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‘Kigali Deaf Art Gallery’ : quand des artistes sourds révèlent leur talent au grand jour
L’histoire de Nahimana Prince illustre parfaitement cette réalité. Malgré un handicap multiple qui l’empêche d’entendre et de parler, ce jeune entrepreneur rwandais a réussi à transformer sa passion pour l’art en une activité génératrice de revenus, tout en offrant une opportunité à d’autres personnes vivant avec le même handicap.
Nahimana est le fondateur de ‘Kigali Deaf Art Gallery’, une galerie d’art qui rassemble des personnes sourdes et muettes autour de la création d’œuvres artistiques variées. Située à Kimironko, dans le district de Gasabo, la galerie est devenue un espace où des talents souvent marginalisés peuvent s’exprimer et être valorisés.
Après avoir poursuivi ses études universitaires en Ouganda, où il a étudié les arts pendant trois ans, Nahimana est retourné au Rwanda en 2018 avec l’ambition de mettre en pratique les connaissances acquises. Il a commencé à produire différentes œuvres artistiques avant de solliciter auprès de l’Agence rwandaise de développement (RDB) une autorisation officielle lui permettant d’exercer son activité légalement. Sa demande a été acceptée.
En 2019, il a officiellement lancé l’entreprise, avec l’objectif de créer un cadre permettant aux personnes sourdes et muettes de développer leurs talents et de participer activement à l’économie.
Dans cette galerie, les artistes réalisent plusieurs types de créations, notamment des tableaux utilisant différentes techniques de peinture, des objets fabriqués à partir de perles, des colliers, des sacs, des accessoires ainsi que la transformation d’anciens objets en nouvelles créations.
Les prix varient selon la nature et la complexité des œuvres. Certaines créations sont vendues à environ 400 000 ou 500 000 francs rwandais, tandis que d’autres atteignent des montants plus élevés, allant jusqu’à un million de francs rwandais.
Selon Nahimana, les œuvres réalisées avec des perles sont parmi les plus coûteuses en raison du prix élevé des matériaux utilisés, qui sont importés de l’étranger.
« Les œuvres que nous fabriquons avec des perles sont celles qui se distinguent le plus, car les perles que nous utilisons sont achetées à l’étranger et coûtent cher. C’est ce qui explique qu’une création puisse dépasser un million de francs rwandais. Les autres œuvres sont vendues à des prix plus accessibles », a-t-il expliqué.
Le choix de Nahimana de collaborer principalement avec des personnes sourdes et malentendantes n’est pas un hasard. Il considère que celles-ci disposent de nombreux talents, mais qu’elles sont souvent confrontées à un manque d’opportunités pour les valoriser ainsi qu’à des obstacles liés à la communication et à l’intégration sociale.
« J’ai choisi de travailler avec des personnes qui ont le même handicap que moi parce que je connais les difficultés auxquelles elles font face. Elles ont des compétences et des talents qui méritent d’être développés », explique-t-il.

À travers l’institution, il leur offre une formation, un environnement de travail adapté et une occasion de gagner leur vie tout en renforçant leur confiance en elles.
La galerie compte aujourd’hui 14 employés, dont neuf hommes et cinq femmes, tous vivant avec un handicap auditif et de communication.
Parmi les employés, Muhorakeye Hawa, qui affirme avoir trouvé un environnement favorable à son épanouissement professionnel, explique avoir rejoint la galerie parce qu’elle y a retrouvé d’autres personnes sourdes et muettes, ce qui a facilité son intégration.
« Lorsque je suis arrivée à Kigali Deaf Art Gallery, cela m’a beaucoup facilité les choses. J’ai pu développer mon talent grâce aux activités que nous réalisons ici. Le fait que les personnes autour de moi aient également un handicap auditif et de communication m’a beaucoup aidée », témoigne-t-elle.
Muhorakeye avait auparavant étudié la couture en Ouganda. Depuis son arrivée à la Gallerie, elle affirme avoir acquis de nouvelles connaissances qui lui ont permis d’améliorer davantage ses compétences artistiques.
De son côté, Ganza Eric, qui affirme que son passage dans cette galerie lui a permis d’acquérir de nouvelles connaissances et de renforcer ses capacités, appelle les parents à ne pas limiter leurs enfants en raison d’un handicap.
Selon lui, certains parents commettent une erreur en refusant d’envoyer leurs enfants à l’école parce qu’ils vivent avec un handicap, alors que ces enfants peuvent développer des talents et contribuer à la société.
Malgré les avancées enregistrées, ‘Kigali Deaf Art Gallery’ indique rester confrontée à plusieurs défis. Nahimana met notamment en avant les obstacles liés à la communication avec les clients, qui constituent parfois un frein à la promotion des œuvres et à leur accès au marché.
Il appelle donc à une meilleure promotion de la langue des signes afin qu’un plus grand nombre de personnes puissent la maîtriser et faciliter l’inclusion des personnes sourdes et muettes dans la société.
Pour Nahimana Prince, le handicap ne doit pas être considéré comme une faiblesse, mais plutôt comme une situation qui nécessite des opportunités adaptées pour permettre à chacun de révéler son potentiel.






