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Senyoni Alphonse témoigne sur les coulisses du 7 avril 1994 et la tentative de prise de pouvoir de Bagosora
Aujourd’hui secrétaire de la Commission nationale de démobilisation et de réintégration des anciens militaires (RDRC), il affirme avoir occupé des fonctions importantes au sein des Forces armées rwandaises (Ex-FAR). Entré dans l’armée en 1984, il aurait bénéficié d’une formation à l’étranger dans le domaine du secrétariat, ce qui lui a permis d’intégrer en 1987 le secrétariat de l’état-major général des forces armées.
En 1990, il est affecté au camp militaire de Gako, où il travaille dans la coordination du secrétariat et de la gestion financière, en pleine période de début de la guerre de libération. Il indique avoir continué à exercer ces fonctions jusqu’en 1994, année du génocide contre les Tutsi, alors qu’il était toujours en service dans la structure administrative militaire. Il affirme également avoir rédigé le procès-verbal d’une réunion des hauts officiers tenue après la chute de l’avion du président Habyarimana.
Selon son témoignage, le soir du 7 avril 1994, le colonel Théoneste Bagosora, alors chef de cabinet au ministère de la Défense, a convoqué une réunion d’officiers supérieurs à l’École supérieure militaire, aujourd’hui intégrée à l’UR-CST. Comme les réunions étaient consignées à la main, les notes auraient été transmises au service de secrétariat militaire, où Senyoni dit les avoir dactylographiées avant leur envoi au ministère de la Défense.
Il affirme que l’un des principaux points de cette réunion était la désignation du colonel Bagosora comme président de la République pour succéder à Juvénal Habyarimana, décédé la veille.
Toutefois, lorsqu’un groupe d’officiers français présents dans le cadre de la coopération militaire a consulté le procès-verbal, ils auraient averti que cette nomination pourrait être interprétée comme une prise de pouvoir illégale et attribuée aux forces armées rwandaises dans l’attentat et le coup d’État.
À la suite de ces observations, les responsables militaires auraient finalement décidé de respecter les procédures constitutionnelles. Ils ont alors renoncé à la prise de pouvoir par Bagosora et se sont tournés vers la mise en œuvre de la succession prévue par les textes.
Dans ce contexte, des éléments de la garde présidentielle ont été mobilisés pour aller chercher Théodore Sindikubwabo, alors à Butare. Pendant ce temps, la situation à Kigali se détériorait rapidement : la Première ministre Agathe Uwilingiyimana et le président de la Cour constitutionnelle Joseph Kavaruganda avaient déjà été assassinés, tandis que des violences se propageaient dans la capitale. Les membres de la garde présidentielle étaient eux-mêmes divisés et impliqués dans des affrontements internes.
Conformément à la Constitution de l’époque, en cas de vacance du pouvoir présidentiel, la succession revenait au Premier ministre ou au président de l’Assemblée nationale. Le Premier ministre étant déjà tué, c’est donc Théodore Sindikubwabo, président de l’Assemblée nationale, qui devait assurer l’intérim présidentiel. Toutefois, selon Senyoni, son transfert vers Kigali s’est déroulé dans le chaos, les soldats l’ayant conduit dans des conditions difficiles, certains pensant même qu’il allait être exécuté.
Il décrit l’arrivée de Sindikubwabo à Kigali comme confuse et marquée par la peur, avant qu’une annonce officielle à la Radio Rwanda ne confirme dans la soirée sa nomination à la présidence de la République. Selon lui, cette transition s’est faite alors que le pays basculait déjà dans le génocide.
Senyoni affirme avoir ensuite fui vers la République démocratique du Congo, où il est resté jusqu’en 2010. Sur les cinq enfants qui l’avaient accompagné, trois sont rentrés avec lui au Rwanda, où ils ont bénéficié d’un soutien éducatif de la fondation Imbuto Foundation.
Depuis son retour, il dit avoir retrouvé la confiance des autorités rwandaises et occupe depuis environ 15 ans le poste de secrétaire du RDRC, appelant enfin les Rwandais encore présents dans l’est de la RDC à rentrer au pays, assurant que le Rwanda reste ouvert à leur réintégration, et exhorte la population à préserver l’unité nationale.

