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Les dessous du scandale de gestation pour autrui à l’origine de l’arrestation du Dr Semwaga
Selon une enquête menée par IGIHE, l’affaire est liée à une organisation privée fondée par Frederick Nsabimana, qui aurait servi d’intermédiaire entre des couples infertiles à la recherche d’enfants et des femmes acceptant de devenir mères porteuses.
Les investigations indiquent que Nsabimana gérait une résidence où étaient hébergées les femmes ayant accepté de porter les grossesses après les procédures de transfert d’embryons. Elles y restaient jusqu’à leur accouchement.
Sept femmes auraient ainsi été logées dans cette résidence après avoir accepté de devenir mères porteuses pour des clients vivant notamment aux États-Unis, en Tanzanie et en Ouganda. Nsabimana leur aurait promis une rémunération de cinq millions de francs rwandais chacune, assortie d’une avance d’un million de francs.
D’après des sources proches du dossier, Nsabimana expliquait aux femmes qu’une partie de cette avance devait être déduite, notamment 500 000 francs à titre de commission et 100 000 francs destinés à son épouse, Géraldine Mukahigiro, chargée d’assurer leur prise en charge durant leur séjour.
Certaines des femmes auraient passé jusqu’à huit mois dans cette résidence. Toutefois, elles affirment ne jamais avoir bénéficié des conditions promises. Elles auraient au contraire vécu dans des conditions précaires, marquées par le manque de nourriture et une assistance financière insuffisante, alors que les parents d’intention auraient déjà effectué des paiements.
Les autorités soupçonnent Nsabimana de traite d’êtres humains et d’exploitation de personnes en situation de vulnérabilité, en particulier à cause de la précarité, sous couvert de services liés à la fertilité.
Les femmes auraient fini par réclamer le respect des engagements pris à leur égard. Selon plusieurs témoignages, Nsabimana les aurait alors menacées, déclarant qu’il pouvait les faire tuer « sans les toucher physiquement » si elles continuaient à s’exprimer sur leur situation. Ces faits figurent parmi les accusations relatives aux menaces et aux actes d’intimidation.
L’épouse du Dr Semwaga est également accusée d’avoir proféré des menaces à l’encontre des jeunes femmes lorsqu’elles dénonçaient le manque de prise en charge. Certaines affirment qu’elle leur aurait déclaré qu’elles pouvaient mourir sans que cela ne suscite chez elle la moindre inquiétude.
Les victimes rapportent également avoir reçu des injections et divers médicaments au domicile de Nsabimana. Celui-ci leur aurait expliqué qu’un médecin spécialiste envoyé par une clinique administrait les traitements.
Les autorités locales ont déclaré qu’elles ignoraient totalement l’existence d’une résidence hébergeant des mères porteuses dans de telles conditions. Cette découverte a conduit à l’ouverture de poursuites pour détention et séquestration illégales.
Selon les informations disponibles, ces femmes auraient finalement alerté les autorités après avoir été confrontées à de graves difficultés, notamment à un manque de nourriture. Le 29 avril 2026, des responsables se seraient rendus sur les lieux et auraient constaté que cinq d’entre elles étaient déjà enceintes, tandis que deux autres étaient encore en attente d’une implantation embryonnaire.
Le rôle présumé du Dr Semwaga
Le Dr Emmanuel Semwaga travaille depuis environ huit ans dans le domaine du traitement de l’infertilité. Il fait aujourd’hui l’objet d’une enquête pour plusieurs infractions présumées, notamment falsification de documents, usage et modification de faux documents, non-dénonciation d’un crime grave ainsi que complicité de traite d’êtres humains.
Les enquêteurs indiquent que Nsabimana et le Dr Semwaga se connaissaient auparavant, le médecin ayant déjà aidé une proche de Nsabimana à concevoir un enfant. Cette relation aurait facilité leur collaboration dans cette affaire impliquant les sept femmes.
Le parquet accuse le médecin d’avoir accepté de pratiquer des transferts d’embryons alors que les parents d’intention n’étaient pas physiquement présents, en violation des règles médicales encadrant la procréation médicalement assistée.
