moins de mettre la France en cause. Elle l&#8217;est, elle l&#8217;est, voil\u00e0.<\/p>\n<p>C&#8217;est de bien comprendre qu&#8217;un g\u00e9nocide ne peut pas se d\u00e9rouler s&#8217;il n&#8217;y a pas la complicit\u00e9 et la complicit\u00e9 d&#8217;\u00c9tats qui peuvent bloquer la communaut\u00e9 internationale. <\/p>\n<p>D&#8217;o\u00f9 cette histoire du droit de veto, par exemple, en cas de massacre de masse ou de g\u00e9nocide. Le d\u00e9bat, il est l\u00e0 pour moi, et il est moins de se dire est-ce que la France a \u00e9t\u00e9 complice ou pas ? Bien s\u00fbr qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 complice, tout le monde a compris.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas \u00e7a le d\u00e9bat, c&#8217;est est-ce qu&#8217;on va cr\u00e9er, parce que les d\u00e9clarations sont int\u00e9ressantes, mais ce sont les actes qui comptent. <\/p>\n<p>{{Je crois que beaucoup de personnes pensent que chaque citoyen fran\u00e7ais est coupable de ce crime. Avez-vous r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ce fait ? On pense souvent que chaque citoyen est impliqu\u00e9. Ce sujet n&#8217;est pas suffisamment abord\u00e9, et on pourrait croire \u00e0 une haine \u00e9ternelle entre les citoyens des deux pays. Je ne pense pas que ce soit le cas. Vous avez fait un commentaire \u00e0 ce sujet.}}<\/p>\n<p>Non, ce n&#8217;est pas le cas, parce que premi\u00e8rement, ici au Rwanda, on ne ressent aucune vell\u00e9it\u00e9 de ce type. M\u00eame, moi je suis arriv\u00e9 au Rwanda bien avant que la France reconnaisse ses responsabilit\u00e9s, et jamais je me suis senti vis\u00e9, en tant qu&#8217;individu, en tant que fran\u00e7ais, par une acrimonie sp\u00e9cifique des Rwandais.<\/p>\n<p>Je pense un peu \u00e0 l&#8217;inverse, c&#8217;est-\u00e0-dire que les Rwandais font beaucoup la diff\u00e9rence entre les d\u00e9cisions politiques et les citoyens. Moi, je suis moins&#8230; Je pense que les citoyens, donc je suis dedans, ont une responsabilit\u00e9. <\/p>\n<p>Certes, la politique fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 cach\u00e9e pour une large partie aux citoyens fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Elle a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e dans des conditions tout \u00e0 fait ill\u00e9gales, y compris du point de vue de la Constitution fran\u00e7aise. L\u00e0-dessus, le rapport Duclerc est tr\u00e8s clair, et il d\u00e9taille toutes les fa\u00e7ons qu&#8217;a utilis\u00e9es l&#8217;\u00c9tat fran\u00e7ais de l&#8217;\u00e9poque pour cacher \u00e0 la population, pour ne pas prendre les d\u00e9cisions sur les bases d\u00e9mocratiques, vis-\u00e0-vis du Parlement, etc. \u00c7a, c&#8217;est vrai.<\/p>\n<p>Mais je pense que les Fran\u00e7ais, l\u00e0, je parle des citoyens, qui ont un lourd pass\u00e9 colonial, parce que ce n&#8217;est pas la seule entorse aux droits internationaux dont nous sommes coupables en France. Moi, j&#8217;ai milit\u00e9 contre la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie quand j&#8217;avais 12 ans, 14 ans, 16 ans. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 un massacre absolu.<\/p>\n<p>Il y a eu un million de morts dans la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie, un million d&#8217;Alg\u00e9riens qui ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. Donc, je pense que les Fran\u00e7ais ont une responsabilit\u00e9 profonde que si leur pays peut renouveler sans cesse ce type d&#8217;intrusion, ils en sont aussi responsables. Ils n&#8217;ont pas le regard suffisamment curieux et affit\u00e9 sur ce que font leurs dirigeants.