{"id":19768,"date":"2016-08-19T11:42:00","date_gmt":"2016-08-19T11:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/colette-braeckman-lorsque-fidel-castro-changea-l-19768\/"},"modified":"2016-08-19T11:39:51","modified_gmt":"2016-08-19T11:39:51","slug":"colette-braeckman-lorsque-fidel-castro-changea-l","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.igihe.com\/french\/colette-braeckman-lorsque-fidel-castro-changea-l\/","title":{"rendered":"Colette BRAECKMAN : Lorsque Fidel Castro changea l\u2019histoire de l\u2019Afrique"},"content":{"rendered":"<p>{ {{D\u00e9but novembre 1975, Luanda retenait son souffle : \u00e0 la veille de la date fix\u00e9e pour l\u2019ind\u00e9pendance, alors qu\u2019un pont a\u00e9rien avait emport\u00e9 les derniers colons portugais, la capitale de l\u2019Angola \u00e9tait prise en \u00e9tau. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, depuis le Za\u00efre de Mobutu, les troupes du FNLA (Front national pour la lib\u00e9ration de l\u2019Angola) progressaient et \u00e0 Caxito elles s\u2019\u00e9taient empar\u00e9es du dernier verrou les s\u00e9parant de la capitale.<br \/>\n}} }<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, Jonas Savimbi et ses hommes, qui avan\u00e7aient de 75 km par jour, \u00e9tait \u00e9paul\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e sud africaine, la plus puissante de la r\u00e9gion, qui occupait le vaste territoire du Sud Ouest africain.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque, le groupe rebelle le plus important, comportant le plus de cadres qualifi\u00e9s, souvent d\u2019origine m\u00e9tisse, \u00e9tait le MPLA (Mouvement populaire pour la lib\u00e9ration de l\u2019Angola) dirig\u00e9 par le Dr Agostinho Neto et il avait le contr\u00f4le de la capitale. Dans leurs petits bureaux de Luanda, les dirigeants du MPLA, dont Jos\u00e9 Eduardo dos Santos, l\u2019actuel pr\u00e9sident, qui \u00e9tait alors charg\u00e9 des relations ext\u00e9rieures du parti, pr\u00e9paraient la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019ind\u00e9pendance, fix\u00e9e au 15 novembre. <\/p>\n<p>Mais ils avaient aussi, sous leur bureau, une valise d\u00e9j\u00e0 boucl\u00e9e, au cas o\u00f9 une d\u00e9faite de leurs troupes les obligerait \u00e0 se replier en h\u00e2te\u2026Dos Santos, que nous avions rencontr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019avait cependant pas l\u2019allure d\u2019un homme aux abois. Il se montrait confiant et assurait que \u00ab tout pouvait encore arriver \u00bb.<\/p>\n<p>De fait, le 3 novembre, le Dr Neto, voyant que ses troupes form\u00e9es \u00e0 la gu\u00e9rilla \u00e9taient incapables de faire face \u00e0 une guerre de grande \u00e9chelle men\u00e9e en rase campagne, avait fait appel \u00e0 l\u2019aide cubaine et demand\u00e9 des renforts. La r\u00e9ponse ne tarda gu\u00e8re : 48 heures plus tard, le bureau du parti communiste cubain donnait son accord \u00e0 une intervention d\u00e9cisive. <\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9ration Carlota \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e, portant le nom de Carlota Lukumi, une esclave noire qui, dans une plantation de Matanzas, avait, le 5 novembre 1843, empoign\u00e9 sa machette et pris la t\u00eate d\u2019une r\u00e9bellion qui allait mener \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de Cuba.<\/p>\n<p>Le 7 novembre 1975, les 82 premiers soldats cubains, en civil et dot\u00e9s d\u2019armes l\u00e9g\u00e8res, embarquaient sur un vol des Cuban Airlines en direction de la Guin\u00e9e Bissau. Dans les jours qui suivirent, par air et par mer, des milliers de Cubains allaient \u00eatre envoy\u00e9s en Angola, stoppant net l\u2019offensive du FNLA dans les faubourgs de la capitale. <\/p>\n<p>Fin novembre, \u00e0 Ebo, huit blind\u00e9s sur africains qui accompagnaient une \u00ab colonne zouloue \u00bb furent mis hors de combat, un r\u00e9pit qui permit l\u2019acheminement de troupes suppl\u00e9mentaires venues de Cuba et d\u2019armes envoy\u00e9es par l\u2019Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>A cette \u00e9poque, la guerre froide faisait rage et les Am\u00e9ricains, qui avaient soutenu l\u2019intervention sud africaine et appuyaient leur alli\u00e9 Mobutu, d\u00e9nonc\u00e8rent une implication directe de Moscou, assurant que les Cubains n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 que des \u00ab mercenaires \u00bb.