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Quand la tribune internationale devient l’espace de la déformation des faits et de la propagande
Face aux journalistes de TV5 Monde le 25 mai dernier, le porte-parole du gouvernement a une nouvelle fois livré un récit marqué par des approximations, des omissions significatives et des affirmations difficilement conciliables avec les faits observables sur le terrain.
Avec le culot d’un arracheur de dents, il érige la propagande en méthode de gouvernement, substituant à l’examen objectif des réalités sanitaires et sécuritaires un discours d’autosatisfaction qui résiste mal à la confrontation avec les données disponibles.
L’expérience des épidémies ou l’aveu d’un échec structurel
Patrick Muyaya a présenté comme un motif de satisfaction le fait que la République démocratique du Congo en soit à sa dix-septième épidémie, y voyant la preuve d’une expérience accumulée dans la gestion des crises sanitaires.
Cette présentation occulte cependant la question fondamentale : pourquoi la RDC demeure-t-elle l’un des principaux foyers épidémiques du continent africain ? L’argument de l’expérience ne saurait masquer la persistance d’une vulnérabilité sanitaire chronique.
L’exemple d’Ebola est particulièrement révélateur. Alors que les autorités revendiquent une expertise reconnue, l’Ituri continue d’enregistrer des victimes. À cette situation s’ajoute une épidémie de choléra devenue quasi permanente, affectant l’ensemble des vingt-six provinces du pays depuis plus de deux ans.
Le Mpox, quant à lui, sévit toujours depuis 2023 et aurait déjà causé la mort de plus d’un millier de Congolais. Présenter cette succession ininterrompue de crises comme une démonstration de compétence relève davantage d’un exercice de communication que d’un bilan sanitaire convaincant.
La prétendue incapacité du M23 à gérer une riposte sanitaire
Le ministre a également affirmé que le M23 ne disposerait d’aucune capacité pour organiser une riposte efficace contre l’épidémie.
Or, les chiffres régulièrement avancés concernant les zones sous administration gouvernementale soulèvent des interrogations embarrassantes pour Kinshasa. Les principaux foyers de l’épidémie se situent en effet en Ituri, à Beni et dans d’autres localités placées sous l’autorité du gouvernement central. Ces zones concentreraient l’écrasante majorité des décès et des cas recensés.
A l’inverse, les zones contrôlées par le M23 n’auraient enregistré qu’un nombre très limité de cas confirmés, dont certains seraient liés à des personnes en provenance des zones gouvernementales.
Cette réalité ne permet pas nécessairement de conclure à une meilleure gestion sanitaire, mais elle invalide au minimum la certitude affichée par Patrick Muyaya lorsqu’il prétend démontrer l’incapacité exclusive du M23. Une telle affirmation apparaît davantage comme une posture politique que comme une conclusion fondée sur une analyse sanitaire rigoureuse.
L’aéroport de Goma : un argument davantage politique que sanitaire
Patrick Muyaya a par ailleurs plaidé pour l’ouverture de l’aéroport de Goma afin de renforcer la lutte contre Ebola.
Cette revendication soulève toutefois une contradiction majeure. Les principaux foyers épidémiques évoqués par les autorités se trouvent en Ituri, à Beni et à Butembo, soit dans des territoires éloignés de Goma. Dès lors, le lien direct établi entre la fermeture de l’aéroport de Goma et les difficultés de la riposte sanitaire mérite d’être sérieusement nuancé.
L’impression qui se dégage est celle d’une instrumentalisation de la question sanitaire afin de soutenir un objectif politique plus large lié à la situation militaire et logistique dans l’Est du pays. En d’autres termes, l’argument humanitaire apparaît ici comme un habillage commode d’enjeux qui dépassent largement la seule gestion de l’épidémie.
Les frappes de drones et l’évitement des questions embarrassantes
Interrogé sur les frappes de drones attribuées aux forces gouvernementales, Patrick Muyaya s’est abstenu de répondre directement aux interrogations portant sur les violations du cessez-le-feu.
Au lieu d’apporter des précisions sur les opérations militaires évoquées, il a préféré déplacer le débat vers le Rwanda et rappeler les sanctions internationales visant Kigali. Cette stratégie de diversion ne répond cependant pas à la question initiale. Les interrogations soulevées concernaient des frappes spécifiques attribuées à Kinshasa, notamment à Rubaya et à Rutshuru, ayant causé des pertes civiles selon plusieurs témoignages relayés localement.
Là encore, la réponse ministérielle apparaît davantage comme une opération de communication destinée à détourner l’attention que comme un effort de clarification des faits reprochés.
Des images qui contredisent le récit officiel
Plus préoccupantes encore sont les scènes observées dans certaines structures sanitaires de l’Ituri. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent notamment des proches manipulant des patients suspectés d’être atteints d’Ebola sans équipement de protection apparent, alors même que les risques de contamination sont connus depuis des décennies.
Ces images contrastent fortement avec le discours triomphaliste présenté sur les plateaux internationaux. Elles suggèrent l’existence de lacunes persistantes dans l’application des protocoles de prévention et dans la sensibilisation des populations.
Le chaos observé à Rwampara, où des manifestants ont envahi un centre de santé afin de récupérer les dépouilles de victimes d’Ebola, constitue également un signal alarmant. Un tel événement témoigne d’un déficit de confiance envers les autorités sanitaires et d’une difficulté manifeste à faire respecter les mesures de santé publique les plus élémentaires.
La communication ne saurait remplacer la réalité
L’entretien accordé à TV5 Monde illustre une constante désormais familière : Patrick Muyaya privilégie fréquemment la construction d’un récit politique à l’exposé scrupuleux des faits. Qu’il s’agisse de la gestion des épidémies, de la situation sécuritaire dans l’Est du pays ou des opérations militaires controversées, ses interventions sont régulièrement marquées par des omissions, des simplifications excessives et des affirmations contestées.
Or, aucune stratégie de communication, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut durablement masquer les réalités du terrain. Les épidémies persistantes, les défaillances du système de santé, les interrogations relatives aux opérations militaires et les tensions sociales observées dans plusieurs provinces constituent autant de faits qui résistent à la propagande.
A force de substituer le récit à la réalité, le risque est grand de transformer la parole officielle en un simple exercice de désinformation, de moins en moins crédible aux yeux de l’opinion publique nationale comme internationale.