<\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas une culture qui permet de sanctionner les politiques qui d\u00e9rogent aux valeurs fran\u00e7aises d&#8217;\u00e9galit\u00e9, de libert\u00e9, de fraternit\u00e9. Donc, je pense qu&#8217;on ne peut pas seulement dire que c&#8217;est la faute de Mitterrand, \u00e9videmment. Mitterrand a une responsabilit\u00e9 terrible et s&#8217;en d\u00e9barrasser comme \u00e7a.<\/p>\n<p>Non, je pense que c&#8217;est toute une fa\u00e7on qu&#8217;\u00e0 la France de se sentir au corps au-dessus des nations, cette esp\u00e8ce d&#8217;arrogance, comme si nous \u00e9tions les champions de la d\u00e9mocratie, alors que les faits nous d\u00e9montrent l&#8217;inverse. Toute notre histoire nous d\u00e9montre l&#8217;inverse. Donc, les Fran\u00e7ais ont une responsabilit\u00e9. Moi, j&#8217;ai une responsabilit\u00e9. J&#8217;essaie de l&#8217;assumer. <\/p>\n<p>J&#8217;ai honte d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 dans ce pays qui a jou\u00e9 ce r\u00f4le au Rwanda, comme elle l&#8217;a jou\u00e9 en Alg\u00e9rie, comme elle l&#8217;a jou\u00e9 dans 45 interventions militaires fran\u00e7aises en Afrique depuis la derni\u00e8re guerre mondiale.<\/p>\n<p>J&#8217;ai ma part de responsabilit\u00e9. J&#8217;essaie de l&#8217;assumer sous cette fa\u00e7on-l\u00e0, mais j&#8217;appelle les Fran\u00e7ais \u00e0 assumer leur propre part de responsabilit\u00e9. On ne peut pas dire \u00ab je ne savais pas \u00bb. C&#8217;est un terme qui n&#8217;existe pas pour moi. Un citoyen ne peut pas se cacher derri\u00e8re cette fa\u00e7on de vivre. <\/p>\n<p>{{Rassurez-vous, aujourd&#8217;hui, vous \u00eates citoyen originaire de Mayunzwe, au plus profond du Rwanda. <\/p>\n<p>Parlant de Mitterrand, je crois que c&#8217;est lui qui avait dit : \u00ab Un g\u00e9nocide dans ces pays, \u00e7a n&#8217;a pas la m\u00eame importance. \u00bb Alors, en \u00e9crivant \u00ab Entendez-nous \u00bb, vous vous adressez au monde entier. <\/p>\n<p>Ne serait-il pas n\u00e9cessaire d&#8217;avoir un \u00ab Entendez-nous \u00bb sp\u00e9cifiquement adress\u00e9 aux pays africains, surtout ceux de la r\u00e9gion ? Car ce devraient \u00eatre eux les premiers \u00e0 intervenir, ceux qui auraient d\u00fb intervenir.}}<\/p>\n<p>C&#8217;est vrai. Ce que je dis sur le citoyen fran\u00e7ais est valable pour moi, pour le citoyen africain aussi. Je pense que cette histoire du g\u00e9nocide perp\u00e9tr\u00e9 contre les Tutsi, les Africains ne se la sont pas appropri\u00e9e. <\/p>\n<p>Il y a beaucoup plus, aujourd&#8217;hui, d&#8217;articles, de reportages, de r\u00e9flexions profondes en Europe qu&#8217;en Afrique. C&#8217;est un fait qui est dommageable pour l&#8217;Afrique, tr\u00e8s certainement. Et donc oui, je pense que les Africains ont aussi une responsabilit\u00e9, bien s\u00fbr. Ils ont une responsabilit\u00e9, l\u00e0, y compris de la poursuite de processus g\u00e9nocidaires \u00e0 la fronti\u00e8re du Rwanda.