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Retarder l’avancée du FPR et armer les ex-FAR : les plans de Mitterrand un an avant le génocide contre les Tutsi
Selon des archives issues d’un conseil restreint tenu le 3 mars 1993 à l’Élysée, auquel participaient le président français, le Premier ministre, les ministres des Affaires étrangères, de la Défense et de la Coopération, ainsi que de hauts responsables militaires, la situation de la guerre au Rwanda figurait au centre des discussions.
Au cours de cette réunion, Marcel Debargue, alors ministre de la Coopération, revenant d’une mission en Ouganda et au Rwanda, aurait expliqué que le président Habyarimana avait été mal informé sur la situation militaire et faisait face à de graves difficultés sur le terrain.
Il aurait souligné que l’armée rwandaise combattait de manière désorganisée face à l’avancée des troupes de l’Armée patriotique rwandaise (APR), branche armée du Front patriotique rwandais (FPR), notamment dans la région de Byumba. Cette progression poussait déjà la Belgique à préparer l’évacuation de ses ressortissants, tandis que des interrogations se posaient sur le repositionnement des troupes françaises présentes au Rwanda.
Les discussions intervenaient également au moment où la communauté internationale envisageait le déploiement de Casques bleus des Nations unies dans le pays.
Selon les documents consultés, François Mitterrand aurait estimé qu’il valait mieux retirer les troupes françaises avant qu’elles ne deviennent de simples spectateurs d’une future intervention internationale.
Le président français aurait également défendu la poursuite du soutien militaire au régime rwandais, déclarant : « Nous n’avons aucun intérêt à voir les Tutsis conquérir rapidement de vastes territoires. Il faut gagner du temps, les freiner par tous les moyens diplomatiques possibles et continuer à soutenir l’armée rwandaise en lui fournissant toutes les armes nécessaires. »
Durant cette période, la France a continué à maintenir une présence militaire au Rwanda à travers plusieurs opérations officiellement présentées comme destinées à protéger les ressortissants français.
Des déclarations antérieures attribuées à Mitterrand témoigneraient également d’une méfiance envers le FPR. Le 17 octobre 1990, il aurait affirmé que même en cas de victoire militaire du mouvement rebelle, les populations hutues du Rwanda et des pays voisins finiraient par se mobiliser pour le renverser.
Par ailleurs, la zone Turquoise instaurée par la France à Gikongoro est également pointée du doigt pour avoir permis le repli de miliciens Interahamwe et de soldats des FAR vers le Zaïre, aujourd’hui la République démocratique du Congo, où ils se sont réorganisés avec l’objectif de reprendre le pouvoir au Rwanda.
Plusieurs anciens responsables du régime de Habyarimana ont également trouvé refuge en France, où certains vivent encore aujourd’hui.