Nsabimana affirme toutefois qu’il agissait comme représentant des parents d’intention et qu’il disposait de leur autorisation. Selon lui, il était difficile pour les clients vivant à l’étranger de se déplacer et de rester présents pendant toute la durée des procédures médicales.
Bien qu’il soit accusé d’avoir reçu plusieurs paiements, dont une avance de trois millions de francs rwandais en février 2026, Nsabimana soutient que son seul bénéfice consistait à percevoir 50 000 francs par mois auprès de chaque femme pour leur hébergement.
Le Dr Semwaga est également accusé d’avoir accepté de réaliser les transferts d’embryons par l’intermédiaire de Nsabimana en raison de la présence de clients résidant à l’étranger.
Les enquêteurs estiment qu’il aurait tiré un avantage financier de cette collaboration, notamment en transférant environ trois millions de francs à Nsabimana afin d’assurer la prise en charge des femmes.
Selon l’accusation, sans intérêt financier dans les activités de Nsabimana, le médecin se serait limité à fournir des soins médicaux classiques en tant que gynécologue expérimenté comptant plus de quinze années de pratique.
Des témoignages indiquent également que les femmes auraient signalé au médecin leurs difficultés, notamment le non-paiement des sommes promises, sans qu’aucune mesure ne soit prise.
Le Dr Semwaga affirme pour sa part avoir simplement « prêté » de l’argent à Nsabimana après avoir été informé que les parents d’intention n’avaient pas encore transféré les fonds. Selon lui, sans cette aide, les femmes enceintes ainsi que les bébés à naître auraient pu souffrir de manque de produits de première nécessité.
Il affirme également que cet argent lui aurait ensuite été remboursé par Nsabimana.
Le médecin est par ailleurs accusé d’avoir falsifié et modifié des documents en attribuant des « codes » d’identification aux bébés à naître liés à des parents d’intention n’ayant jamais rencontré directement les mères porteuses. Il soutient que ce système était utilisé par l’hôpital où il travaillait afin d’éviter toute confusion lors des naissances.
Le Dr Semwaga, son épouse ainsi que Frederick Nsabimana sont actuellement détenus. Le 26 mai 2026, le Tribunal primaire de Kicukiro a rejeté leur demande de mise en liberté provisoire, estimant qu’ils devaient rester en détention pendant la poursuite des investigations.
Les suspects avaient demandé une remise en liberté provisoire, soutenant qu’ils ne risquaient ni de se soustraire à la justice ni de compromettre l’enquête, et qu’ils souhaitaient continuer à s’occuper des femmes en fin de grossesse. Le Dr Semwaga aurait par ailleurs proposé une caution de 20 millions de francs rwandais.

Ce que prévoit la loi rwandaise
Le 18 septembre 2025, le Rwanda a adopté une loi encadrant les services médicaux, notamment les procédures de gestation pour autrui par procréation médicalement assistée.
La loi prévoit qu’une mère porteuse doit être âgée de 21 à 40 ans et subir des examens médicaux complets afin de confirmer qu’elle est apte à mener une grossesse.
Les personnes âgées de 18 à 20 ans ne peuvent donner du matériel reproductif qu’avec une justification écrite soumise au ministre de la Santé.
La législation impose également qu’un contrat écrit soit signé devant notaire entre toutes les parties avant toute procédure médicale.
Les parents d’intention doivent fournir un certificat médical établi par un spécialiste confirmant une infertilité ou une condition médicale rendant une grossesse impossible ou dangereuse.
La loi interdit aux professionnels de santé d’implanter des embryons ou du matériel reproductif ne répondant pas aux exigences légales, d’utiliser du matériel non humain ou encore de procéder à des importations ou exportations non autorisées de matériel reproductif.
Elle criminalise également les procédures réalisées sans identification complète des donneurs ou impliquant du matériel reproductif provenant de personnes étroitement apparentées.
En outre, la législation interdit toute procédure de procréation assistée visant la manipulation génétique ou la sélection du sexe.
Les sanctions prévues varient selon la gravité des infractions, allant de six mois d’emprisonnement et deux millions de francs rwandais d’amende pour les violations mineures jusqu’à 25 ans de prison et 50 millions de francs d’amende pour les infractions les plus graves, avec possibilité de suspension de l’exercice de la profession médicale.