<\/p>\n<p>Ils ne peuvent pas, \u00e0 mon avis, je ne suis pas un donneur d&#8217;ordre, mais ils ne peuvent pas faire comme s&#8217;il n&#8217;y avait pas ce g\u00e9nocide, comme si les Tutsi congolais ne subissaient pas des processus g\u00e9nocidaires, comme si l&#8217;id\u00e9e du double g\u00e9nocide qui reflorait dans la bouche quand le pr\u00e9sident du Congo, aujourd&#8217;hui, dit, par exemple, qu&#8217;il y a eu 10 millions de morts au Congo suite au g\u00e9nocide au Rwanda, on ne peut pas laisser dire \u00e7a. <\/p>\n<p>Donc oui, il y a un devoir de vigilance, il y a un devoir d&#8217;intervention, mais au sens citoyen du terme, sans se faire voiler par des processus qui sont des processus de haine. Oui, il y a une responsabilit\u00e9 africaine, bien s\u00fbr, et je pense qu&#8217;elle doit jouer son r\u00f4le.<\/p>\n<p>Moi, je suis particuli\u00e8rement heureux d&#8217;avoir entendu, par exemple, que les nouveaux dirigeants du S\u00e9n\u00e9gal ont parl\u00e9 de fa\u00e7on louangeuse du Rwanda, par exemple, d\u00e8s leur premi\u00e8re d\u00e9claration. <\/p>\n<p>Moi, j&#8217;\u00e9tais en France il y a un an et je me suis aper\u00e7u, en discutant avec les Africains de France, qui sont nombreux, surtout en r\u00e9gion parisienne, \u00e0 chaque fois que je parlais du Rwanda, il y avait une esp\u00e8ce d&#8217;espoir qui brillait. <\/p>\n<p>Donc je pense que la population africaine, si elle ne s&#8217;est pas saisie de ses propres responsabilit\u00e9s sur le g\u00e9nocide perp\u00e9tr\u00e9 contre les Tutsi, par contre, a un \u0153il aiguis\u00e9, plus qu&#8217;int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la fa\u00e7on dont le Rwanda \u00e9merge et est gouvern\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a l\u00e0 l&#8217;id\u00e9e que quelque chose d&#8217;important se joue sur leur continent. Donc le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat porte plus sur le g\u00e9nocide que sur le Rwanda d&#8217;aujourd&#8217;hui. Mais pour bien comprendre, il faut faire la liaison, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>{{Monsieur Le Scornet, vous avez \u00e9crit avec Charles Habonimana \u00ab Moi, le dernier Tutsi \u00bb, et vous venez \u00e9galement d&#8217;\u00e9crire un livre avec une veuve d&#8217;AVEGA. Avez-vous d&#8217;autres projets de collaboration en cours pour \u00e9crire \u00e0 propos du g\u00e9nocide contre les Tutsi ?}}<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9criture est une chose personnelle. Elle permet justement de transcender les gens avec qui vous \u00e9crivez aussi.<\/p>\n<p>Donc c&#8217;est un processus. \u00c9videmment, je n&#8217;aurais pas pu \u00e9crire ce livre sans mes 13 veuves du g\u00e9nocide. J&#8217;ai toujours beaucoup \u00e9crit. Je suis int\u00e9ress\u00e9 par la litt\u00e9rature. Je pense que la litt\u00e9rature, c&#8217;est vrai du cin\u00e9ma aussi, ce sont par les grandes \u0153uvres que vous touchez des populations. Et ce n&#8217;est pas seulement en recueillant des t\u00e9moignages. <\/p>\n<p>Il faut ensuite les \u00e9crire. Leur donner le souffle du langage qui permet justement de&#8230; Et donc, oui, bien s\u00fbr, premi\u00e8rement, nous avons cr\u00e9\u00e9 une maison d&#8217;\u00e9dition avec mon \u00e9pouse. <\/p>\n<p>Je salue mon \u00e9pouse qui est directrice de cette maison d&#8217;\u00e9dition parce que nous pensons que l\u00e0 encore, une des faiblesses en Afrique, c&#8217;est la faible pr\u00e9sence du livre, la faible pr\u00e9sence de maisons d&#8217;\u00e9dition parce que pour que le livre vive, il faut qu&#8217;il y ait des \u00e9diteurs.