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FDLR : comment les infiltrés ont tenté de profiter de la visite de Bill Clinton au Rwanda
Le colonel à la retraite Augustin Nsengimana, ancien officier des ex-FAR devenu cadre de l’ALiR puis du FDLR, revient sur cette période dans un entretien avec IGIHE. Son témoignage permet de comprendre comment les infiltrés cherchaient à exploiter les événements internationaux pour attirer l’attention sur leur présence et obtenir un soutien extérieur.
« Bonjour Clinton », une opération pour se faire remarquer
Le 25 mars 1998, Bill Clinton s’est rendu à Kigali dans le cadre d’une tournée africaine. Sa visite devait notamment permettre aux États-Unis de rendre hommage aux victimes du génocide perpétré contre les Tutsi et de réaffirmer leur soutien au Rwanda.
Pour les groupes armés opérant depuis l’ex-Zaïre, cette visite constituait également une occasion de se faire remarquer.
Selon Augustin Nsengimana, plusieurs attaques avaient été planifiées sous le nom de « Bonjour Clinton », dans le but de montrer aux États-Unis et à la communauté internationale que les infiltrés étaient toujours actifs au Rwanda.
« Il y a eu une attaque appelée “Bonjour Clinton”. C’était le jour où Clinton visitait le Rwanda. C’était une opération menée pour lui montrer qu’ils avaient de la force », explique-t-il.
Il précise avoir personnellement participé à une opération menée à Kanama, tandis qu’un autre groupe s’était dirigé vers Nyamyumba, dans l’actuel district de Rubavu.
Des attaques destinées à attirer l’attention internationale
D’après son témoignage, l’objectif ne se limitait pas aux affrontements militaires. Les infiltrés voulaient surtout provoquer suffisamment de perturbations pour que leurs actions soient relayées à l’étranger.
À Nyamyumba, deux religieuses espagnoles avaient notamment été prises en otage avant d’être libérées. Selon Nsengimana, les responsables de l’opération espéraient que leur libération contribuerait à faire connaître l’existence de l’ALiR et son activité sur le territoire rwandais.
L’objectif était également, selon eux, de faire croire que le gouvernement rwandais était « incapable de contrôler la situation », afin de convaincre d’éventuels soutiens étrangers que les anciennes forces armées rwandaises étaient toujours capables de reprendre le pouvoir.
« Il fallait aussi essayer de faire croire que le pouvoir en place était incapable de gouverner, et qu’un autre pouvoir, composé de personnes ayant fui le pays, était revenu et se préparait à prendre le contrôle du Rwanda », raconte-t-il.
Une menace héritée de 1994
Après la défaite des forces ayant participé au génocide perpétré contre les Tutsi, plusieurs milliers de militaires des ex-FAR et de membres des milices Interahamwe ont fui vers l’ex-Zaïre. Une partie de ces combattants s’est ensuite réorganisée au sein de différents groupes armés, dont l’Armée de libération du Rwanda (ALiR), avant la création du FDLR en 2000. Les Nations unies décrivent les FDLR comme l’un des principaux groupes armés étrangers opérant en RDC et lui attribuent de graves violations contre les civils.
Les incursions au Rwanda avaient commencé dès les premières années qui ont suivi le génocide. Selon des éléments présentés par le ministère rwandais de la Défense, les infiltrés ont notamment mené des attaques importantes dans le nord-ouest du pays à partir de 1997, avant que les forces rwandaises ne parviennent à les repousser.
L’ALiR a également été impliquée dans des attaques meurtrières dans la région des Grands Lacs, notamment en 1999, lorsque huit touristes étrangers, dont deux Américains, ont été tués dans le parc national de Bwindi, en Ouganda.
Ce groupe génocidaire est également impliqué dans de nombreuses attaques ayant fait plusieurs victimes sur le territoire rwandais.
De l’ALiR au FDLR
Le parcours d’Augustin Nsengimana illustre lui-même la continuité entre ces différentes structures armées. Après avoir fui le Rwanda en 1994, il est revenu comme infiltré avant de rejoindre l’ALiR puis les FDLR.
Il affirme avoir commandé un bataillon pendant douze ans au sein de l’ALiR et du FDLR, avant d’occuper d’autres responsabilités, notamment celles de commandant adjoint de la « Réserve de brigade ».
Le FDLR a été officiellement constitué en 2000. Le Conseil de sécurité des Nations unies l’a inscrit sur sa liste de sanctions en 2012, notamment en raison de graves violations commises contre des civils, parmi lesquelles des meurtres, des violences sexuelles, des enlèvements et des déplacements forcés.
Malgré les différentes opérations lancées au Rwanda, les infiltrés n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs. Selon Nsengimana, les forces de l’APR ont progressivement repris les zones conquises et infligé de lourdes pertes aux combattants.
Une partie d’entre eux est alors retournée au Zaïre, où ils ont poursuivi leur réorganisation. C’est dans cet environnement que les différentes structures issues des anciennes forces armées rwandaises ont continué à évoluer jusqu’à la création des FDLR.
Près de trois décennies plus tard, les FDLR demeurent actif dans l’est de la République démocratique du Congo, où les Nations unies continuent de documenter ses activités et ses exactions.
