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Comment la Banque nationale du Rwanda utilise son taux directeur contre l’inflation
Cette décision s’inscrit dans un contexte de pressions inflationnistes croissantes, alimentées par des facteurs à la fois domestiques et internationaux, notamment la hausse des coûts du carburant et du transport liée aux perturbations du commerce mondial.
Dans un entretien exclusif accordé à IGIHE, le professeur Kasai Ndahiriwe, directeur du département de politique monétaire à la BNR, a expliqué que la banque centrale s’appuie sur les projections d’inflation et sur la nécessité de maintenir la stabilité des prix dans une fourchette soutenable.
« Lorsque le Comité de politique monétaire constate que l’inflation augmente ou risque de dépasser la fourchette cible de la BNR, comprise entre 2 % et 8 %, des mesures sont prises. L’inflation ne devrait idéalement pas dépasser 8 % », a-t-il déclaré.
Selon lui, le taux directeur constitue l’un des principaux instruments de la politique monétaire, car il influence directement le coût du crédit et le niveau de la demande dans l’économie.
« Lorsque les biens deviennent plus chers, les gens ont tendance à acheter moins. À l’inverse, lorsque les prix sont plus bas, la consommation augmente », a-t-il expliqué.
Il a également souligné le fait que la hausse du taux directeur vise à réduire la circulation monétaire en rendant les emprunts plus coûteux pour les ménages et les entreprises.
« Lorsque la BNR augmente le taux directeur, elle incite les banques et les emprunteurs à être plus prudents dans leurs dépenses. C’est essentiellement un message encourageant à réduire les dépenses afin de maîtriser l’inflation », a-t-il ajouté.
Une inflation en hausse continue depuis le début de 2026
L’inflation au Rwanda suit une tendance haussière depuis le début de l’année 2026, étant passée de 8,9 % en janvier à 9,2 % en février et mars, avant d’atteindre 13 % en avril.
Le professeur Kasai Ndahiriwe a indiqué que les projections montrent une persistance de cette pression inflationniste.
« Les projections montrent que le taux d’inflation restera au-dessus de 8 % cette année et au début de l’année prochaine », a-t-il précisé.
Il a notamment évoqué les chocs extérieurs, en particulier les tensions géopolitiques affectant les routes mondiales d’approvisionnement en pétrole, comme le détroit d’Ormuz, qui joue un rôle majeur dans le commerce pétrolier international.
« Les évolutions internationales majeures, notamment les conflits touchant les routes de transport du pétrole, ont eu un impact sur les prix du carburant, les coûts de transport et, in fine, sur l’inflation », a-t-il ajouté.
La BNR ajuste son taux directeur en fonction de l’écart entre l’inflation et sa cible. Dans le contexte actuel, l’inflation dépasse largement la limite supérieure de 8 %, ce qui justifie un resserrement monétaire plus marqué.
Le professeur Kasai a expliqué que l’ampleur de la hausse reflète la gravité des pressions inflationnistes.
« Une augmentation de 1 % reflète le fait que l’inflation est loin de la fourchette souhaitée pour l’économie rwandaise », a-t-il déclaré, précisant que les prévisions pour 2026 situent l’inflation autour de 13,9 %.
Une économie rwandaise toujours dynamique malgré la pression inflationniste
Malgré cette situation, l’économie rwandaise continue de faire preuve de résilience. Le PIB réel a progressé de 9,4 % en 2025, tandis que l’activité économique a poursuivi sa croissance début 2026, avec une hausse de 16,5 % de l’Indice composite des activités économiques (CIEA) au premier trimestre 2026.
Le commerce extérieur a également connu une forte expansion, avec une hausse des exportations de marchandises de 63,2 % en glissement annuel au premier trimestre 2026. Cette performance est portée par l’augmentation des volumes et des prix du café et des minerais. Les exportations non traditionnelles ont, quant à elles, progressé de 64,8 %, notamment grâce à l’huile de cuisson transformée et à la farine de blé.
Le professeur Kasai Ndahiriwe a insisté sur le fait que la croissance économique et l’inflation élevée peuvent coexister et doivent être analysées séparément.
« Lorsque l’on observe l’économie du Rwanda, le PIB continue de croître fortement. C’est un aspect », a-t-il souligné.
Pour les citoyens, cette hausse du taux directeur se traduit par un renchérissement du crédit, les banques commerciales ajustant leurs taux de prêt.
Toutefois, la BNR affirme que l’objectif reste de stabiliser les prix et de préserver le pouvoir d’achat sur le long terme.
La banque centrale prévoit un retour progressif de l’inflation dans sa fourchette cible autour de 2027, en fonction de l’évolution des pressions économiques mondiales et nationales.