<\/p>\n<p>Et donc nous avons cr\u00e9\u00e9 une maison d&#8217;\u00e9dition, une petite maison d&#8217;\u00e9dition ici \u00e0 Kigali. Et premi\u00e8rement, nous avons la chance d&#8217;\u00e9diter pour le 30e anniversaire le livre de  Me Bernard MAINGIN avocat, que nous avons \u00e9dit\u00e9. <\/p>\n<p>C&#8217;est un grand plaisir de l&#8217;avoir fait, qui relate donc toute l&#8217;histoire judiciaire qui s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir de l&#8217;attentat sur le Falcon le 6 avril, c&#8217;est-\u00e0-dire il y a 30 ans aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>Donc ce livre est une cr\u00e9ation de la maison d&#8217;\u00e9dition histoire et images. Il y a maintenant d&#8217;autres auteurs rwandais qui commencent \u00e0 me proposer des manuscrits. C&#8217;est une petite maison, je n&#8217;ai pas de capitaux, je fais \u00e7a avec une certaine modestie \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Il faut que nos premiers livres marchent un peu pour qu&#8217;on puisse en tirer d&#8217;autres. J&#8217;ai un \u00e9crit qu&#8217;il faut que je retravaille, tr\u00e8s certainement, toujours dans cette p\u00e9riode du confinement. J&#8217;avais fait un \u00e9crit sur l&#8217;enfance du g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Parce que si ce g\u00e9nocide \u00e9tait un g\u00e9nocide du f\u00e9minin, c&#8217;\u00e9tait aussi un g\u00e9nocide de l&#8217;enfance. Et le g\u00e9nocide de l&#8217;enfance, il y a eu des t\u00e9moignages. Encore une fois, je ne suis pas le seul \u00e0 \u00e9crire. Il y a beaucoup de gens, et tant mieux, plus il y aura de gens qui \u00e9crivent. <\/p>\n<p>Mais je pense que il faut trouver les mots, l\u00e0 encore, d&#8217;o\u00f9 l&#8217;importance de l&#8217;\u00e9criture, qui permettent aux jeunes rwandais en particulier, mais aux jeunes du monde entier, de saisir ce qu&#8217;est un processus g\u00e9nocidaire et comment ils peuvent non pas l&#8217;endosser comme un fardeau, mais surtout pour ceux qui certes pour les rescap\u00e9s, mais aussi pour les enfants de g\u00e9nocideurs, pour qu&#8217;il ne soit pas un fardeau sur leur propre vie, mais qu&#8217;il soit un moyen \u00e0 eux-m\u00eames de devenir des hommes et des femmes tels qu&#8217;on les voudrait. C&#8217;est plut\u00f4t dans ce sens-l\u00e0 que j&#8217;ai envie d&#8217;\u00e9crire.<\/p>\n<p>{{Mais lorsque je vous interroge sur la mani\u00e8re dont vous, en tant qu&#8217;homme menant des recherches, cherchez \u00e0 amener les femmes \u00e0 parler de sujets tr\u00e8s intimes, vous r\u00e9pondez que vous \u00eates aussi une veuve du g\u00e9nocide, que vous faites partie de ces veuves. <\/p>\n<p>C&#8217;est cela, donc vous vous \u00eates int\u00e9gr\u00e9, je comprends. Mais quel a \u00e9t\u00e9 le processus d&#8217;acceptation de la part de ces femmes pour qu&#8217;elles vous acceptent ? Ce fut un parcours, n&#8217;est-ce pas ?}}<\/p>\n<p>L\u00e0, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 assez simple, ce sont elles qui sont venues me trouver. Ce n&#8217;est pas moi qui ai dit je veux \u00e9crire sur le g\u00e9nocide des f\u00e9minins. L\u00e0, c&#8217;\u00e9tait pour moi assez simple. Et je pense que c&#8217;est une certaine confiance. <\/p>\n<p>C&#8217;est vrai que le livre que j&#8217;ai \u00e9crit avec Charles, et je pense que dans les relations que nous avons cr\u00e9\u00e9es avec leurs associations et avec les personnes elles-m\u00eames, c&#8217;est elles qui m&#8217;ont demand\u00e9. Elles n&#8217;ont pas demand\u00e9 \u00e0 une femme, mais elles l&#8217;ont demand\u00e9 \u00e0 moi. <\/p>\n<p>Donc il y avait un sens y compris certainement pour elles. \u00c7a serait plut\u00f4t \u00e0 elles qui faudrait poser la question. Pourquoi avez-vous choisi un homme ? Mais ce sont elles qui m&#8217;ont choisi. Je ne suis pas un professionnel ni de l&#8217;\u00e9criture, je ne suis pas un scientifique.