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Un tribunal kényan suspend le projet de quarantaine Ebola destiné aux ressortissants américains
Dans une décision rendue par la juge Patricia Nyaundi, le tribunal interdit au gouvernement kényan de mettre en place ou d’exploiter toute installation de quarantaine, d’isolement ou de traitement liée à Ebola sous des arrangements impliquant les États-Unis ou tout autre gouvernement étranger.
Les autorités kényanes ne pourront également ni admettre, ni recevoir, ni transférer, ni faciliter l’entrée sur le territoire de personnes exposées ou infectées par Ebola dans le cadre de cet accord contesté, jusqu’à ce que l’affaire soit examinée sur le fond.
Cette décision judiciaire fait suite à une requête urgente déposée par le Katiba Institute, une organisation kényane de défense des droits, qui remet en cause la légalité et la constitutionnalité de l’accord présumé conclu entre le Kenya et les États-Unis concernant la gestion de ressortissants américains exposés au virus.
Le tribunal a ordonné au requérant de notifier tous les défendeurs dans un délai de 24 heures, tandis que les parties concernées devront soumettre leurs réponses dans les 48 heures. L’affaire devrait revenir devant la justice la semaine prochaine pour de nouvelles orientations.
La polémique a éclaté après l’annonce par les États-Unis d’un financement de 13,5 millions de dollars américains, soit environ 20 milliards de francs rwandais, destiné à renforcer la préparation du Kenya face à Ebola, dans un contexte d’aggravation de l’épidémie en Afrique centrale.
Selon une déclaration attribuée au porte-parole du département d’État américain, Tommy Pigott, le secrétaire d’État Marco Rubio a échangé avec le président kényan William Ruto au sujet des efforts régionaux de lutte contre Ebola et des mesures de préparation sanitaire.
« Le gouvernement des États-Unis entend engager 13,5 millions de dollars pour soutenir les efforts de préparation du Kenya face à Ebola et a déjà consacré 112 millions de dollars d’aide bilatérale à la réponse régionale », précise le communiqué.
Des informations relayées dans les médias indiquaient qu’un centre d’isolement de 50 lits destiné aux ressortissants américains exposés à Ebola devait être installé sur la base aérienne de Laikipia, située à environ 200 kilomètres au nord de Nairobi. Le site devait être administré par du personnel médical américain.
Le projet a suscité une vive opposition de la part de professionnels de santé, d’experts juridiques et d’organisations de défense des droits humains, qui estiment que le Kenya ne dispose pas d’infrastructures de haute sécurité suffisantes pour gérer un tel centre sans risques.
Dans ses documents judiciaires, le Katiba Institute affirme que l’accord aurait été négocié « dans le secret », sans consultation publique ni contrôle parlementaire, tout en présentant des « risques graves et imminents » pour la santé publique.
Le Syndicat kényan des médecins, pharmaciens et dentistes a également menacé de lancer une grève, accusant le gouvernement de compromettre la biosécurité nationale.
Son secrétaire général, Davji Atellah, a déclaré que le Kenya ne devait pas devenir une « décharge » pour des personnes exposées à Ebola et refusées ailleurs.
Cette affaire intervient alors qu’une importante flambée d’Ebola frappe l’est de la République démocratique du Congo, où plus de 220 décès et plus de 1 000 cas suspects ont été signalés depuis la mi-mai. L’Ouganda a également confirmé au moins sept cas liés à cette épidémie.
