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Le film rwandais ‘Ben’Imana’ décroche la prestigieuse Caméra d’Or
Cette récompense, également connue sous le nom de « Golden Camera », distingue le meilleur premier long-métrage présenté dans l’ensemble des sections du festival. Ben’Imana a été sélectionné parmi plus de 30 premiers films en compétition dans différentes catégories, confirmant ainsi la montée en puissance du cinéma rwandais sur la scène internationale.
Présenté dans la section Un Certain Regard, consacrée aux œuvres originales explorant des problématiques humaines et sociales complexes, le film a séduit le jury par sa profondeur émotionnelle et son courage narratif.
Une œuvre sur la mémoire, le pardon et les blessures de l’après-génocide
L’histoire de Ben’Imana se déroule en 2012, à une période où les juridictions communautaires Gacaca arrivaient à leur terme au Rwanda. Le film explore le difficile travail émotionnel du pardon et de la réconciliation dans le contexte de l’après-Génocide contre les Tutsi au Rwanda.
Le récit met en scène deux sœurs aux visions opposées : Vénéranda, une survivante qui anime des ateliers communautaires destinés à aider les victimes à surmonter leurs traumatismes et à accorder le pardon, et Suzanne, une mère endeuillée qui considère que l’obligation de « tourner la page » revient à offrir une victoire aux auteurs des massacres ayant coûté la vie à son mari et à ses enfants.
L’équilibre fragile de la famille bascule lorsque Tina, la fille adolescente de Vénéranda, tombe enceinte de manière inattendue. Cette grossesse agit comme un déclencheur, faisant ressurgir des traumatismes enfouis, des silences historiques et des tensions familiales longtemps réprimées.
À travers cette crise, Vénéranda est contrainte d’affronter les souvenirs douloureux de son passé, dans une exploration poignante du pardon profond, des traumatismes intergénérationnels et du chemin complexe vers une véritable réconciliation.
Un hommage aux femmes rwandaises
Lors de son discours après la remise du prix, la réalisatrice Marie-Clémentine Dusabejambo a expliqué avoir voulu rendre hommage aux femmes rwandaises, particulièrement aux mères qui ont joué un rôle central dans la reconstruction de l’unité nationale après le génocide.
Elle a souligné que, malgré les traumatismes personnels et collectifs subis, ces femmes ont fait preuve d’une résilience exceptionnelle en continuant à vivre, à pardonner et à reconstruire leurs familles ainsi que leurs communautés.
« Recevoir cette Caméra d’Or à Cannes pour un premier film est une immense vague de gratitude », a-t-elle déclaré lors de la cérémonie de clôture.
« J’ai voulu réaliser ce film pour rendre hommage aux femmes de mon pays, des femmes qui, à travers l’horreur, ont trouvé la force de se relever avec dignité, de pardonner et d’avancer, même dans la douleur », a ajouté la réalisatrice.
Le jury de la Caméra d’Or, présidé par Monia Chokri, a salué le courage du film pour avoir choisi d’affronter des vérités historiques difficiles plutôt que de garder le silence. Les membres du jury ont également mis en avant la manière dont l’œuvre aborde des thèmes sensibles et complexes avec profondeur et humanité.
Une reconnaissance internationale pour le cinéma rwandais
Le succès de ‘Ben’Imana’ marque une étape importante pour le cinéma rwandais et sa reconnaissance croissante à l’international. Cette distinction confirme l’émergence du Rwanda comme une terre de récits puissants et de cinéastes capables de les porter avec une grande profondeur artistique et émotionnelle.
Le film est une coproduction internationale réunissant des partenaires du Rwanda, du Gabon, de la France, de la Norvège et de la Côte d’Ivoire. Parmi les collaborateurs figure également Samantha Biffot, qui a contribué à la production du projet.
Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, a lui aussi salué cette consécration, estimant qu’elle constitue une immense source de fierté pour le Rwanda.
« Un immense honneur pour le Rwanda et pour la Francophonie, qui a coproduit ce film », a-t-il déclaré.