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai pas dit je vais m&#8217;occuper comme le font, avec la juste raison des chercheurs qui disent le probl\u00e8me f\u00e9minin, il faut que je le travaille, etc. Non, ce sont encore une fois les femmes qui sont venues me dire nous souhaiterions que vous \u00e9criviez sur notre fondation. <\/p>\n<p>{{Je sais que vous travaillez \u00e9troitement avec votre \u00e9pouse. Peut-\u00eatre est-elle li\u00e9e d&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre \u00e0 cette situation. Avait-elle des amis au sein de l&#8217;association ?}}<\/p>\n<p>Oui, elle est ind\u00e9niablement pour quelque chose. Mais pas dans le choix qu&#8217;ont fait les femmes. Parce que les 13 femmes concern\u00e9es, nous ne les connaissions pas r\u00e9ellement avant. Je pense que c&#8217;est plus par oui-dire, par la fa\u00e7on.<\/p>\n<p>Mais je dois \u00e0 mon \u00e9pouse d&#8217;avoir vraiment, elle a une telle communion ensuite avec ses s\u0153urs qu\u2019\u00e9videmment elle a cr\u00e9\u00e9, vous savez quand on se rencontrait \u00e0 la maison, parce qu&#8217;elles venaient \u00e0 la maison, il y avait toujours une p\u00e2tisserie, il y avait toujours un lien f\u00e9minin au sens fort du terme qui a beaucoup facilit\u00e9 bien s\u00fbr. <\/p>\n<p>Mais \u00e7a n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9clencheur. Ce sont les femmes qui se sont tourn\u00e9es vers un homme et je pense que c&#8217;est \u00e0 elles qu&#8217;il faut plut\u00f4t poser la question.<\/p>\n<p>{{Oui, je ne m&#8217;en fais pas, je vais le faire. Nous sommes \u00e0 la 30e comm\u00e9moration du g\u00e9nocide contre les Tutsi et vous avez \u00e9crit \u00ab Entendez-nous \u00bb, un livre qui se concentre principalement sur la p\u00e9riode r\u00e9cemment termin\u00e9e.<\/p>\n<p> Mais aujourd&#8217;hui, si vous deviez \u00e9crire un autre livre, cette fois sur les r\u00e9alisations plut\u00f4t que sur les horreurs v\u00e9cues, sur quoi porterait-il ? De quoi parleriez-vous ?}}<\/p>\n<p>Je vous ai dit sur les probl\u00e8mes de l&#8217;enfance, mais bon, je ne sais pas, je suis vieux, le temps m&#8217;est compt\u00e9. J&#8217;ai eu une vie, Dieu merci, tr\u00e8s tr\u00e8s riche. Et peu \u00e0 peu, en rem\u00e9morant, je trouve qu&#8217;il y a une certaine continuit\u00e9 dans le parcours qui est le mien. <\/p>\n<p>Donc, je ne sais pas, je pense que bien comprendre, j&#8217;aimerais faire bien comprendre, parce que beaucoup d&#8217;amis fran\u00e7ais se sont tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9s, et la famille plus encore, que nous d\u00e9cidions d&#8217;aller vivre au Rwanda. Et dans le fond, il reste pour eux un incompr\u00e9hensible. <\/p>\n<p>J&#8217;aimerais assez trouver la fa\u00e7on de montrer que dans le fond, c&#8217;est une continuit\u00e9, que j&#8217;ai toujours pens\u00e9 le Rwanda.