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est bien diff\u00e9rente : l\u2019action cubaine avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e par Fidel Castro en personne et s\u2019inscrivait dans une longue histoire de solidarit\u00e9 avec l\u2019Afrique, ouverte par le s\u00e9jour de Che Guevara au Congo au milieu des ann\u00e9es 60.<\/p>\n<p>Par la suite, d\u00e9crivant l\u2019op\u00e9ration Carlota, l\u2019\u00e9crivain Gabriel Garcia Marquez devait expliquer que Fidel Castro avait lui-m\u00eame pris la t\u00eate des op\u00e9rations : \u00ab il n\u2019y avait pas un seul petit point sur la carte d\u2019Angola qu\u2018il fut incapable d\u2019identifier, pas une particularit\u00e9 du terrain qu\u2019il ne conn\u00fbt par c\u0153ur. Il \u00e9tait si m\u00e9ticuleusement absorb\u00e9 par la guerre d\u2019Angola qu\u2019il pouvait citer n\u2019importe quelle statistique relative \u00e0 l\u2019Angola comme s\u2019il se f\u00fbt agi de Cuba elle-m\u00eame.(\u2026) <\/p>\n<p>Quand la situation \u00e9tait critique, Fidel Castro pouvait passer jusqu\u2019\u00e0 14 heures d\u2019affil\u00e9e dans la pi\u00e8ce qui lui servait de quartier g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 distance, sans manger et sans boire, comme s\u2019il \u00e9tait vraiment sur le champ de bataille. Il suivait le cours des engagements avec des \u00e9pingles sur des cartes d\u00e9taill\u00e9es, se tenant en contact avec le haut commandement du MPLA sur place. \u00bb<\/p>\n<p>Fin 1975, 36.000 militaires cubains se battaient en Angola et les op\u00e9rations tactiques et strat\u00e9giques \u00e9taient suivies et dirig\u00e9es jour apr\u00e8s jour par Fidel Castro en personne, renseign\u00e9 par les satellites sovi\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Il fallut attendre 1988 pour que l\u2019intervention cubaine fasse d\u00e9finitivement basculer l\u2019histoire de l\u2019Afrique : le 23 mars, les troupes cubaines et angolaises soutenant la SWAPO, le mouvement de lib\u00e9ration de la Namibie, stopp\u00e8rent une avanc\u00e9e sud africaine \u00e0 Cuito Canavale dans le sud de l\u2019Angola. <\/p>\n<p>Cette d\u00e9faite allait s\u2019av\u00e9rer fatale pour Pretoria : elle entra\u00eena l\u2019ind\u00e9pendance de la Namibie et, plus tard, la lib\u00e9ration de Nelson Mandela et la fin progressive du r\u00e9gime d\u2019apartheid qui d\u00e9boucha sur les \u00e9lections d\u00e9mocratiques de 1994.<\/p>\n<p>Cuba entre-temps avait d\u00e9velopp\u00e9 d\u2019autres formes de coop\u00e9ration avec l\u2019Afrique : plus de 40.000 \u00e9tudiants africains avaient b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de bourses d\u2019\u00e9tudes sur l\u2019\u00eele tandis que des dizaines de milliers de m\u00e9decins cubains ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s sur le continent, combattant en premi\u00e8re ligne un adversaire plus dangereux encore que les blind\u00e9s sud africains : l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de fi\u00e8vre Ebola\u2026<\/p>\n<p>Fidel Castro a aujourd\u2019hui 90 ans: les jeunes d\u2019Afrique savent ils encore ce qu\u2019ils lui doivent?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>{ {{D\u00e9but novembre 1975, Luanda retenait son souffle : \u00e0 la veille de la date fix\u00e9e pour l\u2019ind\u00e9pendance, alors qu\u2019un pont a\u00e9rien avait emport\u00e9 les derniers colons portugais, la capitale de l\u2019Angola \u00e9tait prise en \u00e9tau. 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