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Le Rwanda pourrait bientôt introduire des services de crémation électrique
Bien que cette pratique demeure encore peu répandue dans de nombreuses communautés, notamment en Afrique, le Rwanda pourrait bientôt franchir une nouvelle étape avec l’introduction de la crémation électrique et la mise en place d’une tarification officielle pour ce service.
À l’échelle mondiale, environ 60 % des personnes décédées entre 2023 et 2026 ont été incinérées. Le Japon et la Corée du Sud figurent parmi les pays où la pratique est la plus courante, avec plus de 90 % des décès donnant lieu à une crémation. La Suède, le Danemark et la Slovénie enregistrent également des taux élevés, avoisinant les 87 %.
L’un des principaux avantages de la crémation réside dans sa faible consommation d’espace. Alors qu’une tombe occupe une surface importante pendant de nombreuses années, une urne contenant les cendres nécessite beaucoup moins d’espace, permettant de réduire jusqu’à 95 % la superficie utilisée par les cimetières. Dans un pays comme le Rwanda, où les concessions funéraires peuvent rester occupées pendant une vingtaine d’années et où la population continue de croître, cette solution apparaît comme une alternative pratique.
Le Rwanda s’est doté d’un cadre juridique encadrant la crémation en 2015 à travers un arrêté ministériel. Malgré cette reconnaissance légale, la pratique demeure encore sensible pour une partie de la population.
Depuis sa légalisation, la communauté hindoue regroupée au sein du ‘Hindu Mandal’ est restée le principal acteur offrant ce service dans le pays. Pendant plusieurs années, les crémations concernaient principalement les membres de cette communauté vivant ou travaillant au Rwanda.
Par la suite, le gouvernement rwandais a conclu un accord avec la communauté hindoue afin que ses installations puissent également accueillir toute personne souhaitant recourir à la crémation.

À l’origine, le site de crémation se trouvait à Kigali, où la communauté hindoue dispose également d’un temple. Cependant, avec l’expansion rapide de la capitale, les autorités ont demandé son déplacement vers une zone moins exposée au développement urbain. En 2009, le site a ainsi été transféré dans la cellule de Murama, secteur de Nyamata, dans le district de Bugesera.
Cette relocalisation a toutefois révélé une difficulté majeure : l’absence d’électricité. Plus de quinze ans après le déménagement, le site n’est toujours pas raccordé au réseau électrique tandisque les crémations continuent d’être réalisées à l’aide de bois de chauffage.
Depuis son installation à Bugesera, plus de 200 corps ont été incinérés sur le site, dont sept Rwandais. La plupart de ces derniers étaient mariés à des ressortissants étrangers originaires de pays où la crémation est une pratique courante.
Depuis janvier 2026, le centre a procédé à la crémation de 20 ressortissants étrangers, parmi lesquels figuraient plusieurs victimes d’un même accident.
Les responsables du centre affirment que les préparatifs pour le passage à la crémation électrique sont désormais à un stade avancé. Cette modernisation permettra également de fixer des tarifs officiels pour le service, qui jusqu’à présent était davantage proposé comme une assistance aux familles que comme une activité commerciale.
« Les infrastructures nécessaires sont déjà en place ; seuls les équipements restent à être installés. Les tarifs du service seront définis une fois cette étape achevée. L’arrivée de l’électricité constitue désormais la principale condition à remplir. Par la suite, nous procéderons à l’acquisition des équipements de crémation commandés en Chine, la commande ayant déjà été passée. », a indiqué à IGIHE l’un des responsables du site.
Selon lui, les préparatifs sont pratiquement achevés et la seule condition restante est l’arrivée de l’électricité.
L’électricité attendue avant fin juin
Valens Nzamurambaho, responsable des questions liées à l’électricité dans le district de Bugesera, a indiqué à IGIHE que le raccordement du site pourrait intervenir d’ici la fin du mois de juin 2026, expliquant que le projet d’extension du réseau électrique ne concerne pas uniquement la zone du centre de crémation mais également plusieurs autres secteurs du district.
« Le projet d’extension du réseau électrique ne concerne pas uniquement cette zone, mais également d’autres secteurs du district de Bugesera. D’après les informations dont je dispose, le contrat conclu entre ” l’Energy Development Corporation Limited ” (EDCL) et l’entreprise chargée des travaux dans le secteur de Nyamata devrait prendre fin en juin », a-t-il déclaré.
Selon lui, le contrat devait initialement s’achever une fois que les zones ciblées seraient effectivement raccordées au réseau électrique.
« Le contrat devait être achevé à la fin du mois de juin, ce qui signifiait également que l’électricité devait déjà être disponible dans ces localités. Bien qu’il subsiste certains défis, non seulement dans cette zone mais aussi ailleurs, je ne prévois aucun problème particulier pour ce site. L’électricité pourrait y être disponible d’ici la fin du mois de juin. Si rien ne change, ce sera au plus tard le 30 juin », a-t-il ajouté.
L’arrivée de l’électricité ouvrira la voie à l’installation des équipements déjà commandés en Chine et permettra le lancement des services de crémation électrique.

Une pratique vieille de plusieurs millénaires
Les origines exactes de la crémation demeurent inconnues. Certaines sources historiques indiquent toutefois qu’elle était pratiquée en Chine il y a environ 8 000 ans avant Jésus-Christ, avant de se répandre plus largement à travers le monde vers 3 000 avant notre ère.
Selon plusieurs historiens, la pratique se serait d’abord développée en Europe avant de gagner progressivement l’Asie puis d’autres régions du monde.
Avant une crémation, des cérémonies d’adieu peuvent être organisées selon les croyances du défunt ou les souhaits de sa famille. Le corps fait également l’objet d’une inspection afin de retirer tout objet métallique susceptible d’être endommagé ou de provoquer un incident durant le processus, notamment les bagues, colliers ou autres bijoux.
La réglementation rwandaise prévoit qu’une demande de crémation peut être formulée par la personne concernée avant son décès ou par une personne qu’elle a expressément mandatée. Cette demande peut être présentée par écrit ou oralement en présence d’au moins deux témoins majeurs.
Les textes réglementaires précisent que la crémation doit être effectuée dans un four spécialement conçu à cet effet, alimenté à l’électricité et disposant d’une source de chaleur continue. Un générateur de secours doit également être disponible afin d’assurer la continuité du service en cas de coupure de courant.
Lorsqu’aucune personne ne se présente pour réclamer un corps, le maire du district concerné peut autoriser sa crémation.
Après toutes les vérifications requises, le corps est placé dans une chambre de crémation. La réglementation interdit d’y introduire plus d’un corps à la fois.
La chambre fonctionne à des températures comprises entre 600 °C et 1 000 °C. Le processus dure environ trois heures. À l’issue de la crémation, les restes récupérés, communément appelés « cendres », sont en réalité constitués principalement de fragments osseux. Ceux-ci sont ensuite broyés par une machine spécialisée afin d’obtenir une poudre fine.
Les cendres résultant de la crémation d’un homme pèsent généralement environ 2,7 kilogrammes, contre 1,8 kilogramme pour celles d’une femme.
La réglementation rwandaise considère ces cendres comme la propriété de la famille du défunt ou, dans certains cas, de l’État.
Les proches peuvent choisir de conserver l’ensemble des cendres dans une seule urne ou de les répartir entre plusieurs membres de la famille. Les cendres peuvent ensuite être inhumées dans un cimetière public ou privé, conservées au domicile familial ou déposées dans tout autre lieu choisi par la famille. Lorsqu’aucun proche n’est identifié, il appartient à l’État de décider de leur destination finale.
