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Les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur les exportations agricoles rwandaises
Les liaisons aériennes vers le Moyen-Orient ont été particulièrement touchées, entraînant d’importantes perturbations pour les exportateurs rwandais de fruits et légumes qui dépendent largement de ces marchés.
C’est en effet le 28 février 2026 que les premières frappes américaines ont été signalées sur le territoire iranien.. Dans les jours qui ont suivi, de nombreuses compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers le Qatar, les Émirats arabes unis et d’autres pays de la région en raison de la dégradation de la situation sécuritaire.
Au début du mois de mars 2026, plus de 21 000 vols à destination ou en provenance du Moyen-Orient avaient été annulés. L’aéroport international de Dubaï a notamment suspendu 85 % de ses opérations dans la région.
La compagnie aérienne nationale rwandaise, RwandAir, a également interrompu ses dessertes vers plusieurs destinations du Golfe. Une décision qui a fortement affecté les échanges commerciaux entre le Rwanda et cette région, l’un des principaux débouchés des produits agricoles rwandais.
Jusqu’à 80 % des exportateurs contraints d’arrêter leurs activités
Selon l’Association des exportateurs rwandais de fruits et légumes, près de 80 % des opérateurs ont été contraints de suspendre leurs activités depuis le début du conflit.
L’association compte 55 membres, tandis que le nombre total d’exportateurs de fruits et légumes dans le pays est estimé à 171.
Les exportateurs approvisionnant les marchés de Dubaï, d’Abou Dhabi et d’autres villes du Golfe ont été particulièrement touchés, une grande partie de leurs marchandises étant habituellement transportée par avion, notamment grâce aux services de RwandAir.
Le président de l’Association des exportateurs rwandais de fruits et légumes vers les marchés internationaux, Robert Rukundo, explique que les fruits et légumes figurent parmi les principaux produits exportés vers le Moyen-Orient par voie aérienne.
« Cela nous a fortement affectés. La suspension des vols a entraîné le ralentissement de toutes les autres activités commerciales. Même le transport maritime était perturbé puisque le détroit d’Ormuz était fermé. Pratiquement rien ne circulait. Le commerce est devenu très difficile et les coûts ont fortement augmenté à mesure que les acteurs tentaient de trouver des solutions alternatives », a-t-il déclaré.
Comme il le rapporte, certains exportateurs ont cherché à écouler leurs produits sur d’autres marchés de la région, sans toutefois y parvenir dans de nombreux cas.
« Le marché s’est pratiquement arrêté. La baisse des déplacements vers Dubaï a entraîné un recul de la demande, affectant l’ensemble du secteur. Pendant plusieurs mois, les activités ont tourné au ralenti, notamment en raison de la suspension des vols de la compagnie nationale. »
« Si certains opérateurs ont tenté de se tourner vers les industries de transformation ou les marchés voisins, la majorité a dû cesser ses activités, tandis que leurs clients se sont approvisionnés dans d’autres pays », a-t-il ajouté.
Robert Rukundo estime qu’environ 80 % des exportateurs ont été affectés par cette situation.
« Il est difficile de donner un chiffre exact, mais on peut estimer qu’environ 80 % des opérateurs ont été touchés. Pour ceux qui exportent des avocats vers Dubaï, le marché était pratiquement à l’arrêt durant cette période. Personne ne travaillait », a-t-il expliqué.

Des pertes importantes pour toute la chaîne de valeur
Selon M. Rukundo, les conséquences économiques se sont répercutées sur l’ensemble de la chaîne de production, jusqu’aux agriculteurs.
« Les pertes sont considérables. Lorsqu’une entreprise cesse ou ralentit ses activités, les conséquences se répercutent sur l’ensemble de la chaîne de valeur, jusqu’aux petits producteurs. Alors que les cargaisons atteignaient auparavant entre 25 et 30 tonnes par vol, les volumes observés ces dernières semaines sont nettement inférieurs. »
Lorsqu’ils recourent aux services d’Ethiopian Airlines, les exportateurs peuvent acheminer entre 10 et 15 tonnes de marchandises. À ce volume s’ajoutent les cargaisons transportées par l’avion cargo de RwandAir, dont la capacité varie entre 19 et 24 tonnes, portant ainsi le volume total à près de 40 tonnes. Avant le conflit, les produits agricoles étaient exportés à raison de trois expéditions hebdomadaires.
Entre le 24 et le 28 mars 2026, les exportations de fruits ont totalisé 173 tonnes, pour une valeur de 235 millions de francs rwandais. Sur la même période, les exportations de légumes ont atteint 290 tonnes, générant des recettes de 853 millions de francs rwandais. Les Émirats arabes unis figuraient parmi les principales destinations de ces produits.
Avant le déclenchement du conflit, entre le 16 et le 20 février 2026, les exportations de légumes vers les marchés internationaux s’élevaient à 437 tonnes, pour une valeur de 569 millions de francs rwandais. Les exportations de fruits atteignaient quant à elles 376 tonnes, représentant une valeur de 471,7 millions de francs rwandais.
« Lorsque cette production ne peut être exportée, les conséquences sont importantes, les producteurs se retrouvant dans l’incapacité d’écouler leurs récoltes. Une autre difficulté majeure réside dans l’insuffisance des capacités de transformation.
