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Huye : les survivants du génocide contre les Tutsi réclament une peine maximale contre Eugène Rwamucyo
Ces déclarations ont été recueillies lors d’une visite de journalistes spécialisés dans les questions de justice, organisée par Pax Press.
Dr Eugène Rwamucyo, ressortissant rwandais résidant en France, a été reconnu coupable par la Cour d’assises de Paris pour des crimes liés au génocide contre les Tutsi, pendant lequel il occupait un poste de responsabilité au sein de la structure sanitaire de l’ancienne Université nationale du Rwanda (CUSP), à Butare.
Des récits recueillis dans la région de Butare décrivent Rwamucyo comme une figure influente des événements meurtriers survenus dans les anciennes communes de Gishamvu et de Ngoma. Certains témoins lui attribuent le surnom de « Dr Caterpillar », en référence à l’utilisation d’engins de terrassement qui ensevelissaient les corps des victimes sous la supervision de Rwamucyo.
Selon plusieurs survivants, des fosses communes auraient été creusées à différents endroits, notamment à la paroisse catholique de Nyumba, au grand séminaire de Nyakibanda, à l’arboretum de l’université, derrière les anciens bureaux de la préfecture de Butare, ainsi qu’au centre de santé de Matyazo.
Lors d’un entretien avec IGIHE, un survivant de Gishamvu a relaté les méthodes particulièrement cruelles qui étaient utilisées par les miliciens Interahamwe.
« Les Interahamwe étaient formés à couper les tendons des pieds pour empêcher les gens de courir et prolonger leur souffrance », a-t-il, entre autres, déclaré, ajoutant que des victimes blessées ou agonisantes auraient été enterrées vivantes dans des fosses communes.
Un autre témoin affirme avoir vu Dr Rwamucyo à Matyazo et à l’ancienne préfecture de Butare, où il aurait participé à la mobilisation de groupes extrémistes contre les civils tutsi. Il lui attribue également des propos déshumanisants à l’encontre des réfugiés tutsi.
« Comment vais-je travailler avec ces déchets ici ? », déclarait-il, son intention étant, selon le témoin, de les faire tuer, tout en encourageant les auteurs des crimes à violer des femmes tutsi.
Le président d’Ibuka dans le secteur de Gishamvu, Rutazigwa Gérard, évoque une souffrance encore vive parmi les survivants, rappelant l’ampleur des massacres et des fosses communes dans la région.
« Outre les victimes dont certaines parties du corps avaient été mutilées, il y avait également des personnes qui, bien que grièvement blessées, s’étaient dissimulées parmi les cadavres recouverts de sang et étaient encore en vie. Affaiblies par la faim, les blessures et les souffrances qu’elles enduraient, elles ont été jetées dans des fosses communes avant d’être ensevelies à l’aide de l’engin de terrassement qu’il avait fait venir », a-t-il indiqué.
De son côté, Dr Eugène Rwamucyo rejette les accusations portées contre lui, affirmant que, selon lui, en tant que responsable sanitaire à l’époque, l’utilisation d’engins mécaniques pour l’ensevelissement des corps relevait d’une logique de santé publique visant à prévenir les risques d’épidémies, niant toute implication dans des enterrements de personnes vivantes.
Le secrétaire exécutif du secteur de Gishamvu, Niyibizi Boniface, souligne l’importance d’informer les survivants sur l’évolution des procédures judiciaires internationales. Selon lui, cette transparence contribue à un certain apaisement psychologique.
« Les survivants vivent toujours avec le deuil et la douleur. Les plus de 60 000 restes conservés au mémorial de Nyumba, dans un secteur qui ne compte qu’environ 15 000 habitants, témoignent de l’ampleur et de la brutalité du génocide », a-t-il insisté.
Les autorités locales affirment par ailleurs leur engagement à préserver la mémoire du génocide contre les Tutsi, notamment à travers la numérisation des archives historiques afin de garantir la transmission fidèle des faits aux générations futures.


