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Victoire Ingabire : le ministère public dénonce des « manœuvres dilatoires »
Le ministère public a rejeté ces arguments, les qualifiant de « manœuvres dilatoires ».
Des accusations multiples
Mme Ingabire fait face à de lourdes accusations, notamment la formation et la participation à un groupe criminel, l’incitation aux troubles à l’ordre public, l’atteinte à l’autorité de l’État, la diffusion de fausses informations et de propagande visant à ternir l’image du Rwanda à l’étranger, la propagation de fausses rumeurs, la préparation d’actes contre les autorités de l’État, ainsi que l’incitation à manifester.
Selon l’accusation, ces faits seraient liés à des sessions de formation organisées en 2021 impliquant des membres du groupe politique alors non enregistré DALFA Umurinzi. Les procureurs affirment que les participants auraient reçu des enseignements dispensés par des instructeurs étrangers, utilisant notamment l’ouvrage Blueprint for Revolution de l’auteur serbe Srdja Popovic.
Ces formations auraient été coordonnées par Sibomana Sylvain, également coaccusé dans le dossier.
Une demande de report avant l’ouverture des débats
Avant même que le ministère public ne présente ses éléments, Mme Ingabire a informé la cour qu’elle n’était pas en mesure de poursuivre le procès.
« Je comprends que le ministère public est sur le point de présenter ses arguments, mais je ne suis pas prête à être jugée en raison de plusieurs obstacles », a-t-elle déclaré.
Elle a indiqué que ses avocats – Me Gatera Gashabana, Me Bikotwa Bruce et Me Gashema Félicien — avaient adressé une correspondance au tribunal le 10 juin 2026, exposant diverses difficultés affectant la préparation de sa défense, ajoutant qu’elle n’était pas dans de bonnes conditions physiques et émotionnelles pour poursuivre la procédure.
Présentant quatre principaux arguments pour justifier sa demande de report, l’accusée a premièrement indiqué qu’elle n’avait pas pu rencontrer ses coaccusés, pourtant impliqués dans les mêmes sessions de formation, estimant ces échanges indispensables à la préparation d’une défense coordonnée. Elle a affirmé que l’administration pénitentiaire avait refusé ces rencontres.
Deuxièmement, elle a évoqué des restrictions de communication avec sa famille résidant à l’étranger. Elle a précisé n’avoir pu échanger qu’avec son mari, actuellement hospitalisé, et n’avoir pas pu entrer en contact avec ses enfants. Selon elle, cette situation porte atteinte à ses droits et à sa capacité de préparer sa défense, en référence aux normes internationales sur le droit des détenus à maintenir des liens familiaux.
Troisièmement, elle a fait état de ses conditions de détention et de santé, affirmant que certains articles de première nécessité, tels que le dentifrice et la lotion pour la peau, ne lui étaient pas fournis de manière régulière, ce qui affecterait selon elle son bien-être.
Quatrièmement, elle a déclaré être limitée dans la pratique de sa religion et a demandé au tribunal de garantir le respect de ses droits fondamentaux, notamment la liberté de culte.
Ses avocats ont indiqué avoir déposé plusieurs plaintes écrites, notamment des lettres datées du 18 mai, du 2 juin et du 11 juin 2026, détaillant les difficultés rencontrées dans la préparation de la défense.
Me Bikotwa Bruce a soutenu qu’aucune disposition légale n’empêchait Ingabire de rencontrer ses coaccusés pour préparer son dossier. De son côté, Me Gatera Gashabana a demandé que la chambre de jugement effectue une visite du centre de détention afin d’évaluer les conditions de détention et de vérifier les allégations formulées.
Réponse ferme du ministère public
Le ministère public a rejeté l’ensemble des arguments de la défense, estimant qu’ils ne constituaient pas des motifs juridiques valables de renvoi.
« Il ne s’agit pas d’obstacles juridiques à la poursuite du procès, mais de considérations émotionnelles de l’accusée et de ses avocats. Nous considérons cela comme des manœuvres dilatoires », a déclaré le procureur.
Le parquet a également soutenu que l’impossibilité de rencontrer les coaccusés ne viole aucune disposition légale et ne peut donc justifier une suspension de la procédure. Il a précisé que les questions relatives à la communication avec les avocats seraient plus pertinentes, mais qu’aucune restriction de ce type n’avait été démontrée.
Concernant la liberté religieuse, le ministère public a affirmé que les détenus au Rwanda conservent leur droit de culte. S’agissant des plaintes relatives aux articles d’hygiène, il a estimé qu’elles n’avaient aucun lien avec le fond du dossier et ne pouvaient justifier un report du procès.
Questions du tribunal et suite de la procédure
Le juge président a demandé à Ingabire combien de rencontres avec ses coaccusés seraient nécessaires pour préparer sa défense. Elle a répondu qu’au moins quatre réunions seraient indispensables.
La cour a ensuite ordonné à la défense de produire tous les documents prouvant que des demandes formelles avaient été adressées à l’administration pénitentiaire et aux institutions concernées concernant l’accès aux coaccusés et aux autres facilités sollicitées.
Après avoir entendu les deux parties, la Haute Cour de Kigali a ajourné l’audience et a fixé la reprise du procès au 16 juin 2026 à 11h00.