Le pays ne dispose pas encore d’infrastructures nécessaires pour transformer, conserver et stocker ces produits, afin de pouvoir les commercialiser ultérieurement lorsque les conditions du marché redeviennent favorables », a souligné M. Rukundo.
Par ailleurs, l’avocat figure parmi les principaux produits agricoles exportés vers le Moyen-Orient. Pourtant, ce fruit offre d’importantes possibilités de transformation, notamment en huile, en guacamole, en savon et en divers autres produits à forte valeur ajoutée.
Pour les acteurs du secteur, le conflit a mis en lumière la nécessité de renforcer les investissements dans les capacités de transformation industrielle, afin de mieux valoriser la production locale et de réduire la dépendance aux marchés d’exportation.
« La pandémie de Covid-19 nous avait déjà conduits à repenser notre modèle de développement. Le conflit au Moyen-Orient, impliquant notamment l’Iran, met une nouvelle fois en évidence la nécessité de renforcer les investissements dans les capacités de transformation industrielle. Bien que des unités de transformation existent déjà, leurs capacités demeurent encore insuffisantes pour répondre aux besoins du secteur », a indiqué Robert Rukundo.
La reprise des vols de RwandAir redonne espoir
Après plusieurs mois de suspension, RwandAir a annoncé la reprise de ses vols à destination du Qatar et des Émirats arabes unis à compter du 1er juin 2026.
Dans un communiqué publié le 29 mai 2026, la compagnie a confirmé la réouverture de ces liaisons stratégiques, essentielles aux échanges commerciaux entre le Rwanda et le Moyen-Orient.
Pour Robert Rukundo, cette décision constitue une évolution positive pour le secteur, même si elle intervient à un moment où la saison des avocats approche progressivement de son terme.
« Nous saluons la reprise des vols, qui permettra d’exporter les produits actuellement disponibles, même si les coûts d’exploitation ont augmenté sous l’effet de la hausse des prix du carburant. Cette reprise constitue néanmoins un signal très encourageant pour l’ensemble du secteur. »
« La reprise progressive des déplacements de passagers est également essentielle pour la relance du marché. Les flux de voyageurs recommencent à se rétablir dans la région ainsi qu’en Europe, ce qui devrait favoriser le retour des clients et des acheteurs de nos produits. Cette dynamique pourrait, par ailleurs, contribuer à une amélioration des prix sur les marchés », a-t-il déclaré.
Il estime toutefois que l’évolution du marché dépendra également de la capacité des importateurs à absorber l’augmentation des coûts de transport consécutive à la hausse des prix du carburant.

L’avocat, un « or vert » pour l’économie rwandaise
Au Rwanda, l’avocat s’affirme progressivement comme l’une des cultures les plus prometteuses. Très prisé au Moyen-Orient, en Europe et sur d’autres marchés internationaux, ce fruit constitue une source de revenus de plus en plus importante pour les producteurs et les exportateurs.
Pour Robert Rukundo, l’avocat représente un véritable « or vert » en raison de son potentiel économique et de son impact sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
« L’avocat est un véritable or vert. Il s’agit d’une culture capable de transformer les conditions de vie de l’ensemble des acteurs de la filière, qu’il s’agisse des producteurs, des commerçants, des transporteurs, des exploitants d’entrepôts frigorifiques, des exportateurs ou encore des entreprises de transformation. C’est une filière génératrice d’emplois et de valeur ajoutée à tous les niveaux », a-t-il déclaré.
« La demande mondiale demeure particulièrement soutenue et je suis convaincu que l’avocat finira par dépasser les cultures d’exportation traditionnelles telles que le café, le thé et le pyrèthre. Il est donc essentiel d’encourager davantage d’investissements dans cette filière tout en œuvrant à l’amélioration des rendements », a-t-il déclaré.
Actuellement, les plantations rwandaises affichent un rendement moyen d’environ 1,6 tonne d’avocats par hectare. Pourtant, un verger âgé de quatre ans devrait produire près de 3,5 tonnes par hectare. À maturité, soit vers l’âge de dix ans, les rendements peuvent atteindre entre 18,5 et 25 tonnes par hectare.
L’avocatier commence généralement à produire à partir de sa troisième année et peut avoir une durée de vie supérieure à cent ans.
Un secteur en pleine expansion
Le Rwanda entend pleinement capitaliser sur cette opportunité économique. En novembre 2025, une étude menée par le ministère de l’Agriculture (MINAGRI) révélait que le pays comptait plus de 550 000 avocatiers.
À cette date, 88 % des arbres recensés étaient âgés d’un à six ans seulement, indiquant qu’une part importante du potentiel de production nationale reste encore à exploiter.
Les performances à l’exportation illustrent déjà la forte dynamique de croissance de la filière. Lors de la campagne 2018-2019, le Rwanda avait exporté moins de 1 000 tonnes d’avocats, générant un peu plus de 400 000 dollars de recettes.
Depuis, cette filière a enregistré une progression remarquable. En 2024, les exportations ont atteint 4 200 tonnes, rapportant plus de 8 millions de dollars au pays.
Aujourd’hui, près de 80 % des exportations rwandaises d’avocats sont destinées aux pays arabes. La filière bénéficie également d’opportunités croissantes sur les marchés européens et africains.
Plus récemment, le Rwanda a conclu un accord ouvrant le marché chinois aux avocats rwandais, une avancée susceptible d’accélérer davantage le développement de cette filière stratégique et de renforcer sa contribution à l’économie nationale.