<\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs, il y a une petite chose qui m&#8217;a toujours amus\u00e9, moi-m\u00eame, c&#8217;est que lorsque j&#8217;\u00e9tais gamin, j&#8217;\u00e9tais \u00e0 l&#8217;\u00e9cole comme tout le monde, pas longtemps, \u00e0 l&#8217;\u00e9cole primaire au moins, et quand les professeurs de g\u00e9ographie ont donn\u00e9 ce nom Rwanda-Urundi, je ne sais pas pourquoi, \u00e7a m&#8217;a fait quelque chose. <\/p>\n<p>Je ne connaissais rien du tout. Et longtemps, je ne me suis pas vraiment int\u00e9ress\u00e9, je me suis plus int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l&#8217;Alg\u00e9rie, au lieu o\u00f9 la France s\u00e9vissait depuis tant d&#8217;ann\u00e9es. Mais ce mot m&#8217;a toujours fait un peu r\u00eaver, et c&#8217;est assez amusant de le retrouver \u00e0 la fin de ma vie de fa\u00e7on aussi puissante. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1020\" height=\"560\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/coX0L8j3vys?si=UrZ0XlfEdbin1dCN\" title=\"YouTube video player\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Daniel Le Scornet, \u00e9crivain fran\u00e7ais, a pris la d\u00e9cision, en compagnie de son \u00e9pouse Christine le Scornet, de s&#8217;installer au Rwanda. Il a r\u00e9cemment publi\u00e9 un ouvrage intitul\u00e9 &#8220;Entendez-nous&#8221;, en collaboration avec Esther Mujawayo et d&#8217;autres veuves du g\u00e9nocide contre les Tutsi, membres de l&#8217;association Avega.<\/p>\n","protected":false},"author":476,"featured_media":4000049964,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7582],"tags":[7600,7610],"byline":[9810],"hashtag":[],"class_list":["post-34760","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-livres","tag-highlights-home","tag-mainslidenews","byline-franck_espoir-ndizeye"],"bylines":[{"id":9810,"name":"Franck_Espoir Ndizeye","slug":"franck_espoir-ndizeye","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":null}],"contributors":[{"id":9810,"name":"Franck_Espoir Ndizeye","slug":"franck_espoir-ndizeye","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":null}],"featured_image":{"id":4000049964,"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/maxresdefault-10.jpg","alt":"","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","width":0,"height":0,"sizes":{"thumbnail":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/maxresdefault-10.jpg","width":1,"height":1},"medium":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/maxresdefault-10.jpg","width":1,"height":1},"medium_large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/maxresdefault-10.jpg","width":1,"height":1},"large":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/maxresdefault-10.jpg","width":1,"height":1},"full":{"url":"https:\/\/fr-images.igihe.com\/IMG\/logo\/maxresdefault-10.jpg","width":0,"height":0}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34760","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/476"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34760"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34760\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4000049964"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34760"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=34760"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=34760"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=34760"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=34760"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}