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De l’exil à la guerre de libération : le parcours du Col (Rtd) Vincent Mugisha
Il revient également sur ses dernières rencontres avec Fred Gisa Rwigema et ses premiers échanges avec Paul Kagame, qui prendra le commandement après la mort de Rwigema.
En 1987, alors qu’il était encore élève dans l’enseignement secondaire, Vincent Mugisha décide, avec plusieurs de ses camarades, de rejoindre les Forces armées ougandaises. Leur objectif était clair : acquérir une formation militaire afin de participer un jour à la libération du Rwanda.
À cette époque, des militaires rwandais servant dans l’armée ougandaise recrutaient discrètement de jeunes réfugiés rwandais. Mugisha explique que lui et ses compagnons ont intégré l’armée grâce au capitaine Kayitare Vedaste.
« Kayitare connaissait déjà certains jeunes. Ils sont venus nous chercher et nous ont conduits chez lui, à Kololo. Après avoir discuté avec d’autres enfants de militaires rwandais, on nous a demandé de revenir le lendemain pour commencer les démarches », raconte-t-il.
Après deux jours d’attente, les jeunes recrues sont finalement conduites dans un centre d’entraînement où elles retrouvent d’autres Rwandais. Leur formation débute à Lubili avant de se poursuivre à Mbarara.
À la fin de cet entraînement, Vincent Mugisha est affecté au 41ᵉ bataillon, basé à Gulu. Il est ensuite déployé dans la région de West Nile, puis à Mubende, d’où il partira avec ses compagnons pour rejoindre la guerre de libération du Rwanda.
« C’est depuis Mubende que nous avons traversé la frontière pour lancer l’offensive du 1er octobre 1990. »
Vincent Mugisha explique que sa décision de prendre les armes trouve son origine dans les souffrances vécues par sa famille durant l’exil.
« Nous avons grandi dans des conditions très difficiles. Nos parents nous ont appris à aimer le Rwanda, et les persécutions nous faisaient constamment rêver de rentrer dans notre pays », confie-t-il.
Il évoque notamment les expulsions massives de Rwandais d’Ouganda en 1982, qui ont profondément marqué son adolescence.
« J’étais en première année du secondaire lorsque mes parents ont été expulsés de la région de Mbarara vers le Rwanda. Pendant les vacances, nous ne pouvions même plus rentrer chez nous. Le HCR est venu nous chercher pour nous conduire dans des camps. »
Ses parents lui transmettaient également le souvenir des violences qui avaient contraint leur famille à l’exil.
« Ils nous parlaient du PARMEHUTU, des maisons incendiées, des massacres et du rôle des autorités coloniales belges dans les divisions entre les Rwandais. Ils en étaient profondément marqués. »
Les premiers combats dans la NRA
Le colonel à la retraite raconte que ses débuts au sein de la National Resistance Army (NRA) n’ont pas été simples.
« Nous étions de jeunes recrues, mais partout où nous étions affectés, il y avait des Rwandais. Nous nous entraidions et partagions le peu que nous possédions. »
Il garde un souvenir particulier des affrontements de Minakulu, dans la région de Gulu, où il voit Fred Gisa Rwigema diriger les opérations.
« Fred est arrivé en hélicoptère avec ses gardes du corps. Après avoir repoussé l’ennemi, il est reparti. Peu après son départ, l’ennemi est revenu. Je me suis alors dit que la situation devenait très difficile. »
Selon lui, la présence de Rwigema sur le terrain renforçait le moral des combattants.
« Ce n’était pas tant la peur de mourir qui m’habitait, mais le fait de voir notre commandant présent au milieu de nous, dirigeant les opérations. »

Le franchissement de la frontière rwandaise
Lorsque le Front patriotique rwandais (FPR) lance son offensive le 1er octobre 1990, Vincent Mugisha ne fait pas partie de la première vague de combattants.
Il explique être arrivé à Kagitumba dans la nuit du 1er au 2 octobre, alors que la localité était déjà sous le contrôle des forces du FPR.
« Je ne faisais pas partie de ceux qui ont pris Kagitumba. Lorsque nous sommes arrivés, la ville était déjà entre les mains de nos camarades. »
Cette première nuit est consacrée à la réorganisation des troupes. Quatre bataillons sont constitués pour poursuivre l’offensive, et Vincent Mugisha est affecté au 4ᵉ bataillon, commandé par Ndugute.
Le lendemain, son unité rejoint les autres combattants à Matimba, où des chars ainsi que des soldats ennemis ont déjà été capturés.
C’est également ce jour-là que Fred Gisa Rwigema est tué.
Les derniers mots de Fred Gisa Rwigema et l’arrivée de Paul Kagame
Vincent Mugisha se souvient avec précision de sa dernière rencontre avec le commandant du FPR.
« Tôt le matin, il nous a dit : “Que celui qui veut me suivre me suive. Celui qui a peur peut retourner en Ouganda pendant que la frontière est encore ouverte. Mais si vous ne repartez pas maintenant, vous n’en aurez plus l’occasion.” »
Il raconte également un geste qui l’a profondément marqué.
« Il a retiré ses galons et les a remis à ses hommes en leur disant : “Jetez-les dans l’eau. Laissez-les en Ouganda.” Puis il est parti. Je ne l’ai plus jamais revu. »
Après la mort de Fred Gisa Rwigema, les combattants traversent une période d’incertitude. Cette situation évolue avec le retour de Paul Kagame, qui interrompt sa formation aux États-Unis pour prendre le commandement de la rébellion.
Vincent Mugisha raconte qu’il n’assiste pas immédiatement à son arrivée, car il est hospitalisé à Kagitumba après être tombé gravement malade.
Ce n’est qu’après son rétablissement qu’il rencontre Paul Kagame, lors de la constitution d’une nouvelle unité commandée par Afande Dodo.
« Je l’ai vu nous donner ses instructions vers deux heures du matin. C’est la première fois que je le rencontrais. »
Parmi les paroles qui l’ont marqué, il retient un message particulièrement fort.
« Il nous a dit : “Cette guerre sera longue. Nous devons nous préparer à un combat qui prendra du temps.” »
Paul Kagame confie alors à son unité la mission de s’emparer de Gatuna dans un délai de deux jours.
Selon Vincent Mugisha, cette mission est menée à bien avec succès, redonnant confiance aux combattants.
La stratégie militaire est ensuite revue, les forces étant redéployées vers Byumba, puis vers Ruhengeri.
Pour l’ancien officier, cette réorganisation marque le véritable tournant de la guerre de libération, ouvrant la voie aux victoires militaires qui conduiront, près de quatre ans plus tard, à la libération du Rwanda et à la fin du génocide contre les Tutsi en juillet 1994.
