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Au-delà de l’affaire devant la CIJ : les manœuvres politiques derrière les accusations de la RDC contre le Rwanda
Le gouvernement du président Félix Tshisekedi accuse Kigali d’avoir déployé des forces sur le territoire congolais au cours des 30 dernières années et d’avoir violé plusieurs conventions internationales, notamment celles relatives au génocide, à la torture, à la discrimination raciale et aux droits des femmes. Par la voix du ministre de la Justice et procureur général Guillaume Ngefa, Kinshasa demande à la CIJ de reconnaître la responsabilité du Rwanda dans ces violations présumées.
Si le recours à une juridiction internationale constitue un droit souverain de tout État, des observateurs estiment que cette démarche poursuit également un objectif politique : présenter le Rwanda comme le principal responsable de la crise tout en mettant au second plan les responsabilités internes de la RDC, notamment ses relations avec certains groupes armés opérant dans l’est du pays.
Les FDLR au centre des accusations contre Kinshasa
Parmi les principaux sujets de controverse figure la coopération entre les autorités congolaises et les FDLR, un groupe génocidaire créé par des individus largement impliqués dans le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda.
Accusées depuis plusieurs années de meurtres, de violences sexuelles, de recrutement d’enfants et d’autres violations graves des droits humains, les FDLR font l’objet de sanctions des Nations unies et des États-Unis.
Un rapport du Groupe d’experts de l’ONU publié en juin 2026 affirme que le groupe représente toujours une menace majeure pour la paix et la sécurité régionales et qu’il aurait renforcé ses capacités avec un soutien provenant de structures liées au gouvernement congolais.
Selon ce rapport, les FDLR et les milices Wazalendo continueraient à opérer aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) sur plusieurs fronts. Les enquêteurs de l’ONU évoquent également un soutien financier et logistique, notamment des paiements réguliers, ainsi que des livraisons présumées d’équipements, de munitions et de vivres aux combattants.
Le colonel à la retraite Augustin Nshimiyimana, ancien haut commandant des FDLR surnommé « Bora », a également affirmé que cette coopération se poursuivait et que plusieurs responsables des FDLR occuperaient désormais des postes dans la chaîne de commandement militaire congolaise à Kinshasa.
Pour Kigali, la présence des FDLR près de ses frontières constitue une menace directe liée à l’héritage du génocide contre les Tutsi et à l’idéologie extrémiste que le groupe continuerait de promouvoir.

Discours de haine et violences contre les Congolais tutsi
La crise sécuritaire est également marquée par la montée des tensions ethniques visant particulièrement les communautés congolaises tutsi et banyamulenge.
Des organisations internationales de défense des droits humains ont documenté des violences attribuées à des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, notamment des exactions, des agressions, des pillages et d’autres abus ciblant des civils en raison de leur appartenance ethnique.
Amnesty International a également dénoncé l’absence de réponse suffisante des autorités congolaises face aux discours de haine visant les Banyamulenge et les Congolais tutsi, estimant que cette situation contribue à créer un climat d’impunité.
En décembre 2025, l’ancien porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, avait suscité une controverse après des déclarations télévisées visant les femmes tutsi, dans lesquelles il appelait notamment les Congolais à éviter les mariages avec elles, évoquant un risque d’infiltration. Pour plusieurs observateurs, ces propos illustrent la présence de discours discriminatoires jusque dans plusieurs institutions de l’État.
Les experts rappellent que, dans un contexte de conflit, les discours assimilant une communauté à une menace ou à une trahison peuvent favoriser les discriminations, les déplacements forcés, les violences, voire des massacres.
Sur le plan politique, la démarche de Kinshasa devant la CIJ permet de présenter la crise de l’est de la RDC comme une conséquence d’une agression extérieure, en mettant l’accent sur le rôle du Rwanda.
Ses détracteurs estiment cependant que cette lecture occulte d’autres facteurs internes, notamment les faiblesses de l’armée congolaise, la corruption, les problèmes de gouvernance, le soutien à certains groupes armés et l’instrumentalisation des tensions ethniques.
Ils estiment que, pour renforcer sa crédibilité dans sa quête de justice internationale, la RDC devrait également mettre fin à toute coopération avec les FDLR, enquêter sur les crimes attribués aux FARDC et aux Wazalendo, poursuivre les responsables de discours de haine et protéger toutes les communautés congolaises.
Kigali dénonce une « manœuvre politique »
Le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, a rejeté la plainte déposée par Kinshasa, la qualifiant de « manœuvre politique ».
Dans une interview accordée à France 24, il a accusé le gouvernement congolais de collaborer avec les FDLR tout en accusant le Rwanda des mêmes faits.
« Qui collabore avec une force génocidaire ? C’est le gouvernement congolais. Qui bombarde les populations civiles ? C’est le gouvernement de Tshisekedi. Qui alimente les discours de haine contre les Congolais tutsi ? Ce sont des personnes liées à Tshisekedi, notamment l’ancien porte-parole de l’armée, le général-major Sylvain Ekenge », a notamment déclaré le ministre.
