{"id":20662,"date":"2016-11-06T14:11:17","date_gmt":"2016-11-06T14:11:17","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/lettre-ouverte-du-journaliste-marc-hoogsteyns-au-20662\/"},"modified":"2016-11-06T14:11:03","modified_gmt":"2016-11-06T14:11:03","slug":"lettre-ouverte-du-journaliste-marc-hoogsteyns-au","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/lettre-ouverte-du-journaliste-marc-hoogsteyns-au\/","title":{"rendered":"Lettre ouverte du journaliste Marc Hoogsteyns au Premier Ministre Belge sur la situation au Burundi"},"content":{"rendered":"<p>Lettre ouverte au Premier Ministre Charles Michel<\/p>\n<p>Monsieur le Ministre , je viens juste de rentrer du Burundi. Je suis Belge, journaliste et cameraman, bas\u00e9 dans la R\u00e9gion des Grands Lacs. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re j\u2019ai fait la couverture m\u00e9diatique des \u00e9v\u00e9nements au Burundi durant plusieurs mois ; mais aussi j\u2019ai mainte fois visit\u00e9 ce pays dans mon pass\u00e9. <\/p>\n<p>Et je suis en contact avec Vos postes diplomatiques dans la r\u00e9gion. Je n\u2019avais cach\u00e9 a personne que je pr\u00e9parais un reportage de 10 minutes sur la situation au Burundi et j\u2019avais m\u00eame inform\u00e9 quelques officiels Burundais que j\u2019allais venir. L\u2019autre raison pour laquelle j\u2019\u00e9tais parti : je voulais donner un cours de camera aux gens du journal Iwacu, le seul journal libre qui peut encore fonctionner dans ce pays. <\/p>\n<p>Certains de mes contacts au Burundi m\u2019avaient aussi dit que le pays \u00e9tait calme et que la vie reprenait. J\u2019ai aussi voulu filmer \u00e7a. Il y a dix jours, une coll\u00e8gue am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e dans le pays avec son fixateur et son chauffeur. Ils ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s apr\u00e8s cela, mais certains de leurs \u00e9quipements ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s. <\/p>\n<p>Le mois dernier, un coll\u00e8gue burundais du journal Iwacu a disparu et il est probablement mort. Iwacu est devenu comme un rocher sur une plage d\u00e9j\u00e0 vide parce que c\u2019est le dernier journal libre qui est encore op\u00e9rationnel dans le pays, apr\u00e8s que les autres m\u00e9dias libres ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s ou m\u00eame br\u00fbl\u00e9s au sol. La plupart des journalistes burundais ont fui, d\u2019autres sont pass\u00e9s sous terre et d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s ou m\u00eame tues.<\/p>\n<p>Alors je savais d\u2019avance que ma mission serait difficile. Mais je voulais encore y aller, Monsieur le Ministre. Et je voulais interroger les responsables gouvernementaux pour \u00e9quilibrer d\u2019autres entretiens avec des membres de l\u2019opposition burundaise, des gens qui avaient \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s, etc. <\/p>\n<p>Je suis entr\u00e9 dans le pays d\u2019une mani\u00e8re parfaitement l\u00e9gal: je suis un r\u00e9sident dans cette r\u00e9gion et comme tel nous pouvons voyager Librement aux pays voisins. J\u2019avais \u00e9galement inform\u00e9 un couple de hauts fonctionnaires burundais que je viendrais. \u00c0 Bujumbura, j\u2019ai demand\u00e9 une accr\u00e9ditation comme je l\u2019ai toujours fait. D\u2019abord, ils m\u2019ont dit que ce ne serait pas un probl\u00e8me, mais quand je suis all\u00e9 chercher mes papiers, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 au bureau d\u2019un des responsables du CNC, l\u2019organe qui fournit les cartes de presse. <\/p>\n<p>Il m\u2019a dit clairement que j\u2019\u00e9tais entr\u00e9 au Burundi \u00abill\u00e9galement\u00bb en tant que journaliste et que ma s\u00e9curit\u00e9 sur le sol burundais ne pouvait \u00eatre garantie tant que je resterais dans le pays. Cela, Monsieur le Ministre, c\u2019\u00e9tait une menace direct! Au CNC on me disait aussi ouvertement que presque tous les m\u00e9dias Belges \u00e9taient contre eux.