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RDC : Kisangani au cœur d’une nouvelle escalade entre l’AFC/M23 et Kinshasa
Selon plusieurs sources, une première attaque majeure est enregistrée dans la nuit du 31 janvier au 1er février 2026, lorsque le mouvement AFC/M23 revendique une opération de drones visant l’aéroport de Kisangani-Bangoka.
Cette attaque est interprétée par ses auteurs comme une action contre un centre de coordination militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) utilisé pour des opérations aériennes dans l’Est du pays.
Quelques jours plus tard, début février 2026, des sources provinciales et militaires signalent une tentative de nouvelles frappes de drones sur la même infrastructure aéroportuaire, certaines étant interceptées avant d’atteindre leurs objectifs. Ces épisodes successifs confirment que Kisangani n’est plus perçue comme une zone arrière sécurisée, mais comme un espace intégré au champ opérationnel du conflit.
En mars 2026, la dynamique se poursuit avec des informations faisant état d’opérations nocturnes attribuées à des unités mobiles liées à l’AFC/M23, visant des infrastructures qualifiées de stratégiques par les différentes parties. Et l’attaque de l’aéroport de Kisangani ce Dimanche 24 mai 2026.
Cette continuité d’actions renforce l’idée d’une extension géographique du conflit, qui dépasse désormais les seules provinces historiquement touchées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pour atteindre des zones plus centrales du territoire congolais.
C’est dans ce contexte qu’intervient la déclaration de Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, le 25 mai, dénonçant l’usage de Kisangani.
«La sanctuarisation de cette base arrière est terminée. Pour le régime de Kinshasa, le temps de l’arrogance technologique est révolu. La récréation est finie. Si Tshisekedi veut le dialogue, nous sommes preneurs, mais s’il veut la guerre, qu’il accepte d’assumer toutes les conséquences », a-t-il déclaré.
Cette rhétorique s’inscrit dans une logique de dissuasion stratégique, visant à signaler que les zones jusque-là considérées comme hors du théâtre direct des combats ne le seraient plus.
Déséquilibres militaires et fragilisation des accords de paix
L’évolution de la situation autour de Kisangani illustre une transformation profonde du conflit congolais : la transition d’une guerre de positions locales vers une guerre de profondeur stratégique, où les infrastructures logistiques, les aéroports et les centres de commandement deviennent des cibles centrales.
Selon plusieurs analyses sécuritaires et articles de presse, les FARDC auraient intensifié l’usage de drones et de capacités aériennes pour frapper des positions rebelles dans les zones de l’Est, tandis que l’AFC/M23 affirme répondre à ces opérations en ciblant les infrastructures qu’elle considère comme intégrées au dispositif militaire gouvernemental.
Cette évolution intervient malgré les cadres de désescalade engagés à travers les processus diplomatiques récents, notamment les initiatives de Doha et les mécanismes de suivi issus des discussions de Montreux et de Washington.
Ces accords avaient pourtant établi des principes essentiels : cessez-le-feu, protection des civils, mécanismes de vérification et reprise du dialogue politique.
Mais sur le terrain, les violations répétées, les accusations croisées et l’absence de mécanisme coercitif robuste ont progressivement affaibli leur portée.
L’épisode de Kisangani révèle ainsi une double dynamique : d’une part, une extension géographique du champ de bataille, où les zones centrales deviennent vulnérables.
D’autre part, une guerre de communication stratégique, chaque camp cherchant à imposer son récit de légitimité et de légitime défense.
Dans ce contexte, le silence relatif ou la communication prudente des autorités congolaises face à certaines déclarations contribue à entretenir une zone d’incertitude politique et militaire.
Cette absence de réponse structurée peut être interprétée soit comme une stratégie de réserve, soit comme le signe d’une difficulté à stabiliser le narratif officiel face à la multiplication des fronts.
Au-delà de l’aspect militaire, Kisangani devient un marqueur symbolique majeur : celui du basculement d’un conflit périphérique vers une confrontation plus systémique.
La ville, historiquement perçue comme un espace stratégique mais relativement éloigné des lignes de front actives, apparaît désormais intégrée à la logique de pression militaire et de démonstration de capacité.
La déclaration de Corneille Nangaa s’inscrit ainsi dans une logique de reconfiguration du rapport de force : elle ne se limite pas à une menace, mais vise à redéfinir les règles implicites du conflit, en affirmant que la profondeur territoriale ne constitue plus une garantie de sécurité.
Dans cette perspective, Kisangani ne représente pas seulement un théâtre d’opérations ponctuel, mais un symbole de la fragilisation des équilibres militaires et diplomatiques dans l’Est de la RDC. Elle incarne également la difficulté persistante à transformer les accords de paix en réalités opérationnelles durables.