<\/p>\n<p>Des gens comme moi s\u2019habituent \u00e0 \u00eatre expuls\u00e9s des pays, \u00e0 se voir refuser des accr\u00e9ditations et \/ ou des visas pour les points chauds que nous essayons de couvrir. Parfois, nous couvrons \u00e9galement les conflits avec les groupes rebelles et nous voyageons dans les pays o\u00f9 ils se battent sans visa. Je ne veux donc pas me plaindre du fait que le gouvernement burundais ne veut pas que je fasse mon travail dans leur pays ou qu\u2019ils ne veulent pas r\u00e9agir aux all\u00e9gations de l\u2019opposition qui est maintenant principalement active \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays. <\/p>\n<p>Mais ce que je veux souligner dans cette lettre, c\u2019est le fait que la situation au Burundi s\u2019aggrave du jour au jour. Je couvrais les troubles sur place pour plusieurs m\u00e9dias. Mais aujourd\u2019hui, la situation ne fait que s\u2019aggraver: j\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 plusieurs diplomates \u00e0 Bujumbura et ils m\u2019ont tous racont\u00e9 la m\u00eame histoire. Ils ont tous des informations sur les arrestations en cours et le fait que beaucoup de gens sont en train de dispara\u00eetre. <\/p>\n<p>Non seulement les membres de l\u2019opposition, mais aussi les personnes innocentes et les gens qui collaborent avec le r\u00e9gime. Personne ne semble \u00eatre en s\u00e9curit\u00e9 pour ce qu\u2019on appelle le SNR (Service National de Renseignements) ou la Documentation.<\/p>\n<p>Ces diplomates m\u2019ont dit que la tactique de la terreur avait chang\u00e9: l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, ils ont arr\u00eat\u00e9 ouvertement les gens dans les rues. Aujourd\u2019hui les gens sont arr\u00eat\u00e9s, un par un, dans leurs villages. Et ils disparaissent tout simplement. La plupart d\u2019entre eux ne reviennent plus. Il est difficile de coller un nombre \u00e0 ces arrestations, mais on m\u2019a dit que si l\u2019on sait que chaque jour une personne est arr\u00eat\u00e9e dans chaque village burundais, le nombre total de personnes qui disparaissent par mois serait de plusieurs centaines. <\/p>\n<p>Cette histoire est confirm\u00e9e par d\u2019autres qui pourraient \u00e9chapper et d\u2019autres qui ont \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9s dans les cellules du SNR. J\u2019ai \u00e9galement parl\u00e9 aux r\u00e9fugi\u00e9s burundais qui viennent de fuir le pays. Il est devenu impossible de visiter les Burundais \u00e0 la maison et de leur parler parce que ceux qui re\u00e7oivent des visiteurs sont oblig\u00e9s d\u2019en informer les chefs locaux.<\/p>\n<p>Au Burundi, tout le monde espionne tout le monde. Pour moi, il \u00e9tait difficile de quitter le centre-ville parce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 ouvertement suivi par les gens de la Documentation. Mais j\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 de vieux amis dans les caf\u00e9s et ils m\u2019ont tous dit la m\u00eame chose: les gens vivent dans la terreur, personne ne sait ce que l\u2019avenir va leur apporter et ils se sentent tous oubli\u00e9s par la communaut\u00e9 internationale. Ceux qui peuvent encore fuient le pays, mais beaucoup d\u2019entre eux sont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re par les milices du pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Je suis retourn\u00e9 au Burundi pour parler aux responsables. Mais ils m\u2019ont refus\u00e9! Trouver un b\u00e2ton pour battre un chien n\u2019est pas difficile. Mais ce que je ne comprends pas, Monsieur le Ministre, c\u2019est que le monde ext\u00e9rieur ne veut pas r\u00e9agir aux probl\u00e8mes actuels du pays. Les Imbonerakure, la milice du pr\u00e9sident, maintient le pays dans une position ferme. Ils sont bien \u00e9quip\u00e9s et pr\u00eats \u00e0 r\u00e9agir si le pays serait attaqu\u00e9. <\/p>\n<p>Le pays se pr\u00e9pare pour une nouvelle guerre! <\/p>\n<p>Il se transforme en une deuxi\u00e8me \u00abCor\u00e9e du Nord\u00bb et nous avons tous permis que cela se produise. Alors que tout cela se produit, certains de leurs meilleurs dirigeants marquent le monde entier pour trouver du soutien. Dans mon h\u00f4tel de Bujumbura, j\u2019ai vu Willy Nyamitwe, l\u2019un des conseillers les plus proches du pr\u00e9sident, s\u2019adresser \u00e0 une petite foule de gens au Canada \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision (son discours a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 sur la t\u00e9l\u00e9vision nationale burundaise). <\/p>\n<p>Il pr\u00e9tendait que la paix dans le pays \u00e9tait maintenant r\u00e9tablie et qu\u2019ils \u00e9taient m\u00eame ouverts \u00e0 la presse \u00e9trang\u00e8re et aux groupes de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme pour examiner toutes les all\u00e9gations en leur nom. Cet homme est consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00abJoseph Goebels\u00bb du r\u00e9gime-Nkurunziza et comme vous lisez ma lettre, il fait la m\u00eame chose en Europe. Je me demande pourquoi vous lui avez tous permis de faire cela.<\/p>\n<p>Monsieur le Ministre, je vous demande de d\u00e9fendre ce pays et de dire \u00e0 ses dirigeants que c\u2019est assez. La Belgique connait bien les Burundais et on peut pas les abandonner. Le fait que le Moyen-Orient soit en feu ne nous permet pas d\u2019oublier d\u2019autres conflits et des questions urgentes. Le Burundi est un beau pays avec des gens tr\u00e8s hospitaliers et sympathiques. Ne laissez pas un couple de radicaux corrompus d\u00e9truire cela! Et ne venez surtout pas me dire quand ce sera trop tard que Vous n\u2019\u00e9tiez pas au courant de la situation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettre ouverte au Premier Ministre Charles Michel Monsieur le Ministre , je viens juste de rentrer du Burundi. Je suis Belge, journaliste et cameraman, bas\u00e9 dans la R\u00e9gion des Grands Lacs. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re j\u2019ai fait la couverture m\u00e9diatique des \u00e9v\u00e9nements au Burundi durant plusieurs mois ; mais aussi j\u2019ai mainte fois visit\u00e9 ce pays dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":453,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7557],"tags":[7605],"byline":[9306],"hashtag":[],"class_list":["post-20662","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-justice-31","tag-homenews","byline-agence-bujumbura-news-burundi"],"bylines":[{"id":9306,"name":"Agence BUJUMBURA News (Burundi)","slug":"agence-bujumbura-news-burundi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":null}],"contributors":[{"id":9306,"name":"Agence BUJUMBURA News (Burundi)","slug":"agence-bujumbura-news-burundi","description":"","image":{"id":0,"url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/?s=96&d=mm&f=y&r=g","alt":"Default avatar","title":"Default avatar","caption":"","mime_type":"image\/jpeg","sizes":[]},"user_id":null}],"featured_image":null,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/users\/453"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20662"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20662\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20662"},{"taxonomy":"byline","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/byline?post=20662"},{"taxonomy":"hashtag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/wp-json\/wp\/v2\/hashtag?post=20662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}